lundi 19 décembre 2022

Toubib.

 J'ai eu quelques amis médecins. 

Le premier qui était une autorité en franc-maçonnerie, perso j'ai toujours été un franc tireur ami mais réfractaire, voulait m'envoyer au Chili d'Allende ça n'a pas marché, 

le deuxième était un Pied noir qui a contribué à me faire adopter le jardin comme mode de vie pour le maintien en vie, après que je me sois épuisé à creuser sous ma maison pour agrandir les caves, 

la troisième était une femme qui n'a pas réussi à guérir mes allergies et qui trouvait que je ne savais pas respirer, les gens qui ne me connaissent pas pensent en effet que je m'étouffe, ce qui n'est pas faux, mais c'est ça qui permet à mes phrases interminables de se prolonger,

le quatrième, l'actuel, n'a rien dit mais j'ai bien vu qu'il souriait quand il a vu la tête de mort inscrite en blanc sur mont T shirt noir quand il m'a ausculté lorsque je suis venu le voir en catastrophe avant son départ en congé pour obtenir une dose suffisante de paracétamol pour affronter mon Covid tardif.

samedi 17 décembre 2022

Barabar.

Rêvé parfois de rejoindre au Nord de L'Inde ces grottes de Barabar où l'épigraphie achoppe, où le travail d'inscription de l'homme se heurte à un miroir. Tellement le granite gravé rejoint le polissage en saga du sage, effaçant toute destinée.

Kakapo.

 Il fut un temps où je rêvais de mourir jeune d'une mort romantique, absurde jeunesse, puis vint celui où je m'efforçais de croire que j'arriverais à faire presque aussi bien qu'un herbivore Kakapo. C'est à dire entre 95 et 120 ans de longévité. Aujourd'hui, et de moins en moins, je ne m'avise de me moquer du Kakapo, seul perroquet qui ne vole pas, le plus lourd, le moins monogame, l'un des plus choyés comme espèce protégée en voie de disparition. J'ajouterai l'un des plus grotesques et ridicules parmi ses congénères presque tous si attachants, sauf, autre habitant de Nouvelle Zélande, le vraiment trop diabolique, beaucoup moins lourdingue; presque son opposé, acrobatique et astucieux perroquet de montagne, briseur d'essuie-glaces et saigneur de moutons, le Kéa.

Il est vrai que très illégalement, dans un contexte plus que permissif, je suis déjà tombé amoureux d'une perroquette amazonienne qui ne jurait que par moi et et que j'ai gardée en semi liberté sur les hauteurs pelées de Lima en lui fournissant gite et couvert au lieu de cage, longtemps. Il est vrai que cette affinité avec les oiseaux cons, inquiétants et chieurs pour beaucoup de gens, je la ressens depuis longtemps et je veux qu'on m'enterre avec cette collection de huacos des déserts de Paracas et Nazca, que j'ai réunie parce qu'elle évoque sous diverses formes mi-humaines, mi-poteries, sous une surface où se sculptent et se colorent de courtes plumes, des queue, lyre ou balai, des rémiges, des ailes, culte avéré dans les fameuses lignes et dans les tombes, de ces voyageurs célestes annonciateurs de renaissances, d'orages et de débordements des rivières souterraines.

Fallait-il allez si loin pour prélever ces trésors symboliques alors que le passage ici des simples saisons suffit à ramener de migrations lointaines tout un peuple multiple, prémonitoire, porteur de messages au langage clair, annonciateur de notre avenir collectif et climatique ?


vendredi 16 décembre 2022

T de (Images, visages, lueurs) Tintement de Tasses et Tremblements.

 Ce que je ne m'explique pas du tout c'est comment fonctionne l'apparition des images, des visages, des petites scènes éclairées qui se jouent et se projettent dans ma tête, indépendamment de ma volonté quand je suis éveillé. En général en un lieu précis et peut-être dans un état précis de mon cerveau lié à l'éclairage ou à tout autre détail.

