dimanche 11 février 2024

Plaine.

 Il est une plaine bordée d'un côté par plusieurs chaînes de montagnes échelonnées et de plus en plus bleutées en été au loin, parfois un peu de neige en hiver, de l'autre une mer découpée en une succession de côtes où alternent longues plages et calanques rocheuses, qui revient dans mes rêves et où je retrouve des personnages inconnus dont je prends conscience dans le rêve même, après quelques instants de dialogue, ou après, au réveil, qu'ils ont quelques traits communs avec ceux qui ont pu compter dans ma vie. Souvent la rencontre se fait en plein air devant une maison où je suis provisoirement logé. car même dans mes rêves je retrouve cette impression de passage, d'instabilité qui a accompagné ma vie nomade par changement de poste, voyages, missions, ou recherches de lieux nouveaux pour précisément et au contraire y rechercher un point de chute.

Mais étrangement cette plaine avec sa corniche dominant la mer revient de façon assez constante.

Plus étrangement encore j'ai découvert récemment un lieu réel qui ressemblait à ça. Mais ce lieu je ne saurais m'y fixer, il est trop éloigné des gens et des nécessités de ma vie telle qu'elle est déjà organisée. ou telle qu'elle pourrait se réorganiser à supposer que j'en ai encore la force et le pouvoir.

Pendant que je conversais avec un interlocuteur inconnu mais parent par quelques traits de quelqu'un que j'ai bien connu, pendant que m'assaillaient ces réflexions que je faisais dans ce rêve actuel où me revenaient en mémoire des rêves précédents et aussi ces réflexions faites après coup, éveillé, un oiseau c'est mis à chanter dans mon oreille.

Ai-je eu raison ou tort de penser alors, jouant les chamans pour mon propre compte que j'étais proche de trouver, quelle qu'elle soit, la solution adéquate ? Si proche que je l'avais peut-être déjà trouvée.


Ruses et mensonges maigres.

 Pourquoi cette accumulation, cette avalanche de mensonges dans nos discours ?

C'est assez ridicule de croire tromper son monde avec surtout des mensonges maigres, mal raccordés au tissu global du menteur occasionnel. Le seul truc qui marche c'est le mensonge mastodonte celui qui englobe tout et le dévore, celui du gentil et poli terroriste ou celui de l'escroc qui se fait passer pour ingénieur dans une spécialité rare dont il n'a qu'une maîtrise limitée à l'apparence extérieure d'une attitude et de quelques formules. Vous en doutez ?

Lisez les faits divers.

vendredi 9 février 2024

B de blanc.

Il ne m'arrive jamais de broyer du blanc.

Cette affaire de page blanche hypnotique et impossible à remplir m'a toujours étonné.

C'est le contraire dans mon cas. J'aurais plutôt le symptôme de la page noire, trop remplie, trop raturée.

Parfois gravée et regravée par dessus. Pléthore des mots qui se présentent; des impressions, des affaires, des histoires, des souvenirs, des analogies, des raisonnements, des revendications, des remarques critiques ou de cris d'admiration (rarement mais ça arrive).

Certains croient que c'est fatigant ce flux. C'est tout le contraire. C'est un courant continu qui me porte.

Je me souviens d'une réflexion de Mauriac ou peut-être un autre : Alain quand il était son professeur de rhétorique lui avait recommandé d'attendre un peu pour devenir romancier, d'avoir accumulé quelques expériences. C'est ce que j'ai cru bon de faire, non que j'ai rempli ma vie d'extraordinaire, mais remplie elle se retrouve malgré son cours officiel et classique, je dirai même conventionnel, institutionnel et voué au service public, de gens, de lieux, aventures, émotions, découvertes, pièges, défis et facettes, oui.

A tel point que je n'ai que difficilement eu accès de façon suivie à la tranquillité, à la solitude nécessaire, finalement aux servitudes et sacrifices de l'écriture. Encore moins au parcours public nécessaire pour essayer d'y présenter mes propres productions s'il est possible de nommer ainsi ces quelques impressions et récits tronqués par la vie réelle ou de quelque façon par ma propre censure, voire par simple pudeur. et peut-être malgré quelques audaces, par ma timidité maladroite.

Voilà comment je me retrouve fort vieux et heureux de ma chance, d'avoir affronté tant de difficultés, y compris celles créés par mes illusions, mes erreurs, mes préjugés, mes insuffisances, de les avoir finalement traversées, d'avoir accumulé ce discours retenu et caché qui coule dans mes veines et voilà maintenant que je tente d'infliger à vous étrangers inconnus.

Désolé, chers lecteurs épars, que ça tombe sur vos épaules innocentes.


S de sortir.

