mardi 29 octobre 2024

Plomberie.

 J'aurais dû ajouter à toutes mes longues études (si je compte celles que j'ai faites après les études officielles, quelquefois longtemps, en rab de curiosité pour aller voir plus loin si le ciel était moins gris et si l'herbe moins tondue) celles de tubulure et plomberie. 

Pas évident d'arrêter l'eau. De l'empêcher de couler au moins goutte à goutte une fois tout vissé à fond. 

Bon c'est vrai le matos actuel tout en plastoc toc de plus en plus léger genre membrane papier à cibiche, ça n'arrange pas les choses, ça se tortille dans tous les sens comme une chenille "arpenteuse", dés que vous avez fixé un truc à peu près bien droit pour visser les autres bouts et appendices du tuyau, ça danse du ventre, ça gigotte et ça déhanche les pas de vis, puis ça part en vrille et en soufie.

Ah je vous l'dis, c'est pas du cuivre ni du laiton.

J'aurais dû aussi faire des études d'ingénieur informatique, ça m'aurait évité de me tordre le cou, de boire le bouillon à chaque manœuvre pour simplement comprendre les symboles, raccourcis et astuces de la mise en page et tabulation sans faire sauter d'un coup tout le texte et perdre le brouillon.

Ah j'vous l'dis, c'est pas béton.

Et puis aussi tant que j'y étais j'aurais dû avoir plusieurs vies, un tas, pour arriver à avaler tout ça au pas de course sans trébucher, sans m'étrangler ni m'escaner, ni m'escagasser et même les prendre en déglutition par anticipation ces années et nouveautés, pour ne pas être surpris des superbes nouvelles procédures de moulinage, d'emberlification et embobelinage./

Obstination.

Plus que persévérance, obstination.

Pour arriver à quoi que ce soit, il en faut. Beaucoup. Une obstination continue qui confine à la folie.

Encore faut-il avoir pris le bon parti. Mais il est rare qu'une obstination continue et raisonnée, même folle et délirante n'aboutisse pas. N'émerge pas du quant à soi aux lumières publiques. Quitte à apparaître telle démence grave ou folie douce. Il faut tenter et parier. Affronter la sortie, le dialogue. La chute.

lundi 28 octobre 2024

Chance(s) incroyable(s).

Tout n'est que hasard. 

Une sorte de dieu de loterie. 

Nous sommes si nombreux à être éjectés et jetés là dans la machine de tirage au sort qui nous expédie comme des billes dans cette existence aux plans plus ou moins inclinés, au sol chaotique, creusé de vals, percé de pics, piégé, embroussaillé. 

Trajectoires dérisoires.

On peut évidemment y lire un destin (toujours singulier, même celui des plus fortunés, ou celui des plus disgraciés ici-bas, sur cette croute que nous ravageons) si on a en soi (mais qu'est-ce que cet "en soi" ? de quoi est-il fait ? à qui le devons nous ?) parasites forcenés, beaucoup d'espoir, d'optimisme, d'imagination, de foi en son étoile, d'égocentrisme et de crédulité, obsédés du sens comme nous sommes. 

Bref de vitalité exubérante (encore un sacré cadeau!).

Je me souviens de ce proviseur du grand Lycée Daudet de Nîmes, une institution d'éducation et d'architecture, qui avait dû être remplacé après qu'on eut découvert ses crimes pédophiles et dont pris le poste un homme intègre, apprécié de tous et qui eut le mauvais œil de passer sur un tronçon d'autoroute qu'il aurait pu ne pas emprunter. 

Vengeance décalée du hasard. Tueur à gage qui se trompe de cible. C'était un discutable raccourci pour un trajet relativement court, ou qu'il aurait pu notre nouveau proviseur, fort bien emprunter un autre jour. Il périt, assez peu de temps après sa nomination, encastré dans son véhicule même pas à cause d'un chauffard ou d'un camion placé en travers, mais, cause beaucoup plus rare, sorte d'absurde châtiment exemplaire exécuté par erreur, à cause d'un camion passant sur la voie qui enjambait l'autoroute, au-dessus. Sans tomber lui-même, ce camion laissa choir juste en plein sur l'habitacle en mouvement une part de son chargement. Un gros bloc de pierre mal arrimé sur sa benne maudite.

Inversement vivre encore c'est avoir réchappé à tant d'erreurs, d'accidents, d'imprudences, de causes de maladie, de contagions, . . . . de malchances.