Au sortir d'un rêve il parait naturel que ces lieux, gens, situations dans lesquels nous étions plongés soient tout à fait, au moins en apparence, coupés du monde réel dans lequel notre vie éveillée est en train de nous replonger maintenant, mais là . . . en pleine veille ? Il est vrai que c'est surtout le matin peut-être après le lever, en général un lever très matinal. Donc ce serait un débordement du monde du rêve, une prolongation peut-être.

Le fait est, quand je prépare le café ou le thé et fais griller les tartines salées ou sucrées, nous alternons tout ça, le seul fait d'être face au placard qui est suspendu au-dessus des petites machines électrodomestiques, fait resurgir souvent des scènes de mon travail en mission en province au Pérou, et plus précisément cette scène où, à Cuzco, de bon matin, quand nous attendions, un ami diplomate et moi, que les envoyés de Paris qui devaient expertiser notre choix de nouveaux locaux pour l'Alliance française après un tremblement de terre assez dévastateur, sortent de leur chambre et nous rejoignent pour le petit déjeuner, des travaux au marteau piqueur se sont mis en route sur la terrasse juste au-dessus de notre tête. Des travaux que nous n'avons pu arrêter, malgré nos protestations violentes auprès du gérant de l'hôtel, et dont, si nous voulions avaler en vitesse à cette heure où rien d'autre n'allait être ouvert, avant le travail de visite de locaux et l'examen de quelques études préalables, ne serait-ce qu'un café foutu et un jus d'orange en boîte, nous avons du subir le vacarme et le séisme dans nos têtes en attendant qu'enfin réveillés, nos experts un peu sonnés et étonnés de nous trouver là malgré le vacarme, apparaissent.


Filtres.

L'essentiel, on met beaucoup de temps à le comprendre et à l'admettre, ce sont les filtres.

On peut tout exprimer mais pas sans filtre, masque, déguisement, code, tournure, cadrage, système finalement terriblement alambiqué et conventionnel, même quand on tente de les briser (les conventions) jamais directement, à bout portant, sinon cela devient brutal, trop direct, sans art, mortel.

Couteau éplucheur.

 Ma grand mère n'en avait pas et n'en voulait pas, elle était bien plus habile de son petit couteau de cuisine à manche de bois et à lame vrai rasoir, si difficile à se procurer aujourd'hui où on a inventé non pas le couteau sans lame comme disait je ne sais plus qui, mais bien le couteau à lame qui ne coupe pas, mais alors pas du tout, malgré les coupures qu'elle s'infligeait parfois au pouce, je revois ces entailles noircies encore par le travail, quand elle était encore presque jeune, après avoir passé une partie de sa vie à faire la cuisine dans de "grandes maisons".

Aurais-je cru devenir moi-même, sur le très tard, et malgré un pouce un peu raide, un champion du couteau simple ou à éplucher légumes et fruits pour aider ma mie à faire des carottes en rondelles (nourriture essentielle des pauvres lapins que nous sommes) et surtout de vrais soupes, mie dont les doigts souffrants ont perdu pour ces taches toute agilité ?

jeudi 15 décembre 2022

Rien de rien.

 Faire une histoire de riens de rien.

J'avais d'abord fait une histoire de rien du tout qui se passait à Rio que m'ont refusée quelques éditeurs, certains ont cru, je ne sais pourquoi, enfin si, je sais, en lisant très vite, mais vraiment très vite, que c'était en Amérique du Nord . . . elle était faite de fragments et ceux qui l'avaient lue un peu en feuilletant ont cru que je mimais sans en comprendre vraiment l'intérêt, les cut-up de Burroughs du fait que quelques phrases s'arrêtaient en route, reprenant ou pas plus loin. Alors que je voulais seulement plaquer vite des impressions en un texte limite entre poème, critique style situationniste, récit de découverte face à ce Nouveau Monde qui m'a tellement ouvert les yeux, ébloui, en arrivant dans la baie de Guanabara.

