Quand je suis arrivé au Sénégal j'ai déclenché une crise de rire des déménageurs.
Quoi ce déménagement plein de petits trésors, dont un très vieux rouet dit roue tyrolienne, contenait aussi un pilon à manioc venu d'Amérique . . . à importer, ports et douanes passés, en Afrique ! C'était parfaitement absurde et le monde à l'envers.
Les deux grands gaillards accoutumés à déballer délicatement mes pièces rares n'en pouvaient plus de surprise et de rire. Et c'était lourd cet engin en bois sombre reposant dans un grand mortier rectangulaire dont le creux en forme de bol ne se formait qu'à l'intérieur de très épaisses parois; au bout d'un petit moment ça ne faisait plus tellement rire. Cet engin avait un poids d'histoire humaine et d'antiquité qui avait franchi deux fois l'océan, lors de la "traite des nègres" comme mode de vie des africains réduits en esclavage et nourris de manioc puis en quelque sorte "rapatrié" sous une forme un peu différente, dans un autre bois encore plus lourd, aux racines du mal. Tout proche de Gorée, l'île d'exportation de la main d'oeuvre.
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