vendredi 28 décembre 2018

suquet

Ce mot est un diminutif. 
En provençal de suc, hauteur, petite montagne, en catalan de such, bouillon, sauce, ragoût. J'aime les deux. Manger un suquet ou y monter. 
Autant de suquets que de villages sur la côte dite sauvage en Catalogne et de familles de pêcheurs disait-on, selon les poissons ou aujourd'hui, dans les restaurants qui s'en réclament, de crustacés, incorporés au brouet à base d'huile, ail, oignon, tomate, piment, du plus populaire au plus riche et maintenant surtout devenu onéreux et touristique. Nous sommes loin du plat simple préparé par les hommes au travail du filet et de la ligne à même le fond de la barque.
Un seul Suquet majuscule, celui auquel je m'empresse toujours de monter dés que j'en ai l'occasion dans l'ancien village de pêcheurs et autrefois de moines, petit mont qui domine le vieux port et la baie de Cannes rendue fameuse lors d'une épidémie de choléra fermant le passage des très riches Anglais allant hiverner un peu plus loin sur la Riviera italienne et devenu avec le temps le lieu d'un musée archéologique et ethnologique où je me précipite spécialement pour y voir et revoir souvent de plus gros mais surtout de très petits objets des collections antiques, égyptiennes, romaines et précolombiennes ou océaniennes.

jeudi 27 décembre 2018

chantier

ce blog, mais est-ce encore un blog ? est perpétuellement en chantier,
prière de le visiter et éventuellement de ne pas hésiter à le re-parcourir
et piétiner,

ce n'est pas interdit et c'est en principe sans danger
 NON !

mercredi 26 décembre 2018

algorithme

A vrai dire personne ne sait ou veut savoir vraiment ce que sont les algorithmes. 
Courbes, calculs, robotique dans le robot, potion ingurgitée d'office ? C'est que, l'algorithme n'est en rien magique, son secret n'est que système non poétique, juste fait d'arborescences raides, pas des arbres épanouis en formes maîtrisant le hasard, de pliages absurdes, pas de petits avions ou bateaux de papier lancés dans l'air ou dans l'eau du ciel et du temps, pures suites d'opérations réduites ou ramenées à leur plus simple ou plus (pourrait-on dire encore ?) élégante structure et suite rabougrie logique. 
En fait rien de beau qu'une froide, longue, pénible procédure répétable et automatisée aboutissant à un objectif défini d'avance et forcément restreint.
Pourtant, parfois, c'est à se demander si les gens que nous voyons, agités, élus, journalistes, éditorialistes, ou même nos propres représentants, ou nous-mêmes oui, parfois, nous-mêmes ne sont et ne sommes pas mus par, pour arriver à des fins si prévisibles, pauvres, peu inventives et programmées, par . . . des algorithmes.

samedi 22 décembre 2018

oasis

Voilà la suite pour ceux qui l'attendaient.
J'ai donc franchi le portillon du jardin donnant sur la rue, qui n'était pas fermé à clef. Je l'ai poussé et il a grincé.

Note au passage : tant de souvenirs de portillons qui grincent et qui s'ouvrent dans ma vie . . . mais c'est une autre affaire et ce seraient des histoires à l'infini si je n'y coupais . . . là, dans le vif ! N'empêche, j'entends nettement le bruit dans mon oreille, toujours le même, un bruit que fait encore - est-ce un hasard ?- le portillon peint en vert du jardin de ma propre maison sur le chemin où je vis.

Comme il fallait s'y attendre, mais peut-être n'était-ce pas le cas pour vous, la vieille dame étendue sous le citronnier à côté de son escabeau, la vieille dame de la villa L'Oasis, villa mauresque toute décrépite et collée d'un côté à la voie ferrée et de l'autre à la voie rapide, la vieille dame qui semblait endormie ou peut-être tombée là de son escabeau et morte sur le coup, ne l'était pas.
Ni morte ni endormie.

Alors la suite du conte, vous l'imaginez bien, ne saurait être classiquement celle du prince charmant devenu très vieux et de la belle et plutôt bien vieillie endormie, ce serait à la fois, ridicule, extravagant et banalement approprié aux canons d'une époque envahie par les vieillards qui, récalcitrants, refusent de disparaître d'abord dans les retraites minorées par décret, ensuite dans les catacombes collectives, les nécropoles bâties à grands frais et ces palais où à grand bruit infernal on brûle les corps dépourvus de vie. Non, elle était bien vivante puisqu'elle poussa un cri, revigorée de son absence momentanée et de son sommeil apparent quand elle entendit le grincement du portillon rouillé et surtout quand elle me vit.

(A suivre . . . enfin on verra . . . si cette affaire vaut encore la peine d'être contée plus tard, car on remet toujours à plus tard / comme on remet parfois à plus tard le simple geste de graisser la porte qui grince / ce genre d'affaire qui concerne les gens sur le point de s'effacer d'eux-mêmes, suivant la pente d'une nature cruelle ou compassionnelle, comme on voudra).

mystère des gens

Certes, il y en a partout du mystère et nous ne saisissons pas grand chose de cet immense foutoir qui nous entoure, où les structures complexes sont emboîtées et télescopées ou embouties. Mais l'un des mystères de l'univers à notre propre échelle, ce sont les autres, infiniment incompréhensibles à nos yeux.

lieux

Oui, pourquoi les lieux sont si importants pour moi ? Ce n'est pas seulement une affaire de géométrie ou de géographie. J'ai une idée symbolique du lieu qui en fait beaucoup plus qu'un tiroir commode où ranger gens et événements, je les imagine et les projette comme ayant du sens, aussi absurde que ça puisse être au yeux de tous.
Ainsi je vois la ville où j'ai passé une partie de mon enfance heureuse et de mon adolescence pourtant faite de calme, d'harmonie relative, de protection sans faille, comme un lieu rouge, bâti par son histoire ancienne, remontant aux inquisitions, de briques et de tourments liés à l'au-delà et aux persécutions des hérétiques par la religion officielle. Ma famille qui y vit encore  en partie apparaît ou apparaissait alors, loin du cocon protecteur un peu étouffant il est vrai, avec ce filtre structurant que j'ai incorporé à tous les événements extérieurs qui y eurent lieu, comme un enfer passé, plombant, écrasant, que j'ai dû, et bien fait - à cause de mes propres fantasmes sans doute, autant que pour fuir un amour un peu paralysant et dévorant, de quitter.
Ainsi je vois aussi bien telle plage encaissée sous les falaises de l'Algarve, non loin de là où partirent tant de navigateurs et explorateurs émérites au temps du Portugal ultramarin, où je me suis baigné dans l'eau déjà glacée, au passage en novembre il y a maintenant des lustres, comme la promesse de découverte d'un paradis furtif.