vendredi 6 décembre 2024

Jeux.

C'est une des découvertes tardives de mon jardin.

Je le savais , mais à ce point ! les animaux sauvages certes sont préoccupés avant tout de nourriture, de survie, de combats de préséance dans leur territoire, mais ils jouent aussi en permanence, dés qu'un loisir de faim le leur permet, écureuils surtout champions du cache cache poursuite, mais aussi pies, pinsons, tourterelles qui courent et se jettent les uns sur les autres juste pour le plaisir de manifester leur forme vitale et jouent à ôte toi de là que je m'y mette ou tu te croyais malin, regarde moi bien, plus fort que toi ou qui semblent découvrir comme cet objet nouveau, ou cette nouvelle disposition des objets sont rigolos, essayons voir . . .

Tout le monde a vu des corvidés, corneilles ou gros freux, se suspendre, se balancer, se laisser glisser, piquer, bousculer familièrement son compagnon ou sa compagne par jeu. J'ai eu la chance d'observer des comportements encore plus ludiques et augmentés de prouesses vocales, chez les perroquets amazones qui sont extrêmement communiquants et comme les coatis à queue annelée, proches du raton laveur, hyper-facétieux face aux humains.

Mais à ma connaissance, les plus acharnés à jouer sont ici, issus de la dernière portée d'écureux . . . et j'ai peur qu'à force de secouer le nid des pipistrelles qu'ils accrochent ou saisissent dans leurs petites mains griffues à chaque fois qu'ils passent à toute allure en se poursuivant, ils les fassent tomber pendant qu'elles dorment après avoir fait leurs rondes de nuit. 

Finalement je me demande ce que l'homme qui se croyait seul possesseur de tout ce lot de facultés, sensibilités, aptitudes à prouesses de variétés d'états d'âmes, a réellement inventé qui échappe aux animaux à part sa capacité à tout rendre infiniment indirect, dénaturé, abstrait, quelquefois inutile et  compliqué par son recours à l'imagination technique.

 

jeudi 5 décembre 2024

Choix.

En cette période de remue-ménage, d'instabilité et de folie guerrière, je choisis deux mini-séries exceptionnelles et totalement "exotiques" (raison pour laquelle elles remuent notre sensibilité usée, fatiguée, anesthésiée) :

Las Masias des deux "Javis" comme on dit là-bas, Ambrossi et Calvo. Incroyables chants kitcho-catholico-pop, mais pas seulement, histoire d'une secte familiale catalane, hors monde et épuisante, délirante, allant au fond du prurit des dérives sectaires et des transmissions à retournements névrotiques, accrochez-vous c'est pas du tout sucre tout sirop, ça fait mal aux yeux et aux ouïes.

Shokusaï de l'autre Kurosawa, le Jeune qui n'a rien à voir avec le Vieux : prénom Kiyoshi. Plongée là aussi mais diamétralement opposée dans les dédales de l'âme humaine après traumatisme d'enfance. Exploration d'une cruauté fatale et transmissible. Sado-masochisme sous couvert de sereine soumission aux séduisantes et plus conformes politesses.

Epoustouflantes à voir ensemble ces deux séries, l'une de criailleries violentes, l'autre de masque figé et imperturbable.

mercredi 4 décembre 2024

Dio dans le tableau ?


Ce fut là aussi un pur hasard. Je ne m'attendais pas à voir ce portrait là, ni lors de cette exposition improvisée, ni en ces temps où nous avions, bien que intéressés au premier chef par la situation politique de notre pays, la tête tournée bien ailleurs que vers ces célébrations qui s'annonçaient. 