Ensuite, j'ai voulu plus tard, après un épisode long de vie de gestion administrative et d'application de politique culturelle, de découverte du monde impitoyable des crocodiles politiques et encore et toujours féodal et de droit divin des ambassades, absolument sortir du poème pour lequel j'avais quelques penchants et peut-être de facilités, oui c'est ça, j'avais trouvé un style où les mots prenaient dans un chant une forme sonore matérielle, comme de dures structures métalliques dressées d'après un critique, en écrivant ce qui n'avait plus rien à voir, une parodie romanesque. Parodie de roman policier, politique, d'amour fou et de conspiration . . . Ca aurait pu s'appeler Beauté fractale. C'était beaucoup demander à un seul homme, d'autant que mes mises en boîte des grands ou moins grands de ce monde encore vivants, reconnaissables et agissants, dés qu'elles apparaissaient au tournant d'une page, bloquaient manifestement la lecture d'éditeurs enthousiastes à la première approche, mais peu soucieux de collectionner les procès pour que très hypothétiquement . . .  on reconnaisse enfin le talent outrancier d'un inconnu sans soutien logistique et sans doute un peu dingue à tout prendre.

Donc, voilà : échecs, échecs, Echec et Mat.

D'autres se seraient lassés.

Je suis un obstiné. Ce que j'ai réussi souvent dans des circonstances hostiles, je l'ai toujours obtenu malgré mes airs doucereux, en fonçant tête baissée. En revanche j'ai aussi parfois avec cette méthode commis de grands ratages dont j'ai du mal à me remettre.  Ainsi par exemple, au cours de cette trajectoire, ma bonne conscience tiers-mondiste en a pris un sacré coup frontal et mon amour de l'humanité aussi, du coup.

Mais donc, je vais passer un peu du temps qui me reste à raconter tout ça, tous ces riens de rien sans importance qui s'accumulent pour faire comme les écailles d'un lézard, ces peaux séchées qu'on trouve parfois, au scintillement déjà éteint, avec leurs griffes enchevêtrées dans l'herbe des jardins.

Continuer à raconter des balivernes par morceaux brisés.

De telle sorte que ceux qui le souhaitent retrouvent, par fragments ténus, écaille par écaille, lambeaux de peau par lambeaux de peau, une vie déjà déroulée, rapportée en tablettes d'un autre siècle, en plaques de glaise séchée et gravée à partir de modèles anciens, très anciens, le puissent. Pourquoi ? C'est la question la plus difficile.

Une simple vie taillée en zig-zags et finalement peu édifiante, une vie d'adaptations et de tentatives, de rêves, d'ambitions, d'étonnements et de maladresses comme il y en a tant. 

Mais une vie de constantes recherches, de communication et curiosité. Une vie de l'attention soutenue, de l'œil et de l'éveil, exposée et en embuscade, moi amateur du silence et aussi de solitude, une vie constante de décisions urgentes, immédiates moi qui suis parfois si indifférent, lent, lymphatique. moi qui n'aime rien tant que la réflexion, la contradiction critique et le recul.

Parce que peut-être parler est la seule chose qui nous unit. Seuls les oiseaux parlent autant que nous mais leurs besoins semblent plus immédiats. Que dis-je ? Rien ne le prouve. En tout cas ils se donnent beaucoup de mal pour ça. Leur chant (attendre encore un printemps en cette période sombre de ciel et d'événements) est bien au-delà des nos pauvres mots.

Et arriver à parler comme ça : sans aucune contrainte ni raison ni nécessité. Pas seulement fonction phatique. Logorrhée. Epanchement. Mais en pièces détachées, qu'on peut mettre ensemble à volonté. Patient Meccano. Limitées à des tronçons, des strophes courtes. Des pièces rapportées d'un ensemble qui  n'arrive jamais à se terminer. A des histoires découpées, parcellaires. A des cris, des complaintes, des épisodes, de petites interventions, des remarques, des bribes, ou parfois de terribles constats. Ici aucune envolée, aucun mouvement romanesque, bouffée de passé, résurgences, ressenti du jour, multitude des notations, rééditer sans arrêt tant que c'est du domaine du possible, multiplier le fait de reraconter, les facettes déclinées, disjointes, distantes, chaque histoire est un commencement, les incipit.