. . . de dire ça, mais chaque fois que je prends en main ou plutôt que ça me tombe dans la main avant de me tomber des mains, un roman d'Orsena ou de Nothomb, ça m'irrite, pour l'un cet humour forcé obligatoire à chaque phrase et pour l'autre ce fantastique exorbité même produit d'un démarrage à l'ayahuasca, mais vous avez quant à vous tous les droits.
une affaire (tentative tardive) de mise en ordre décousue des occasions saisies ou perdues à mille entrées (va y avoir du boulot pour vous et pour moi)
mardi 31 décembre 2024
W.
Je ne dis pas dans le titre W de Volkswagen pour ne pas leur faire de pub.
Tricheries, licenciements, mauvaises anticipations, etc . . . après tout comme les autres, et d'ailleurs je n'en ai eu qu'une comme vous savez, une très vieille coccinelle ("fuscão" localement) rouge clinquant avec des pare-chocs un peu enjolivés, fabriquée au Brésil où mon salaire d'expatrié officiel ne me permettait pas d'avoir mieux et surtout pas d'en importer une authentique, heureusement m'avait-on dit puisque toutes les pièces étaient en fait différentes, sur ou sous-dimensionnées pour éviter l'accusation de contrefaçon à une époque de gross bisbille entre la maison mère et la filiale.
Mais donc ayant fait appel à cette filiale locale pour changer une pièce justement, j'ai eu par la suite, jusqu'à ma nomination au Pérou bien plus tard, des courriers fort aimables qui me suivaient partout au cas où j'aurais voulu leur commander une voiture neuve.
Bravo, voilà du service aprè-vente.
J'ai eu confirmation tant de fois, moi patriote quand même, de la nullité de nos services export malgré la qualité de certains de nos produits made chez nous; ont-ils un peu changé ?
Heureusement il nous reste la bouffe parce que nous avons surtout la réputation de bluff et de pas sérieux comme latins fiers de l'être. Oui c'est vrai à la rigueur nous reste quand même le méga-auteur Camus, je parle d'Albert, l'indétrônable Pied noir jamais parisianisé qui fut mon premier père substitutif en littérature sous le contrôle lointain de Roland Barthes qui dit tant de mal de lui et aussi tant de bien et surtout quelques vérités formelles. Dirai-je pour autant que je dois infiniment plus, en définitive à S/Z qu'à W ?
lundi 30 décembre 2024
Nouvelles du Mas dingue et redingue.
Comme si ça ne suffisait pas, vous savez que j'ai eu plein de très modérés et modiquement ridicules malheurs : d'abord l'index de la main droite qui avait doublé de volume et devenait violet, syndrome d'autoritarisme dictatorial, ensuite le combat de nuit avec l'araignée, sans doute une veuve noire presque mygale qui m'a percé de ses crochets sur une trentaine de points sous l'aisselle gauche où elle s'est elle-même crue emprisonnée, allez savoir . . . mais si je l'ai écrasée elle s'est largement vengée, ça continue à me réveiller quand je dors, zone sensible s'il en est et le pharmacien m'a félicité du combat dans lequel j'aurais pu avoir le dessous . . . me voilà nanti d'un rude lumbago pour avoir voulu sarcler et ratisser mon jardin alors que j'avais déjà un point de douleur au-dessus de la fesse gauche, comme dans ma jeunesse après avoir passé tant d'heure assis pour cause de thèse et de concours.
Donc, l'avantage c'est d'avoir retrouvé des cachets périmés à la cortisone résidus de médication de ma moitié, sujette aussi aux maux de dos, et de me retrouver assez soulagé de douleurs dorsales, éveillé à quatre heures du mat sans avoir pu me rendormir pour cause de flux constants de nouvelles ou remâchés idées.
So . . . donc, vous n'y couperez pas, beaucoup de pain sur la planche pour moi et pour vous à lire ces fatras qui s'accumulent et s'enroulent et ont hâte d'être extradés, coincés qu'ils étaient dans les circuits spiralés où circulent les esprits animaux crâniens qui entourent ma glande pinéale, là où l'âme rejoint le corps selon les bonnes leçons.
