samedi 17 mars 2018

A comme Anecdote.

Ne pas se lancer dans l'anecdote.
Vaine promesse, on cède toujours à l'anecdote surtout quand ce n'en est pas une.
Donc, c'était en 1973 je crois, à Dakar et pour ce faire j'avais vu la pièce à Paris au Lucernaire première mouture, une salle alors soutenue par Laurent Terzieff, une pièce de Labiche, Voyage autour de ma marmite.

Il n'y avait dans ce vaudeville que des vedettes (devenues plus tard des), mais je ne pouvais pas encore ou déjà le savoir.

Des deux sœurs Huppert, Caroline était l'excellente metteuse en scène qu'elle était déjà et Isabelle le rôle féminin principal porté par sa voix plus que par son allure gracieuse avec l'autorité et la présence qu'elle n'a cessé de creuser en profondeur. En secondaire mais essentiel dans la pièce où il jouait à lui seul les trente-six rôles répétitifs des fournisseurs qui frappent à la porte d'une cuisine bourgeoise, et c'était déjà un bonheur de le voir à chaque fois réapparaître lunaire et tellement terre à terre, costumé autrement,  Jacques Villeret . . . . (à suivre . . .)


Le terrible se passa dans la soirée après la pièce jouée au centre culturel sans chichi, en plein air, qui finissait tôt et avait laissé la place à un cocktail dans la villa d'un conseiller, mon chef d'alors, sur la Corniche où les deux sœurs manifestement s'ennuyaient ferme mais supportèrent l'ennui. Villeret lui, franchement et sans façon, s'ennuyait dur et tellement qu'il est parti incognito, seul dans la nuit, sur la Corniche, faire un tour et s'est fait matraquer méchamment; il en était tremblant et catastrophé presque catatonique, et aussi voler son portefeuille et ses papiers y compris son passeport évidemment.

Le pire c'est que quand il racontait, triste à son habitude mais encore plus, sa mésaventure au consulat pour y faire refaire ses papiers, tout le monde (( il est vrai que là-bas c'étaient les mêmes bureaucrates franchouillards qui avaient décrété que nos étudiants de République du Cap-Vert et Guinée-Bissau qu'on envoyait en France avec des bourses juste après l'indépendance de ce double petit et alors jumelé et courageux pays, avaient de drôles de noms à rallonge et à coucher dehors, texto )) tout le monde, donc, au lieu de le plaindre, riait aux éclats.

vendredi 16 mars 2018

Mortibus saison II.

Suite de la saison I ? On dirait. Vie et mort d'un manuscrit.

Où il est prouvé que l'homme aujourd'hui, et chaque jour plus, se prend pour . . .  prétend jouer le rôle, encore 300 ans plus tôt dévolu à  Dieu et par retour de l'antique.

1679 * /  **  :  * date de publication bien tardive du  De Mortibus Persecutorum de Lactance, un rhéteur contemporain de Dioclétien, texte antique oublié, conservé à l'abbaye de Moissac puis perdu puis retrouvé, qui théorise la juste vengeance de Dieu face aux persécuteurs / ** date aussi du vote de l'Habeas Corpus chez nos amis anglais. 


1979   Jean-François Revel théorise le droit d'ingérence bientôt et peu à peu commué en devoir d'ingérence.

Voilà, le tour est joué, le Dieu tout puissant qui venge par sa colère et sa providence les premiers chrétiens persécutés sous de cruels empereurs despotes, théorisation et interprétation de l'histoire due à Lactance, par un lent cheminement, est remplacé par une supposée action guerrière lancée et votée au nom des Nations dites Unies. Aucune intégrité corporelle n'est garantie aux peuples auprès desquels a lieu l'intervention armée, l'Habeas Corpus ne s'applique pas à eux.

mercredi 14 mars 2018

Enfer.

L'enfer pourrions-nous jamais l'imaginer ?
On s'y est employé, spécialement en peinture, en littérature
et en vrai.
Corps beaux, brassés, broyés, brûlés.
On l'a même à plusieurs reprises traversé pas à pas, procession de mourants, ou créé de toutes pièces en grand, verger de pendus, yeux cavés, gigantesque étendue, épandage pourrissant, chaos brasier, ce bagne borgne, ce désastre politiquement programmé pour asservir, purifier, pandémonium crématoire, cet abattoir, oiseaux noirs, ce champ de tortures à l'air libre,
spécialement en Europe, en libre et riche Europe.

