lundi 25 août 2025

Nouvelle liste.

Intempestif ou opportun ?

La découverte des hypothèses de Ferenczi.

Distance. Comment les lieux modifient les opinions au moins autant (au temps) que le passage du temps.

Reprendre l'héritage "immatériel" de mes ancêtres.

Cette impression d'être toujours "à côté", inadéquat et pourtant de voir le centre de la cible, ce sur quoi il faudrait pouvoir agir. La vie est souvent un cauchemar, il faudrait pouvoir se réveiller du rêve du rêve.

L'énorme imbécilité des flux statistiques. Pas de quoi plaider pour la démocratie. 

Cette impression que l'hyper-tourisme n'est que la crête de cette plaie beaucoup plus profonde : l'hyper-population. 



Seuls les fous m'intéressent.

 . . . .et il faut être fou déjà pour consacrer sa vie à l'art, sommet de l'illusion, du semblant, du trompe l'œil et trompe les sens, créateur de mondes inexistants, fiction dénuée de science mais pleine de pouvoirs.

Cet homme qui. . . peignait en roulant dans les vagues. Elégie critique.


Vif et brillant, plein d'humour, il n'avait pourtant rien de suicidaire, cet obsédé bon vivant, à l'époque, obsédé de la trace, de l'empreinte, de la peinture performance du corps, peignant par ses mouvements directement la toile non tendue . . . depuis si longtemps, depuis la préhistoire de l'humanité, mains au pochoir des grottes, visage ou corps, vera icon, ou  ichtyogrammes japonais .

Son projet réalisé dans une crique déserte supposait plus qu'il ne semblait dérision de soi, situé dans la trajectoire retournée et auto-appliquée d'un Yves Klein ne reportant plus sur la toile l'empreinte extérieure d'autres corps, ceux de "modèles" peinturlurés, mais lui, reporté et enveloppé d'un drap enroulé sur lui-même en personne, nu et exposé, face au plus puissant élément amniotique de la nature : la mer accouchant (aussi bien dans l'imagination scientifique ou mythologique) d'êtres terrestres avait pris, dans le plus grand secret / seule sa compagne pouvait le suivre et l'aider dans cette expérimentation solitaire en plein air / rejoignant par un acte individuel de land-art romantique,  un magnifique et symbolique tour à la Sandor Ferenczi, le disciple de Freud qui allait plus loin que Freud, l'homme de la Thalassa qui avait fait coïncider l'histoire des êtres vivants et celle des individus, en raccourci fantastique.

De fait, à bout de souffle, éreinté, refroidi, trempé, quasi étouffé, à deux doigts de la noyade, le ciel étant devenu gris, le vent s'étant levé, la mer subitement rageuse, son assistante-compagne affolée, ayant peur pour la vie de l'expérimentateur, il avait été amené sur un brancard à l'hôpital et sauvé par les pompiers qui avaient un peu de mal à comprendre ce que cherchait et voulait faire cet Olybrius tout nu et maculé de peinture bleue enroulé dans une toile comme pour mourir plutôt que naître.

Nous en eûmes ensuite du même auteur, car hélas . . .  aucun autre témoignage direct, son assistante restant muette, des récits qui n'avaient rien d'épique, croyez-le, tellement dérisoires ! auto-dévaluatifs, tellement pleins de détails navrants et rigolos, tel ce crabe bleu lui aussi, resté attaché au tissu de la toile maculée et la crevette transparente prisonnière des poils de son torse .

La peinture comme land art auto-punitif, en somme. 

Ou alors, non, disons, "erreur de jeunesse". Il avait peint par la suite un modeste paysage où apparaissait en crayonné son corps martyrisé allongé dans l'onde cruelle dont le titre était tel.


mercredi 13 août 2025

Abeilles.

C'est un souvenir cuisant que j'ai déjà évoqué je crois, au moins ailleurs.

Nous visitions le campus d'une université agronomique. Les dirigeants qui nous accompagnaient avaient absolument voulu nous conduire aux ruches de la section apiculture, après que nous ayons parcouru pas mal de locaux fermés, salles de cours, réfectoire ou bibliothèque. Quand advint ce qui devait advenir, quelques unes d'entre elles, face à des inconnus, les abeilles sont évidemment physionomistes et avisées, nous piquèrent, moi deux fois au crâne, entre front et début de calvitie et mon chef de l'époque, au bras, une méchant avertissement.

Nos introducteurs accompagnateurs, par ailleurs charmants et accueillants autant qu'on pouvait l'être, eurent pour tort de sourire, ou du moins quelques uns d'entre eux, quand mon chef eut lui le mauvais goût de se plaindre assez amèrement de sa piqure et de la tournure de cette visite qui devenait punitive alors que nous venions pratiquer la coopération et l'aide.

Comme de mon côté malgré l'intensité des deux douleurs cuisantes à mon front, j'eus le stoïcisme discret de ne pas me plaindre et de sourire à mon tour, cela me valut la définitive hostilité de ce chef d'alors.

Moralité : rien ne sert de bien se tenir.

Conférence.


 Où étai-ce ?

