jeudi 16 avril 2026

Temps superposés et mités, troués, ouverts, incompatibles.

 Il est toujours difficile d'écrire sur le temps, je ne sais pas dans quoi je me lance inconsidérment. Disons que comme souvent, n'ayant pas la force et la puisance du mythe j'ai, qui me transpercent, de petites images. Ici celle d'un tissu épais, fait de couches de textures différentes, de tissages suppeposés, accrochés les uns aux autres, noués, entrepénétrés et cependant, malgré l'épaisseur et le travail de raccord, troué de trous irréguliers, incompatibles avec l'ordre établi des fibres savemment tissées selon des plans calculés parfaitement reproduits, trous qui laissent passer le jour, l'arrière plan, le fond du paysage masqué, la partie organique voilée, habillée, cachée par l'épais, lourd et rigoureux tisu.

N'ayez pas l'impression que je parle dans le vide d'un imaginaire sans rigueur, déchaîné et dréglé. ceci n'est pas une fausse abstraction vide de sens.

C'est exactement ce que me fait apparaître ce séjour inattendu et plus long que je ne croyais, à l'hôpital.

Dans mon temps habituel d'impatience et de tension, toujours en quête de résultats matériels, fait de décisions et de bricolage, d'interventions constantes destinées à faire advenir le concret du résultat, projet, achat, texte à rendre lisible au travers de ratures et brouillons immédiats, volonté d'apporter plus de confort, plus de plaisir, plus d'attention à l'autre, fut-il lointain, sans arrêt, comme on nage, je rame de mes bras, bats de mes pieds, respire de côté, rythme au mieux, plonge et glisse comme si j'étais maître de tout, responsable d'échecs et succés, sculpteur de formes et dominant en quelque sorte ma poussée, mon avancée, matrajectoire, mais . . . 

tout à coup voici la déchirure, l'intervention de l'insecte bouffeur de fibres bien rangées, 

je suis passé dans le temps où je ne maîtrise plus rien au moins un temps.


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