On a tout fait pour l'oublier, l'enfoncer en cauchemar et c'est là qu'il surgit, re-.

Cet enfer, celui dont je voudrais vous parler, est un autre, (est-il un autre ?) je l'ai vu par un tout autre bout, une autre approche, des temps autres.
Sortant de ce climat froid, humide une partie de l'année, on se replie et attend, affecté à Limoges après Rennes, amorcer la descente vers le sud, parachuté, sur ma demande, au Brésil.

Et bien sûr, le Brésil c'était pour nous plutôt le paradis . . .  (à suivre . . . )

Mais ce quartier où on nous avait réservé une chambre, odeur de désinfectant, néon brutal du couloir et dehors mendiants face ravagée, cul de jattes courant sur planche à roulettes, sans ressources estropiés des bras, rampants, rebuts des champs, des usines, assaillis par la vie mauvaise, délaissés du monde des plages et de l'océan, reflux de misère.

Fallait voir les prisons, autres, et le dernier cercle pour les fous d'asiles.
L'Afrique c'était pire, surtout au Congo que j'ai connu.
L'enfer c'est pas l'autre c'est le monde entier où nous sommes nés.
Charognards, urubus.
Faut le voir pour le croire.
Faudrait ne pas être né.

Et puis un jour on m'a proposé de le visiter autrement.
Le vrai, le profond, le souterrain, le mythique, le diabolique territoire des damnés d'après cet enfer-ci de surface, fait de vie encore. Celui qui se tapit dans l'hallucination provoquée, derrière. Ne saurais dire si c'était pire mais fus vraiment secoué.

Ai eu la curiosité d'y aller voir avec un sorcier.
Breuvage.
Peur de n'en pas sortir, ça c'était après quand j'y étais engagé, après avoir bu et assimilé ce jus amer d'herbes et de feuilles de petite vigne.
Un jour je vous raconterai
dans l'article Amazonie ou Ayahuasca.

vendredi 9 mars 2018

Mortibus.

On a envie de dire cum jambis, mais non, là ce serait "pedibus cum jambis".
Et là : dans l'affaire mortibus c'est du très sérieux.

Le livre référence qui n'invente rien mais recadre et met en place clairement le concept, resté à l'état de manuscrit perdu longtemps dans les archives d'une abbaye, est attribué à Lactance et s'intitule (en abrégé) De Mortibus Persecutorum, c'est à dire "de la mort des persécuteurs" (sous entendu : de l'Eglise). L'idée est simple, grandiose, naïve : 
Dieu à court ou long terme punit, frappe de sa foudre les tortionnaires, pour la plupart des empereurs apparemment tout puissants, qui ont martyrisé les premiers chrétiens.


Idée qui pourrait paraître bien simpliste et primitive aujourd'hui, pourtant . . .

(à suivre . . . .)

jeudi 8 mars 2018

Impedimenta . . .

. . .  :  ce qui gêne la marche.
plus vous êtes organisés, collective- ou individuelle-ment plus vous êtes lourd, empêtré, bloqué par les bâtons que vous allez vous mettre dans les roues : batterie de cuisines, vivres, instruments divers, outils utiles aux travaux d'intendance, armes légères et munitions, armes d'assaut, armes lourdes à longue portée, vêtements adaptés et de rechange, équipements de protection, matériaux divers et véhicules pour transporter tout cela et aujourd'hui, système d'approche et de supervision y compris drones, logistique de planification et lance-missiles ou cuirassés ou porte-avions.

Des armées de révolutionnaires dépenaillés sont parfois, par ruse et stratégie de fuite et de surprise,  d'extrême sacrifice, venues à bout d'armées encombrées d'obstacles protecteurs.