J'étais convié à une de ces conférences-hommages comme il en existe. C'était en Amérique du Sud

La scène aurait pu être n'importe où. En Equateur, au Pérou, en Colombie ou même en Argentine ou au Brésil. Il s'agissait de rendre gloire à un poète qui était aussi un peintre et qui était bien que très connu localement resté modeste et caché. D'ailleurs on l'attendait tout au long de la conférence après l'avoir attendu longtemps avant de commencer. L'ambiance était très particulière. Assez ridicule pour tout dire. Les discours successifs qui ressemblaient à de pâles nécrologies, sauf un ou deux qui avaient eu la bonne idée de contenir des précisions et de meubler d'anecdotes les louanges banales, s'adressant à un homme absent de l'estrade - au fait, pourquoi l'intéressé était-il absent ? - qui aurait dû subir sans sourciller et sans rougir ces tresses et ces couronnes de lauriers, un peu comme s'il était déjà mort.

Avait-il eu l'intuition de ce désastre ? Se méfiait-il à ce point de ses amis ? Les connaissait-il suffisamment pour éviter le piège ? Etait-il absent pour une toute autre cause ? Pour raisons d'un réel empêchement ?

Pour le spectateur que j'étais c'était extrêmement gênant. Ces discours devant un grand absent comme s'il était déjà mort ou mécontent ou indifferent aux compliments. Il y avait là quelque chose de bizarre, d'inquiétant qui mettait en cause la notion même d'admirateur et de public. D'autant que la séance s'enfonçant dans l'absurde se poursuivait, allant à son terme : le départ du public totalement frustré et assailli d'interrogations sur l'intéressé principal, sur ses thuriféraires, su la notion même de lecteur-spectateur-admirateur.

On s'attendait ou a apprendre sa mort ou à le voir apparaître bien vivant et ricanant devant l'entrée de la salle où on avait tenu ces discours rendus creux par son absence.


Camus.

L'unique et grand Albert. L'ami proche de René Char. Un totem. Un fantôme des époques de gloire où il a vécu lui, Résistant. Sur fond de Guerre d'Algérie, drame et point de partage pour les Français. Lui, coupable seulement d'avoir écrit Misère de la Kabylie, mis au banc de la gauche par les marxistes purs et durs.

Difficile de lui échapper dans ma jeunesse tellement il éclairait ce monde encore obscur d'après-guerre dont nous sortions à peine. J'ai été longtemps abonné au journal Combat, résurgence de son esprit, en souvenir de lui. Bien sûr j'avais opté plutôt pour Héraclite, Epicure, Montaigne, Descartes, Spinoza, Husserl, Merleau-Ponty pour échapper à cette sienne vision, l'Eté, Noces, Retour à Tipasa, approche illuminée-illuminante mais aveuglément littéraire.

Son meilleur livre disait Sartre, d'après ce qu'en rapporte Jean Daniel, est La Chute. Bien d'accord, j'en ai fait l'expérience de plusieurs années d'études. Qui n'a pas lu La Chute à l'autre bout, envers et fin de l'Etranger ne peut percevoir le cycle et le procès du héros solaire dans cette oeuvre (c'est ainsi que j'essayais de la saisir et de la caractériser dans ce travail que j'avais envoyé à Roland Barthes). C'est à dire au travers d'une rhétorique embrassant la tragédie humaine comme un cycle naturel, appartenant essentiellement aux rivages de la Méditerranée et à son exclusive lumière productrice de lucidité depuis les Grecs.

Aujourd'hui encore ces lieux où il a vécu, ses formules, son regard, assaillent ma mémoire.

Il n'y a plus de déserts. Il n'y plus d'îles.

Capilotade.

Ce matin, dixième jour du, de la deuxième saucée de COVID, tête en capilotade, bouillie, charpie, compote,

après avoir toussé des jours et des jours et expurgé et fumigé ou dans le meilleur des cas expulsé, expectoré (presque) toute mon acrimonie me voilà vraiment presque remis mais tellement éreinté et spongieux/vaseux que je tombe, une fois séché, en poudre et en lamelles.

Maudits Chinois ! Maudit Wuhan laboratoire ou marché aux bêtes !

Maudit voisin qui est venu frapper à ma porte alors qu'il n'avait rien à me dire, juste porteur du truc immonde, je l'avais entendu tousser grave de l'autre côté de la terrasse quelques minutes avant cette visite inutile et criminelle, une toux irrépressible et chargée, covidée à fond de toute bienfaisance et bienséance, une toux agressive, insortable, quel salaud ! 

La capilotade est un plat d'origine espagnole cuit et recuit en morceaux disparates me dit-on et j'ai connu ce genre de pot-au-feu merveilleux et la charpie est un drôle de rassemblement et nœuds de fils extraits d'une toile usée qui servait à panser les blessures saignant abondamment du temps où Pasteur et l'industrie du coton n'avaient pas encore réformé tout ça . . . 

Tout ça, tout ça, la toux en prime, autant dire que je me sens un peu diminué bien qu'aimant toutes sortes de ragouts à condition qu'ils ne soient pas faits avec la chair et les humeurs de ma pomme.