Comme d'habitude quand j'étais appelé à Paris, revenant de ces lointains où j'avais sur place bien d'autres préoccupations à propos d'affaires relevant, plus que de la centrale qui nous avait parachutés, de la situation ultra-critique de l'économie locale . . . . . . je faisais malgré tout, comme mes pairs éparpillés dans le monde ( parenthèse :  la France est un pays champion en diffusion officielle de sa culture, écoles, instituts, centres culturels, recherches archéologiques, linguistiques, etc . . . dans des pays dont la stabilité n'a rien de garanti), un tour des services et des sources disponibles, tant officielles que non officielles ou indirectes, pour ces tâches de diffusion, à savoir bien sûr divers ministères, leurs services annexes, mais aussi, correspondant bien mieux à mes centres d'intérêt réels et permettant de s'abreuver à la source : cinémas, galeries, théâtres, manifestations . . .

C'est ainsi qu'un jour, sacrifiant à mes agréables loisirs coïncidant avec ce travail pour lequel j'étais mandaté, je suis tombé sur ce tableau étrange aux environs de Beaubourg, à l'entrée d'une galerie éphémère, assez vite disparue et spécialisée dans le portrait, variété qui se fait encore assez rare aujourd'hui quand il s'agit de peinture et non de photographie. 

Peut-être s'agissait-il de ce portrait non signé qu'avait peint Dio dans le secret de sa soupente ? celui-là même j'en doute (ce portrait original s'il existe ne doit pas circuler ainsi aux yeux de tout Paris), peut-être une copie ? ou peut-être un autre version, ou peut-être carrément, sur le même thème mais différente, un tout autre peinture réalisée à un autre moment ? Avant ou plus tard, avant sa promotion au rang de Conseiller à la Présidence  . . . ou après.

Ce qui était pour le moins certain et inhabituel dans ce portrait et plus encore dans ce portrait qui avait qu'on le veuille ou non, que ce soit ou non réellement le cas, une tournure en rapport avec l' "officiel", c'était sa conception et sa disposition dans l'espace.


L'homme rapetissé par la perspective était vu de trois quart dos, une rose tenue de la main gauche, du côté où il était tourné, recevant toute la lumière sur sa nuque, de son visage tourné vers l'avant, c'est à dire vers le côté aveugle du tableau, vers le fond où semblait s'étendre un jardin, on ne voyait que le bout esquissé de son nez assez caractéristique et un début pas encore apparent étant donné l'angle de prise de vue, la position presque vue de dos, à peine tournée en arrière du profil. 

L'essentiel est que ce personnage à la rose était regardé, au-dessus de lui, plusieurs mètres, un peu plus que la hauteur d'un étage, par un spectateur dont on ne pouvait douter, après l'avoir rencontré, bien que vu en partie de dos lui aussi, que c'était Dio lui-même.

Car c'est à ce moment là que j'ai rencontré Dio, le vrai, précisément en prenant contact avec l'auteur de la peinture qui s'était lui-même représenté au balcon, en position d'observateur dominant de l'Illustre, un Dio en chair et en os, incarné lors de cette rencontre dans un atelier où il peignait surtout de nuit, projetant des images qu'il avait en personne captées ou parfois empruntées aux magasines, en tirant toujours sous des angles inventifs, d'étranges perspectives.

Encore un détail, ce jardin vu d'un balcon ou d'une baie ouverte, plutôt d'une porte fenêtre ou d'une terrasse étroite, aurait pu être celui de l'Elysée.


lundi 2 décembre 2024

Bêtes (encore et encore à propos de).

 Je suis en train de lire et de découvrir deux romans à la fois, par tranches superposées selon l'humeur; garantie : rien à voir avec le hachis parmentier, je lis par grands bouts (pas de petits fragments comme les miens), ni avec les couches pomme de terre/reblochon ou parmesan/aubergine (je ne cherche pas à mettre du fondant dans les légumes), et là c'est pas du plus ou moins grand classique, c'est du mitonné super original et par surcroit essentiel, du roman centré sur des bêtes, un chien et un lièvre

Des bêtes qui nous permettent un sacré morceau de regard sur le monde terriblement fou, diabolique, vicieusement dérangé ou détraqué qui nous entoure et conditionne nos vies, celui que rapporte et compile la presse, du fait divers banal, du rodéo motocycliste qui tourne mal aux extravagances belliqueuses des élus devenus monarques, dictateurs, despotes, se ruant sur les dépêches d'agences pour les transformer en scénarios de séries, en  tragico/dramatiques films d'horreur, films catastrophes hélas bien réels et vécus en support et arrière plans de ces mises en scène.