Donc, donc, liste provisoire non exhaustive, je dois vous parler de :
outre du concept insuffisant à mes yeux de Françafrique, j'y tiens,
de Pius Ngandu Nkashama, mort en 2024, un illustre auteur et critique congolais, penseur du sort réservé en Europe aux Africains, que j'ai eu l'honneur de rencontre et qui a vécu après avoir enseigné en France, aux States,
de rêves qui s'évadent et reviennent si j'ai la chance de pouvoir les rattraper par la queue lors de l'un de mes nombreux réveils,
d'une théorie que je suis en train de développer au sujet de la santé, c'est complètement idiot, je sais, il y en a tant déjà . . . ,
mais aussi du fait que je suis contre toutes les théories, spécialement philosophiques, qui ne saisissent du réel que ce que nous sommes capables de créer nous-mêmes en chambre, à la bougie ou à la lampe led, théories passionnantes mais d'air irrespirable et vicié qui bien qu'elles illuminent les zones d'ombre et finalement s'autodétruisent nous rendent un temps inaptes au déplacement, nous rivent sur un faux trône qui n'est qu'un strapontin de cinéma,
de Madame Pompidou qui a donné son nom à un Centre, dit-on,
de Denis Roche au Pérou, de nouveau, quand il achetait des allumettes et racontait l'histoire du photographe aveugle,
des contradictions de la Gauche mourante et asphyxiée,
des Caraïbes et des Seychelles, bien que je l'ai déjà fait,
de l'illusion qu'il y a vouloir tout comprendre,
de certains schémas qui apparaissent quand on relie des points stratégiques n'ayant apparemment rien à voir,
et des chiens et chats que j'ai eus, évidemment,
sans parler de la langue des oiseaux, le mas dingue en étant un sanctuaire, n'oubliant pas qu'il est le siège d'une annexe de l'O.O.O.P.L., l'observatoire des oiseaux omnivores parlant leur langue.
Françafrique.
Commençons par l'illustration.
Je me souviens de ma surprise quand au sortir un peu difficile et un peu long (il fallait convaincre les autorités et trouver les fonds pour une impression même modeste) de cet opuscule intitulé "Répertoire de jeux traditionnels" sous-titré : essai de codification en vue de leur intégration dans le cadre de l'éducation physique et de l'animation sportive et publié par le ministère de la jeunesse et des sports de la République du Sénégal au début des années 70, je découvrais sur un papier tout à fait convenable les si parfaites et dynamiques illustrations signées d'un certain Mohiss.
dimanche 29 décembre 2024
Viaduc du Viaur.
Rien, juste un point de départ de cette rêverie. Mais c'est un mot que je n'aime guère.
Disons réflexion désarticulée. Oui j'adore les ponts jetés d'une rive à l'autre. Les liens qu'aucune spéculation raisonnable n'établirait en suivant une logique autre qu'analogique.
Je me souviens de l'avoir visité, ou surtout vu d'un peu loin se profiler, étant enfant, ce viaduc exemplaire. Oeuvre non pas de l'illustre Gustave Eiffel mais de l'ingénieur Paul Bodin, l'un de ses concurrents ayant débauché, pour accomplir la prouesse, le principal maître d'oeuvre du plus illustre que lui. D'où record, ouvrage le plus long de ce genre au tout début du XXe siècle, bien assis tout en légèreté sur ses deux pieds en ces lieux encore relativement éloignés de l'industrie et de la presse urbaine, lieux pour amateurs de calme échappant à la foule compacte qui inonde aujourd'hui les moindres sites marqués par notre histoire.
Je me souviens encore de l'admiration de mon père pour cet "ouvrage d'art" fait d'acier riveté enjambant comme une évidence mathématique cette vallée perdue.
Nous étions loin de ce qui aujourd'hui ramène dans ces contrées mon attention fluctuante, flottante, parfois folâtre et prompte à s'évader sur de nouvelles routes pourvu qu'elle s'échappe. (J'ai du donner bien du mal à certains parents, éducateurs ou supérieurs qui pourtant me voulaient du bien et tentaient de me ramener à des exigences plus terre à terre. Et qui avaient tellement de mal à croire que, roi de l'évasion, j'avais les pieds bien posés sur cette terre cependant, ici ou ailleurs ! )
En l'occurrence tout à l'heure c'est cet ogre, ce géant, ce Gargantua de François Bon qui m'a transporté ou ramené, par un pont d'une toute autre sorte, dans ces contrées et ces racines perdues. Et comme par hasard à propos de cet ogre, ce géant, ce forçat gargantuesque de Balssa dit Balzac, voire même Honoré de Balzac, dont les origines familiales bien modestes se situent précisément là, au bord du tantôt ruisseau, ou torrent, du cours d'eau Viaur (via aurea tamisée longtemps par les orpailleurs) entre Albi et Rodez.
En effet c'est sur ces rives que vécurent les Balssa.
Je me souviens d'un prof de lettres émérite qui s'était fâché quand je lui disais que "de Balzac" n'était pas seulement Balzac tout court mais Balssa de son nom d'origine rurale. Je l'avais lu dans une publication locale mais alors, je ne me doutais pas que ce nom renvoyait à une affaire criminelle. Qu'un ancêtre, un parent proche, un frère de son père de notre Honoré de, jugé et exécuté pour ce crime à Albi, avait lui-même tué ou commandité le meurtre d'une pauvre fille engrossée par ses soins ou celle d'un autre amant. De sa voix qui ressuscite, François Bon nous en dévide tout le fil pittoresque et circonstancié, lisant le petit livre d'un magistrat balzacien qui s'est donné la peine de retrouver les circonstances et attendus du procès.
