vendredi 16 janvier 2026

Monde

Ce monde tout puissant d'orgueil grotesque qui se donne comme facétieux et factieux, qui prétend mettre les rieurs de son côté, celui des vainqueurs par écrasement, frappes et chaos, oubli de l'histoire et des hommes sacrifiés est simplement, fatalement triste, désastreux et funeste, calamiteux et grimaçant, léthal ou létal. C'est pourquoi le vrai comique, le bouffon chargé de nous divertir par sa propre volonté, loin des cours, loin des pirouettes spectaculaires et des déclarations théâtrales, rejoignant la chair faible et tendue de la vie, ce souffle qui nous anime et traverse nos tissus irrigués de sang, lymphe et humeurs diverses, ce matériau chaud et poisseux, sensible, humide, exposé, nous parle du quotidien, l'exceptionnel, la victoire, le fait historique, les héros perdus au loin dans  les brumes légendaires du mythe s'estompent et y perdent leur vigueur, nous voilà émus au plus près et ragaillardis.


jeudi 15 janvier 2026

Boîte en valise.

Tout le monde connait cette astuce de voyageur de commerce de l'art qui permet de prendre du recul et d'aller du comique potache à la réflexion sur l'inanité sonore du bibelot artistique ou/et littéraire de Duchamp qui outre ses merveilleuses mystifications eut l'idée de récolter quelques sous sonnants avec sa valise reproduite à (au moins, de fait, plus de) 300 exemplaires en exposant le résumé en maquettes et reproductions (textes préparatoires et recherches, du coup doublement valorisés) d'une oeuvre en cours et déjà passée du rang de projet jamais abouti à celui d'évocation du déjà écoulé et transportable en parodie portable et pliable de musée purement mythologique et personnel.

mercredi 7 janvier 2026

Figures de la sexualité.

Ayons bien peur qu'en parler de suffise pas.

La pratique en ce domaine transcende et traverse et enfonce tout discours.

Bien sûr en premier point inamovible, éviter les figures transgressivement effectives, en acte criminel du viol, de l'inceste, de la violence aggravée en domination ou soumission forcées. Cependant il est vrai que le désir s'augmente de l'interdit, y compris et heureusement en sublimation symbolique, en visions que seul l'art parfois, rarement avec l'audace suffisante, irrespectueusement, porte de l'indésirable et de l'interdit, ouvre secrètement ou au prix de scandales ou de connivences redoublant son forfait.

Et sur ce plan je ne suis ni du côté du censeur tranchant et caviardant, ni du sectaire vengeur et encore moins du moraliste moralisant.

Hélas, la pornographie devenue industrie ou pour le moins même artisanale et médiocre, pave les rues.

Il y faudrait un détachement, un épuisement, une fulgurance et un feu que je n'ai pas atteint.

mardi 6 janvier 2026

Boucher (un temps très court). . . .

. . . j'aurais presque voulu être, avant de devenir boulanger partiel, autosuffisant et amateur en plus de mécontent.

Je vous parle cependant, là aussi, d'un temps qui n'existe plus. celui des vrais bouchers qui allaient de l'abattoir au petit matin jusqu'au client du soir.

J'ai eu une simple et bien modeste et banale fascination pour les vrais bouchers qui connaissaient exactement la provenance de sa bête et sa nature et évidemment savaient couper la viande avec une dextérité admirable entre deux aiguisages de couteau et un jet sur le plateau de la balance, ce temps est bien fini et pour moi et pour les vrais bouchers qui n'existent plus dans un monde tronçonné en travaux parcellaires et en positionnement des consommateurs en sectes ennemies.

Ma foi je crois avoir lu un pas si mauvais roman, un jour, bâti sur cette simple fascination de couper la viande à merveille et je dois avoir évité de lire quantité de polars qui vont au bout de cette obsession cannibale.

Boulanger en colère (et amateur) . . .

 . . . depuis maintenant, je crois au moins 29 ou 30 ans.

Ne vendant pas mon pain, je ne suis pas un authentique boulanger, d'autant que je le fabrique avec des machines automatiques inventées par les Allemands, et que je suis obligé de modifier. J'ai commencé après avoir usé certains organes à en faire re-fabriquer d'autres par des spécialistes hautement spécialisés : engrenage, pale, courroie de transmission du moteur . . . à une époque où les machines à pain n'étaient pas aussi courantes et ne se trouvaient pas à moins de 50 € chez LIDL. Mais voilà, je ne sais pas ce qui s'est exactement passé mais depuis belle lurette ça ne marche plus. Le pain maintenant s'étiole. Inutile d'incriminer la farine ou la levure, c'est je crois parce que les fabriquants de machines et pas seulement celle de LIDL, j'en ai essayé diverses et des meilleures, y compris la mythique Moulinex, celle qui fait de mini baguettes, ont dû passer un deal sous la menace des boulangers ! . . . Imaginez :