Arto Paasilianna est un homme en lui-même déjà rod movie, né dans un camion emporté en exode, né en Laponie, dans Le Lièvre de Vatanen, son roman le plus célèbre écrit en 1975, il nous emporte avec une grande simplicité, avec flegme, avec la tranquillité du témoin qui se sait crucial, dans l'absurde, l'irrationnel, l'imprévisible comportement de ses contemporains.

Quant à Tibor Déry, auteur du célèbre Niki, l'histoire d'un chien (1958), il sait nous faire traverser, portés par l'histoire d'un chien en effet, amusante, attachante, triste, en arrière fond à peine sporadiquement évoqué mais lourdement présent dans chaque page, l'ère des purges et prisons communistes hongroises après la révolution de 1956.

C'est le pur hasard qui m'a fait rencontrer ces livres que j'ignorais jusque là, plutôt obnubilé et versé que j'étais en littérature francophone, y compris africaine et canadienne ou haïtienne, et surtout par penchant de mes goûts et langues de prédilection, luso-hispno-américaine, le hasard des trocs, brocantes, échanges entre amis et boîtes à livres (il y en a une extraordinaire de variété tout à côté du mas dingue), a bien fait de me mettre sur la piste de ces incroyables animaux-arianes fournissant le fil de nos univers aveuglants ou obscurs.

Rien d'étonnant toute la base de notre précieuse pharmacopée élémentaire vient d'eux, que seraient nos avancées nutritives, culinaires, pharmaceutiques sans ce rapport que nous gardons avec les peuples dits primitifs ou sauvages, eux-mêmes gardiens d'un savoir arraché à la terre, à ses sortilèges, emmagasiné en fréquentant bien avant nous, bien plus familièrement que nous, les bêtes, bêtes auxquelles dans notre désarroi de monde civilisé, nous revenons aujourd'hui en force. 

Oui, j'oubliais, le contact d'un chat, d'un chien, d'un cheval, le rapport avec un cri d'oiseau ou de gecko, sont déjà de puissants remèdes à presque tout ce qui nous assaille.

dimanche 1 décembre 2024

Note (en bas de page).

J'oubliais de vous dire que j'avais passé une partie de l'après midi en haut d'une échelle à nettoyer avec une sorte de couteau-sabre-à découper la volaille rouillé, à nettoyer les bords de mon toit envahi par  une sorte de petite plante grasse magnifique mais ravageuse qui soulève les tuiles, alors quand je suis descendu un peu las, les jambes un peu coupées et tendues à la fois, ma montre chinoise m'a dit avec une image en mouvement : " c'est l'heure de faire un peu de vélo elliptique ? " 

Quelle bande de blagueurs ces Chinois !

Doigt.

Bien loin de moi l'idée d'aller présenter un doigt comme c'est devenu courant dans notre monde en ce foutu siècle où tout fout le camp sauf l'universelle et stupide balourdise répétitive et la grossière passion pour l'imitation du pire,

bien loin de moi en effet l'idée de narguer qui que ce soit sinon mes ennemis qui sont nombreux mais ne méritent ni par leur nombre, ni par leur inanité ce geste.

En revanche si je vous parle de l'index de ma main droite ce ne sera pas pour me faire plaindre mais par pure bravade un peu imbécile.

En effet, depuis un mois au moins l'index de la main droite, 

après que le majeur de la même main soit un peu parti en vrille et en tire-bouchon ( il y a quelque part qui traîne ici, dans ce foutoir analphabiotique, un petit billet déjà écrit à propos du rétablissement officiel de ma carte d'identité nationale, autrement dit par l'administration officielle : CIN, qui me valut tant de difficultés dans l'impossibilité où j'étais de ce fait, de l'appliquer correctement contre la paroi enregistreuse de la machine à m'identifier pour en tirer une empreinte valable qui ne soit pas de profil)

c'est mis lui aussi à jouer les étranges autant que zarbis.