La chance majeure qui m'advient aujourd'hui comme chaque jour quand je suis présent ici, je l'ai voulue certes mais elle est le fruit de tant de choix emboîtés et finalement imprévisibles, construits en mettant bout à bout de petits morceaux de circonstances, c'est que je suis, 

vivant encore dans un jardin,

c'est à dire un petit morceau de cette surface de terre qu'il m'appartient de préserver de tout ravage d'herbicides ou pesticides, de tout tronçonnage ou arrachage d'arbre qui ne soit absolument exigé par la sécurité, petit territoire fait de grandes hauteurs de végétation et de buissons et de haies où niche tout un peuple volant, rampants, courant, nocturne, diurne, chantant et bruissant,

où j'ai ici tant de recoins qu'il ressemble pour moi à un univers resserré (peau de chagrin dérisoire)  en maquette miniature et sauvage, permettant à la maison qu'il accueille de préserver en paix, mas dingue, demeure du repli de mes troupes, désirs exhaussés ou non, toute une histoire mienne, souvenirs et résidus d'amitiés, rencontres, étonnements, éclats, aperçus, lueurs, écoute des nouveaux et lointains amis. 

dimanche 27 octobre 2024

I d'Inspiration.

 . . . "insufflation, comme s'introduit l'air dans la poitrine", les anciens reliaient l'inspiration au souffle qui ne pouvait être que divin.

Difficile de dire ce qu'elle est. Plus facile ce qu'elle n'est pas. Quand on n'est pas inspiré, chacun voit ce que ça donne : un flop. Les choses qui auraient pu bien partir après un bon démarrage, un joli bruit sans raclement ou crissement de raté, s'affalent au sol, très platement au lieu de décoller. Comme un ballon qui se dégonfle. Comme un saut qui fait plus qu'accrocher la barre, qui passe ridiculement, sans même la toucher . . . en dessous. Comme une pub qui tombe à côté, une astuce que personne ne comprend, une mesure faussement astucieuse qui se retourne contre le spéculateur. un impôt qui mécontente la majorité des citoyens et ne rapporte rien. Un trou percé dans les fortifications de l'ennemi par où sort cet ennemi qui s'y attendait et vous massacre.

Mais alors être inspiré c'est quoi ?

C'est en effet une pure question de souffle. Quand on cherche et travaille, non pas dans l'angoisse mais dans l'espoir de trouver et d'aboutir, tendu et à l'écoute, concentré au maximum, le souffle se bloque, le corps se raidit, manque de souplesse et d'équilibre, le trébuchement n'est pas loin mais c'est alors que parfois il arrive que comme au sortir d'un rêve agréable (c'est en effet assez rare) ou d'un bon sommeil (certains le cherchent en vain), le corps se détende brusquement ou plutôt, beaucoup mieux, lentement d'un coup en douceur, l'idée apparaît, la perspective se dévoile, fantomatique, à peine dessinée, on respire enfin, tout ce détend, il ne reste qu'à cueillir le fruit, à laisser apparaître et accoucher la forme qui pourra, devra être travaillée pour satisfaire les exigences.

Mais alors d'où vient ce souffle, cette respiration ?

Quant-à moi je répondrai : d'un travail du corps, des cellules, des tissus, des molécules, des synapses. Un travail qui s'est poursuivi en arrière plan dans la chair. L'intellect, les anciens l'avaient bien noté, exige une dépense physique d'énergie. Une combustion. Le cerveau est un muscle comme les autres et dépend de la cage thoracique et du cœur, des mouvements du plexus et des pectoraux, de la tension des cuisses et de la nuque. L'inspiration c'est comme travailler dans une mêlée au rugby et sentir tout à coup, solidairement, que le mouvement se met en place et que la tension se résorbe en avancée. Que l'ovale de la balle sortira du bon côté.

samedi 26 octobre 2024

Conscience d'être toujours enfermé.

 Education, amis, cercles de pensée, chapelles, partis ou sympathie pour un parti, formation, et mon corps, mon corps qui n'est pas un autre corps, mais le mien si particulier, ma forme d'esprit, maison à étage sans escaliers intérieurs sinon encombré bizarrement de toutes sortes d'objets rendant la progression difficile, ne communiquant que de l'extérieur par ascenseurs de façades et terrasses, et alors distraction totale, happé par d'autres centres d'intérêt, donc je m'évade constamment.

Enfermement.

Je ne suis pas claustrophobique mais ne supporte pas longtemps d'être enfermé. Il faut que je sorte, que j'aille marcher. Au moins à l'intérieur de ma forteresse, aux quatre coins des murs clos de mon jardin boisé, ou au moins, en attendant de sortir sous la pluie crachin, quêter, retrouver et redécouvrir un livre de mes bibliothèques, étagères, piles, quelques cartons encore, de livres.

Sidéré . . .

. . . par les incroyables nouvelles écrites par Hemingway dans sa jeunesse (qui eurent peu de succès). Dont deux purement liée au plaisir d'être dans la nature éloignée des villes et d'y expérimenter son aptitude à s'y adapter hédoniquement en y exerçant ses muscles, son agilité, son doigté méthodique, ses sens. Longues et remarquables descriptions fascinantes, hypnotiques, du ski alpin et de la pêche à la truite.