Si tout le monde faisait comme moi, pour avoir du pain frais quand je veux, y compris aux aurores, nous petit-déjeunons très tôt, et n'allait plus jamais chez le boulanger acheter son pain trafiqué aux mauvaises farines. Un beau jour j'avais beau avoir mon boulot par ailleurs, un boulot très passionnant et accapareur de mon temps, je m'y suis mis, n'aimant ni le pain rassis ni le pain surgelé et grillé, ni chausser mes Ray-Ban d'un autre temps et d'un autre film, pour aller incognito, à peine lavé et pas rasé, chercher mon pain du matin tout chaud et de plus devoir faire la queue pour obtenir ces baguettes au goût de carton qu'ils distribuent encore avec une fierté inappropriée face à la qualité du produit, comme des batons de maréchaux. Donc je crois que pour éviter la ruine les vrais boulangers ont passé un deal.

Ils ont dit aux fabriquants de machine : faites des machines à un tour de trop, cassez moi, dégonflez moi ce pain que je ne saurais voir lever sans déplaisir.

Je vous explique c'est simple même pour ceux qui ne sont pas dans la boulange.

Les machines 1 - chauffent la pâte qu'on leur soumet 2 - la pétrissent en faisant tourner les pales au fond du moule à pain 3 - éventuellement, pour égaliser la pâte, vous en remettent un petit tour de pale puis 4 - chauffent et le pain par miracle quotidien monte, monte, et grossit comme un soufflet qui se stabilise par cuisson et formation de structure stable et de croûte.

Mais voilà c'était trop bien.

Voilà que maintenant il vous remettent au moins deux coups de tourniquet en plein moment où la pâte est au bonheur de son comble de gonfler et de lever. Et pas moyen de changer le timing du programme quel que soit le pain, sucré, salé, complet, léger, rapide, français ou je ne sais quoi.

Tout ça . . . j'ai fait mon enquête, parce que certains néophytes maladroits mettaient trop de farine ou trop d'eau et trop de levure et faisaient déborder la machine avant cuisson et ensuite, certes avaient un mal de chien à nettoyer le tout, moule, résistances chauffantes, mécanisme, enduits de pain archi-brûlé et charbonné.

Je vous le dis, ce monde est débile à fond c'est comme les yaourts, maintenant nous sommes obligés de les faire (je veux dire nous-mêmes et c'est d'ailleurs très très facile), pourquoi ? parce que certains ne les aiment pas avec ce petit goût frais et aigrelet si particulier, alors on leur colle, pour vendre même à ceux qui n'aiment pas, dans le commerce et l'industrie de la bouffe destructrice des vrais valeurs, de fausses fraises et des myrtilles imitées archi-sucrées au sirop de faux fruits reconstitués en poudre, comme le lait dénaturé, pour qu'ils en mangent quand même ! sans parler du fait qu'ils ont enlevé du lait, surtout celui qu'ils utilisent dans les industries, toute la crème pour en faire du beurre qui est maintenant en excédent;

alors comment faire ? il s'agit d'empêcher les pales de ma machine infernales de tourner au mauvais moment fatidique et casseur de rythme, c'est à dire trop longtemps et trop tard, j'ai mon truc . . . je m'apprête d'ailleurs à céder mon brevet de vraie machine à pain levé normal garanti à qui voudra.



Ville (cette . . . . . imaginaire)

Où je me promène au cœur de la nuit ou bien souvent le matin avant le dernier réveil. Elle va bien finir par exister quelque part alors qu'en pure géographie physique elle n'existe pas. Je reconnais entre tous ses bâtiments somptueusement ruinés, revenus à des formes simples, épurées, ses rues tortueuses encaissées son débouché agreste sur les premières collines transformées bientôt en montagne et en désert aride parsemé de troncs calcinés et parfois je vis, oui j'y ai un petit studio aménagé dans une sorte de cube sous les toits, en haut d'un édifice situé dans le quartier qui surplombe la mer. Parfois aussi je suis un peu inquiet n'arrivant plus, sur une avenue centrale divisée en carrefour multiple, à retrouver la voie la plus courte qui me conduirait à ce logement et je parcours d'innombrables ruelles où je découvre, c'est plus qu'une compensation, un vrai bonheur, de nouveaux édifices extraordinaires aux fenêtres en plein ceintre, aux murs incrustés de morceaux de marbre inégaux et aux balustrades et colonnes de pierre d'un blanc rosé et torsadées, aux ornements de façade défiant allègrement tout brutalisme ou toute géométrie bétonnée.

Sacré.

Sans aucun doute le sacré a pu être supercherie, surenchère voire sottise. 

Cependant nous devrions respecter et peut-être sacraliser, re-sacraliser certains espaces, au moins dans l'immédiat et provisoirement, façon de dire peut-être à jamais, en attendant que l'humanité devienne meilleure (!) et assume en l'intériorisant cette notion de  limite et d'auto-régulation.

Et ceci concerne très modestement le quotidien . Exemple :