Or, nous voilà devenus ces légionnaires romains du monde, conquérants de tous les espaces encore préservés où ne régnaient jadis que des bêtes ou des sauvages.
Non pas des légionnaires n'emportant que l'essentiel dans leur baluchon pour avancer plus vite comme César les aimait aussi, à côté des lourdes troupes ne se déplaçant qu'avec ânes et bœufs, chariots et réserves, mais pléthoriques envoyés porteurs de technologie lourde, envahisseurs sur-armés et bardés du pour nous si nécessaire.
Regardez-nous nous installer sur les plages autrefois désertes et aujourd'hui surpeuplées avec tout le matos descendu du véhicule-camion-de-plus-en-plus-haut-et-long, de quoi reconstituer sous la tente et les parasols adjacents, matelas, tables, fauteuils, couverts, fourneaux, nappes, serviettes et tapis pour le chien, un salon de campagne au sens militaire ou tout comme.

mercredi 7 mars 2018

amériques en minuscule,

autrefois j'appelais amériques ces feuilles blanches
sur lesquelles j'écrivais à la machine à ruban,
une Olivetti portable,

des feuilles A4 coupées en deux, empilées
ça ressemblait déjà à des éléments portatifs de livres à venir
qui pas plus vierges que les vrais Amériques
appelaient par leur lointaine apparence idyllique,
récit de redécouverte,
les caravelles de conquérants encombrés de préjugés
charriés au-delà des mers, à peine transfigurés par le voyage et la traversée, malades,
toujours aussi imbus de

/prêts à y reporter, réinscrire et croire magnifier/

ce qu'il faut bien appeler leur ridicule superbe, leur fausse supériorité d'hommes armés de pétoires et de mousquets, coiffés de casques, chapeaux à plumes, bien trop engoncés,
imaginant qu'on pouvait,
cosmonaute à nouveau, enfermé dans des carlingues de satellites détachés de fusées,
emporté devant l'écritoire,
explorer, au-delà des mondes nouveaux,
ces équateurs, ces tropiques moites, mûrs et violemment colorés,
véhiculant tout ce lourd bataclan de savoirs et technologies, rutilant de tungstène, de carbone, de verre et d'aramide et d'acier, qui barre la route aux vraies avancées
armé de machettes dans la jungle
des territoires déjà conquis par d'autres vivants ou même des sauvages et
surpeuplés de monstres imaginaires 

jeudi 1 mars 2018

Sosie ou quoi ?

Justement un copain fb (Facebook), lointain, un ami d'ami qui a une coiffure étonnante, lointain mais que je finis par connaître un peu, c'est un romancier, il suffit déjà de lire ce qu'il écrit, surtout quand il s'intéresse, dans un polar par exemple, au port de Portbou et au manuscrit perdu de Walter Benjamin, plaisantait hier sur les sosies, son sosie.  
Alors un sosie c'est quoi au juste ? 
Je serais tenté de répondre : une impression étrange.
Cette impression m'a envahi un jour à Fortaleza, Cearà, Brésil, aujourd'hui 2° ici 25° là-bas. C'était dans les années 72 ou 73 du siècle précédent. C'était en février, il devait faire au moins 30. Nous étions installés à une table de quatre dans un bistrot du genre populaire avec une grande terrasse à ciel ouvert au premier étage, donnant sur le marché et nous venions de finir notre dessert, du quindim un délicieux gâteau de jaune d’œuf et de sucre - mou et trop sucré c'est ça qui est bon - et certains avaient juste mangé un fruit - je ne sais plus lequel - et le copain qui était à côté de moi et qui regardait ma compagne en souriant, qui elle était en face de moi, finit par demander en s'adressant à elle :
- Qu'est-ce que tu regardes ?
Au lieu de répondre directement à ce moment là elle me dit :
- David ( à l'époque j'avais un tout autre prénom ) retourne toi il y a un type à-bas qui te ressemble à un point ! . . . sauf que c'est toi dans vingt ou trente ans. Regarde discrètement .

Je ne l'ai pas été vraiment discret, je crois . .

Ainsi je sais que j'ai, que j'ai eu, il doit être mort et bien mort maintenant, au moins un exact sosie, c'était frappant, décalé dans le temps et dans l'espace, même profil, même coiffure, même type de cheveux châtains un peu frisés, même allure et / 
et bien vingt ans de plus.
Par quel hasard avons-nous été mis en présence ?
C'est là le mystère du sosie, non pas qu'un autre type humain sorti d'un autre moule existe, abouti au même résultat, dans le calcul des probabilités des anatomies et physionomies, cela peut paraître inévitable,
mais qu'il y ait rencontre et mise en présence pour nous révéler, ludions du temps, que tout est illusoire, même notre unicité.