. . . depuis maintenant, je crois au moins 29 ou 30 ans.
Ne vendant pas mon pain, je ne suis pas un authentique boulanger, d'autant que je le fabrique avec des machines automatiques inventées par les Allemands, et que je suis obligé de modifier. J'ai commencé après avoir usé certains organes à en faire re-fabriquer d'autres par des spécialistes hautement spécialisés : engrenage, pale, courroie de transmission du moteur . . . à une époque où les machines à pain n'étaient pas aussi courantes et ne se trouvaient pas à moins de 50 € chez LIDL. Mais voilà, je ne sais pas ce qui s'est exactement passé mais depuis belle lurette ça ne marche plus. Le pain maintenant s'étiole. Inutile d'incriminer la farine ou la levure, c'est je crois parce que les fabriquants de machines et pas seulement celle de LIDL, j'en ai essayé diverses et des meilleures, y compris la mythique Moulinex, celle qui fait de mini baguettes, ont dû passer un deal sous la menace des boulangers ! . . . Imaginez :
Si tout le monde faisait comme moi, pour avoir du pain frais quand je veux, y compris aux aurores, nous petit-déjeunons très tôt, et n'allait plus jamais chez le boulanger acheter son pain trafiqué aux mauvaises farines. Un beau jour j'avais beau avoir mon boulot par ailleurs, un boulot très passionnant et accapareur de mon temps, je m'y suis mis, n'aimant ni le pain rassis ni le pain surgelé et grillé, ni chausser mes Ray-Ban d'un autre temps et d'un autre film, pour aller incognito, à peine lavé et pas rasé, chercher mon pain du matin tout chaud et de plus devoir faire la queue pour obtenir ces baguettes au goût de carton qu'ils distribuent encore avec une fierté inappropriée face à la qualité du produit, comme des batons de maréchaux. Donc je crois que pour éviter la ruine les vrais boulangers ont passé un deal.
Ils ont dit aux fabriquants de machine : faites des machines à un tour de trop, cassez moi, dégonflez moi ce pain que je ne saurais voir lever sans déplaisir.
Je vous explique c'est simple même pour ceux qui ne sont pas dans la boulange.
Les machines 1 - chauffent la pâte qu'on leur soumet 2 - la pétrissent en faisant tourner les pales au fond du moule à pain 3 - éventuellement, pour égaliser la pâte, vous en remettent un petit tour de pale puis 4 - chauffent et le pain par miracle quotidien monte, monte, et grossit comme un soufflet qui se stabilise par cuisson et formation de structure stable et de croûte.
Mais voilà c'était trop bien.
Voilà que maintenant il vous remettent au moins deux coups de tourniquet en plein moment où la pâte est au bonheur de son comble de gonfler et de lever. Et pas moyen de changer le timing du programme quel que soit le pain, sucré, salé, complet, léger, rapide, français ou je ne sais quoi.
Tout ça . . . j'ai fait mon enquête, parce que certains néophytes maladroits mettaient trop de farine ou trop d'eau et trop de levure et faisaient déborder la machine avant cuisson et ensuite, certes avaient un mal de chien à nettoyer le tout, moule, résistances chauffantes, mécanisme, enduits de pain archi-brûlé et charbonné.
Je vous le dis, ce monde est débile à fond c'est comme les yaourts, maintenant nous sommes obligés de les faire (je veux dire nous-mêmes et c'est d'ailleurs très très facile), pourquoi ? parce que certains ne les aiment pas avec ce petit goût frais et aigrelet si particulier, alors on leur colle, pour vendre même à ceux qui n'aiment pas, dans le commerce et l'industrie de la bouffe destructrice des vrais valeurs, de fausses fraises et des myrtilles imitées archi-sucrées au sirop de faux fruits reconstitués en poudre, comme le lait dénaturé, pour qu'ils en mangent quand même ! sans parler du fait qu'ils ont enlevé du lait, surtout celui qu'ils utilisent dans les industries, toute la crème pour en faire du beurre qui est maintenant en excédent;
alors comment faire ? il s'agit d'empêcher les pales de ma machine infernales de tourner au mauvais moment fatidique et casseur de rythme, c'est à dire trop longtemps et trop tard, j'ai mon truc . . . je m'apprête d'ailleurs à céder mon brevet de vraie machine à pain levé normal garanti à qui voudra.