Je ne sais pourquoi ce matin c'est samedi et c'est ce spectacle de Vinicius de Moraes qui a envahi ma tête. Peut être dès 5 heures du matin cet air lourd, collant, à 28 ou 30 degrés et plus rapidement, qui me replonge dans l'atmosphère carioca. J'ai bien sûr des projets qui couvent dans la torpeur, en train de se mettre en place, je me projette toujours en avant mais aussi . . . je traîne une telle besace de souvenirs accrochée à mes basques !
Il chantait ce diplomate rebelle, ce parolier et musicien, ce mélodiste, ce lanceur de nouveaux talents, assis en scène, quasi obscèene et heureux, un verre de whisky à la main qu'il posait sur une table basse ad hoc,de temps à autre, quand il voulait frapper dans ses mains. Accompagné de Maria Bethania qu'il parrainait encore ou qui le soutenait et l'accompagnait dans cette soirée mémorable de presque fin de vie où il avait collaboré avec tant de chanteurs, poètes, éditeurs, cinéastes, ah Orfeu negro !
Il chantait
Hoje e sabado
Todos os maridos están funcionando.
La foule riait, s'esclaffait, applaudissait.
C'était une des chansons fétiches du spectacle.
Aujourd'hui c'est samedi
Tous les maris sont en train de fonctionner.
Autoparodie ou moquerie des moeurs, pour lui l'éternel amoureux croqueurs de nouveaux amours.
Paroles et ton irrésistibles, chaleur, impudicité, paresse, déliquescence, comme en ce jour . . . tout ce que contiennent ces mélodies dansantes.
Nous tout braves, nouveaux, pleins d'étonnement, accuillis, venions à peine d'arriver à Rio matrice des impudeurs, capitale des moiteurs et des pas de danse en samba, ou bossa nova, ou macumba, forces et humeurs désinhibitrices. La nuit était engageante et sirupeuse compensatrice des inégalités, pudeurs, violences, tirs et peurs. Souvenirs envahissnts, impérissables. La vie était à son début ouverte aux sensations nouvelles, éclatées en toute tranquillité, remplie d'épanouissement sans entraves,
pour nous qui arrivions frais et lassés de cette vieille Europe cul serré, si peu dansante et animée après les retombées des barricades de pavés, de la transe de 68.