Vas-y que j'te gonfle et me boursouffle en rougissant, en créant des disfonctionnements du genre raideur et un peu de souffrance sur la peau, au tact et en profondeur de mini-muscles et articulations, une puis deux puis trois, jusqu'à la paume où il s'attache. Alors me voilà parti dans les remèdes d'un classique impeccable vieillot, brûler à la flamme le bout d'une épingle pour la désinfecter, charcuter la peau, à deux endroits j'avais de minuscules échardes, alcool sur la "plaie" de Lilliput, bains d'eaux bouillantes au gros sel, jusqu'à y mettre en direct quelques gouttes d'eau de Javel, comme en 14.

Rien, ça s'atténuait vaguement et repartait, plus gonflé, plus gourd, plus écarlate, doublé de grosseur le doigt obèse, donc erreur c'était peut-être pas un banal panaris (mon père me disait toujours prends ça au sérieux, c'est très dangereux) des bricolo-jardi-maladroit.

Si bien qu'un jour, avant de mourir quand même, 

ma dulcinée me traîne chez un bon docteur qui n'en savait trop qu'en penser d'autant que le doigt facétieux et tire au flanc était, paraissait, en phase de régression, occupé à reconstituer sa peau un peu échaudée par la barbarie de mes traitements. Je lui dis : c'est peut-être un rhumatisme. Il réfléchit regarde bien et me dit, analyses, radio scanner mais c'est comme vous voudrez (il connait mon penchant de récalcitrant auto-sans-médicamenteux) si vous n'avez pas envie d'aller faire tout ça attendons un peu. Il risque cependant d'y avoir de nouvelles poussées si c'est du type infection ou arthrose.

Puis tout à coup ma mie me resort d'une armoire une très vieille terre de guérison, en poudre verte légère et très fine, préparée pour cataplasmes et pomades maison. Donc toujours prêt à l'expérimentation, je trempe dans l'argile et badigeonne et "du coup" la rougeur s'en va. 

Nous en sommes là ; . . . donc je tape des deux doigts que j'ai pour ça pour vous raconter, index gauche, index droit.

Vous me direz : c'est tout, c'est bien tout ?

Voilà je vous dirai comment on mène son lecteur du bout du doigt. Mais peut-être l'histoire s'arrête là ou tout court parce qu'infecté j'aurai disparu (à suivre peut-être ou pas).



Machine.

Vous le savez, je n'aime pas trop les machines, au point de préférer scier à la main les arbres morts de chaleur et les buches pour l'hiver et de me démonter l'épaule pour de longs mois avant qu'elle se rétablisse enfin, deux ans après à force de nager dans l'eau à 28° cet été de canicule. J'aurais bien dû tant qu'à transpirer et suffoquer aller vivre à Tahiti ou au Caraïbes pour simplifier tout ça, n'eut été l'éloignement maintenant que l'avion nous bassine avec ses espaces réduits de bétaillères, genoux collés au dossier du siège devant et ses attentes et contrôles interminables sans savoir si on va pouvoir décoller ou pas, sans parler des bagages réduits à transporter à peine ses tablettes et presque rien. 

C'est sans doute pourquoi ma moitié, ma dulcinée, ma mie perfide, alors qu'habituellement elle ne l'est pas, m'a dit ce matin :

- Toi qui inventes facilement des trucs, invente-nous donc une machine à râler.

Alors . . .  sachant que ça va me retomber dessus je demande quand même :

- Pourquoi ?

- Parce qu'il suffirait d'un bouton ou d'un clic pour l'arrêter, répond-t-elle (sous entendu : alors que toi, je n'y arrive pas).

- Oui mais, je réplique aussi sec, pour la remettre en route aussi.