En effet, en effet, ces derniers temps je me suis un peu enfermé

et maintenant je sors, je n'arrête pas de sortir, d'aller au bord de la mer, aux abords des palaces, des voitures de luxe, des salles de jeu, des fosses des skate et trottinettes, 

et quand je rentrerai je voudrais aussi re-tallier/dessiner et/ou re-travailler un peu mes photos (façon de parler, roi de la photo floue je compte sur mon excellent appareil) de ce monde du dehors, de surface, de mon passage furtif et somme toute, très petit bourgeois, autre centre de ce monde mondain, surfait, surexcité, qui prépare actuellement en passant par de petits congrès multipliés, tentes, tentures, camions de matos et débris, écroulement d'immeubles vétustes, inoccupés depuis des années, éclairages led et travaux de trottoirs, réfection d'évacuation des eaux pluviales et récupération des mouvements de marée, gigantesque chantier sous-marin et terrestre, re-plantation de palmiers royaux, son show-cinéma, ouvroir de star et starlettes, n'interdisons surtout pas les paillettes, par où je sors, rompu à la scène, désabusé, amusé, de ma caverne de l'obscure Cella où je me tiens, taupe aveugle, habituel du dessous de sous la Maison Carrée.

Après avoir marché jusque là je fais même ma gym sur ces appareils tout neufs qu'ils ont mis devant la mer à la Pointe Croisette où je côtoie, Américains, Russes, Ukrainiens, Libanais, et même un Brésilien bavard comme moi. Nous avons parlé de Rio, faute d'y être. Ah les villes tropicales ou presque et cosmopolites !

R de rendre compte.

Il faudrait bien un jour rendre compte de tout.

Du vécu, du pensé, du projeté, du fait, du réussi, du raté, des victoires, des chutes, des bavardages, des récits pour le raconter en détail, par petits tas, mais aussi des tentatives de visions d'ensemble, des intentions, des calculs, des pensées sournoises, des erreurs, des vociférations et colères, déceptions, moments heureux et illusions, bientôt abolis bibelots du vivre simplement, au faîte ou au bas, cette impression d'exister d'autant plus belle que faussement éternelle et su fragile, mortelle, future victime du moudre, couper, s'éteindre, se dévitaliser, disparaître à jamais.

Non ce n'était pas une obligation de redoubler par le récit haché en pâté, écrasé en purée, découpé en lamelles, tranches fines et boutures, ce qui de toute manière et sans façon va s'évaporer d'un coup, chef d'oeuvre de concision (quelle que soit l'inanité du contenu), en un résumé de vision et de râle.

R de Rien de grave (Bribes, Moutures, Poussières, Dépôts)

Où prétendai(s)-je aller ainsi de-ci de-là, en inspirations subites (ou errances continues et quotidiennes) ?

Rien ne sortirait de là. Qu'un magasin en vrac, éventré à tout vent et où ne passent que des chalands venus au hasard sans attirance de chalandise, voir pour voir cet objet sans queue ni tête pour lequel j'ai enfin trouvé un titre passable, probable, éligible à court terme : Rien de grave.

C'est comme ça que je vois mon entreprise, mon magasin de nouvelles anciennes, périmées aujourd'hui pour la plupart.

C'est peut-être encore que je crois possible de jouer des passes avec la corne du hasard, moi qui ne suis pas joueur au sens où on peut aimer jouer aux cartes ou gratter des billets de loterie puisqu'à ce hasard-là évoqué en direct, en jeu à part, je n'y crois pas, je ne m'y intéresse pas.

Car je crois seulement au hasard de chaque jour qui se lève comme une page blanche.

Pourquoi jouer à d'autres jeux de substitution si ici est l'unique jeu ? n'est-ce pas suffisant ? A moins d'avoir déjà gaspillé ou dévalué ses jetons, ses dés, sa roulette, pour ma part j'ai encore plein d'avis à afficher. 

Lecteur subtil tu diras : quoi encore ? que veut-il nous imposer ?

Rien de grave. Des ou une vie passée, découpée en petites coupures.

C'est ça mon jeu du jour ou de presque chaque jour et tu le sais.

A toi de savoir si tu continues.

mercredi 7 février 2024

T de Tifs.

 L'importance de la chevelure dans l'histoire de l'humanité n'est plus à démontrer de Samson aux affres du crâne rasé des bagnards en passant par la natte chinoise ou les coiffures extravagantes du temps de Marie-Antoinette jusques-et au-delà des tifs post-soixante-huitards que j'ai portés perso, pris dans la mouvance, dans ma petite histoire individuelle bien courte au regard de l'universelle, assez longs déjà chez nous puis quand la mode brésilienne m'a permis plus d'exubérance, à Rio.

En ai-je déjà dit un mot déjà ? je crois que oui, ma foi, tant pif.

Ce qui me parle aujourd'hui c'est, outre le manifeste soin apporté aux cheveux des hommes qui s'en préoccupent à nouveau plus que jamais, cette portion de rue par où je passe épisodiquement et qui sur 150 mètres compte cinq boutiques de coiffeur dont les noms forment à eux-seuls et localement, un jeu :

Rébarbatif

Créatif

Berbère barbare (un fier de l'être ou du moins d'affirmer les racines de ses tifs)

Imaginatif (un salon de coin de rue pratiquant coupe et maquillage)

Anny coiffure, enfin, un peu larguée dans cette course au raccourci de tif et d'ailleurs fermée aujourd'hui.

Je n'en tire aucune leçon, aucune critique, aucune morale aucun poncif.