Grâce lui soit rendue, entre autres, entre autres travaux de divulgation et de solidarité plumitive, pour ce travail de bénédictin, de romain, d'érudit grandiose, réveilleur de morts, découvreur de pépites cachées à la vue de tous.
Irai-je jusqu'à dire que La Comédie Humaine trouve ici l'une de ces sources ? Fuite à Paris, changement de nom, entrée dans le grand monde, telle fut l'une des premières leçons données au jeune futur prodige.
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vendredi 27 décembre 2024
Indochine.
Pourquoi rêver (rêve à peine capturé au réveil et tout de suite estompé) que je suis là-bas parmi les colonisateurs de l'Indochine ?
A cela je vois plusieurs prétextes : j'ai effectivement vécu dans plusieurs pays ex-colonisés où subsistaient beaucoup de traces de cette colonisation même s'il ne s'agissait pas de l'Indochine où je n'ai jamais posé le pied. On m'a raconté des faits qui se passaient là-bas. Mon prof de philo en terminale parlait de la RFO, la régie française de l'opium. Lui y avait vécu et enseigné. J'ai un copain qui y a été faire un tour il y a peu, en souvenir de son père qui y avait été militaire. J'ai moi-même fait tourner le groupe Indochine au Pérou, or les deux frères fondateurs, quand on leur demandait pourquoi ils avaient choisi ce nom pour leur groupe, disaient que leurs parents n'arrêtaient pas d'en parler, de cette guerre, qu'elle avait bercé leur extrême jeunesse. Et enfin, il est vrai que pour moi, et donc pour une partie de ma génération, donc celle de leurs parents, la guerre du Vietnam avait été un déclencheur de prise de position et engagement en politique.
dimanche 22 décembre 2024
Double utopique.
Il s'appelait Thor de son vrai prénom. Ou presque. Ce prénom lui-même pouvant être interprété de diverses manières. Tout dépendait, disait-il, de la position des haches dans son blason complet car la seule chose certaine à part la resemblance physique était la composition de l'écu gravé sur sa chevalière : les initiales surmontées d'une double hache de guerre, de celles qu'on attribue parfois aux Vikings et à leur protecteur évangélisateur de la Norvège Saint Olaf.
Rien en commun avec moi cependant, sauf que dans certaines circonstances, et spécialement lors d'un "dîner international" organisé à Dakar par la République indienne pour fêter le film primé de l'un de ses ressortissants, - dîner où j'avais été invité bien malgré moi, je redoutais en effet le visionnement de l'un des ces interminables longs-métrages que produisait alors, invariablement, ce pays - on pouvait facilement et on m'avait d'abord effectivement parlé et pris pour un norvégien.
Mon premier sosie que j'avais rencontré au Brésil dans ma jeunesse était décalé dans le temps. Il me ressemblait incroyablement y compris la tignasse et la coiffure, raie sur le côté gauche, au point d'avoir pendant tout un repas fasciné ma compagne, sauf qu'il avait facilement vingt-cinq ou trente ans de plus que moi, au moins. C'était moi devenu "vieux". Alors que ce Norvégien avec lequel on me confondait, vu d'un peu loin, en taille, en silhouette, de profil, c'était presque tout à fait moi. Il avait mon âge et des fonctions similaires ou compatibles avec les miennes dans son pays.
Pourtant je ne lui ai même pas serré la main.
Ce n'est que plus tard et indirectement que j'ai été informé sur sa personnalité.
Il est parti, malin, avant la projection du film, je n'ai eu l'occasion de le voir, alors qu'on devait plus tard nous présenter, que d'assez loin sur le gazon de la résidence où avait lieu la fête, un verre de whisky à la main.
Tout à coup, ce sentiment, alors que nous n'avions sûrement par ailleurs rien de commun, sa vie forcément devait être très éloignée et de mes habitudes et de mes drames et moments fondateurs et de mes goûts et de mes choix ou accidents, que j'aurais pu, comme dans ce scénario où Platon voit les âmes sorties des Limbes qui renaissent s'emparer d'un corps pour s'incarner à nouveau comme un acteur s'emparant de vêtements au vestiaire d'un théâtre, que j'aurais pu, à un rang ou une bousculade près, dans la file des postulants saisissant les défroques qu'on leur présente (imaginons qu'il s'agit de modèles fabriqués approximativement, peut-être artisanalement, en séries comme des chaussures de diverses pointures), être non pas moi, mais lui.