vendredi 14 décembre 2018

Folie des hommes.

La folie des hommes est consubstantielle à leur moelle substantifique, enkystée dans l'os et d'abord projetée et reproduite sur les rayons de ses épiceries.

Elle est si profonde et si répandue qu'il ne faudrait pas la croire enfermée dans la bien jolie et supposée fermée boîte crânienne,
casque, coque du cerveau si mou, qu'on retrouve enterrée des siècles après, grenade intacte, mais au contraire . . . au contraire . . .
de face percée du trou double et rond, creux des yeux, eux-mêmes si rendus fous parfois, tourneboulés,
de côté aussi par le percement latéral des ouïes exposées aux éclatements des harmonies sempiternelles ou des cris, . . .
puis en sous-bassement nasal et des joues, du mandibule si fort musclé au kilojoules par molaires et centimètre carré d'appétit et de rage. . . et partout, en surface, parcourue de grimaces et glissements de peau, animée de stentorielle puissance,
vociférante oralité, et aussi des passages du respir et de l'avaler, si mince,
si fragile sur les tempes et qui s'écrase en coquille de noix
au moindre choc frontal ou latéral
et au plus profond du corps jusqu'aux plantes des pieds
jusqu'aux fesses et aux burnes,
au coxis,
traversant sous les poumons le voile,
sous le sein le cœur,
derrière l'intestin le rein
la vésicule et le foie.

[là fait défaut une sérieuse leçon d'anatomie de la colère et des courtes ou terribles folies]

. . . . . . . . .



Elle ne se suspend pas toute aux rayons garnis de ses épiceries.

Elle va bien au-delà.

Dans tout le corps répandue, en mains agitées et tremblantes, en épaules nourries de vagues, omoplates soulevées, en genoux et pieds qui manquent à courir ou tenir debout.

Gare aux attroupements, la foule multiplie et monte en alambic l'alcool des assemblages.
Dans le corps imaginaire aussi, celui des rêves, des projections et projets fous.
Mais de là surgissent les révolutions en cours.
Le retournement des jours sages.

C'est que l'homme leste à réagir, trop mime et machine fluctuante, incarne toutes les folies, à-coups et contrecoups de la mécanique céleste et terrestre : il subit les secousses, peau de tambour, four où cuit toute passion, plat cuisiné, lyre aux mille cordes, au rythme de ses visions.

Le croire simple monade serait une erreur.
Il ne reflète pas seulement, miroir sphérique de l'univers,
il le machine et le mime et le remâche et ravale et crache à sa manière de potier minuscule,
en constitution, carcan nouveau, tournant sa vie d'espoir contre toute terreur, gonflant un ballon de liberté ou sculptant, maquette dérisoire, possible redressement,
petite crèche de Noël,
fabuleuse  sucrerie,
utopie
nouvelle loi
ou terrifiante saint sulpicerie.

vendredi 7 décembre 2018

manifester

Trop pris de coups déjà . . . jadis . . .
dans le temps, il fut un temps, avant de prendre le large ailleurs, loin.
Maintenant de retour ici, m'en garderai bien.

Retour et regards sans rancœur.

Usé tant de chaussures sur les pavés rongés de ma jeunesse. 
Crié. Collé des affiches. Barbouillé des pancartes noir sur blanc. Même chanté, 
mais peu et faux. 
Surtout passé un peu de temps à rameuter le peuple, à agiter, tracts, réunions, perspectives et illusions.

Bien sûr charges des hommes en bleu sombre, CRS et gendarmes à matraques si peu immobiles.
Mais aussi les fachos à parapluie de la Fac de Droit et leurs nervis à gourdins agités.
Mais me souviens surtout des courses, des essoufflements, du bruit, de la cuisse d'une copine quand nous franchîmes ensemble pour soutenir la grève, les grilles de l'usine.

C'est toujours d'abord perçu comme absurde une colère du peuple d'où qu'elle vienne, 
même du plus profond, toujours, surtout par ceux qui n'ont aucune raison, eux, étant loin de la déconfiture,
mais bientôt canalisée en surface, en tellement de canaux, coulures, débordements mal inspirés souvent, la colère se perd ou se transfigure.

Gaspillage de force, rare mais puissante réflexion venue du fond.
Manifester, aussi inadéquat que ce soit, c'est faire réapparaître dans le brouillon
le bouillonnant des foules, l'humain solidaire, la chaleur du faire ensemble, l'honneur d'être debout,
de ne pas plier.

C'est pourquoi mettre à genoux des lycéens qui ont tambouriné sur des poubelles
(n'ont rien fait d'autre ici) et retrouvé l'adhésion aux solidarités
aux combats des adultes honnis et perdus,
c'est bien un acte imbécile
rappelant le pire

C'est appeler de futures révoltes bien ancrées dans les cœurs.

fumer

Étrange, bien étrange coutume que j'ai pratiquée longtemps et je sais bien pourquoi.
Cinéma, attitudes, cercles, chacun sa façon de tenir le mégot de l'allumer, de réfléchir et de s'envelopper de nuages.
On en arrivait à mépriser c'est trop fort, à marginaliser les enfants trop sages qui ne fumaient pas, nous les anti-sport si imbus de préjugés sur nous-mêmes, coterie de présumés penseurs, discutailleurs de nuits interminables et n'oublions pas la volupté des volutes, sensualité ajoutée aux moments des amants.
Si j'ai arrêté c'est à cause des images de poumons noircis, charbonnés, goudronnés et de cette fois où voulant courir en montant une pente de colline j'ai tellement toussé, bronchiteux déjà.
Ça fait longtemps déjà, mais j'ai dû arrêter tant de fois avant d'y arriver vraiment.
Aucun regret mais un plaisir de plus retranché de la panoplie.
Et après tout sans doute la sagesse des indiens qui fumaient leur tabac à l'envers, feu dans la bouche, fumée chassant les mauvais présages affluant à l'esprit, qui fumaient pour apporter ensemble, en cercle, la paix après la guerre, sachant bien qu'un jour la mort les consumerait du dedans si ce n'était pas d'un coup violent reçu du dehors.


lundi 3 décembre 2018

virginité

Voilà un mot bien mal utilisé, valorisé et galvaudé.
Un jour devant de très jeunes étudiants se prévalant de leur jeunesse, de leur innocence, de leur virginité en matière de pouvoir, de charges, de notabilité, de politique, j'ai été très mordant.
- Vous êtes "purs" et "vierges" leur ai-je dit, attendez quelques années. Ça veut juste dire que vous n'avez pas eu le temps de faire de grosses conneries ou pire.

Périodiquement des citoyens, certains citoyens, rêvent de ce qu'on appelle maintenant "dégagisme" (concept du printemps arabe passé par le moule du collectif belge "Manifestement"), de faire table rase des turpitudes passées, des élites dévoyées, sans pour autant retomber en recettes rancies de l'anarchisme un peu court en solutions réellement collectives.
Que dire ?
Qu'attendre du vide créé ?
Peut-être le meilleur est-il à venir.

Soyons charitables et espérons.

Mais j'ai un peu de mal, suis peu enclin à la crédulité, à ne pas voir se dessiner, dans l’œuf, dans l'illusion du neuf, les vices nouveaux tout beaux.

lundi 26 novembre 2018

solarisé

Solarisé en négatif.
Je crois que Dieu (celui imaginé par Bernardin de Saint Pierre pour le moins, vous savez celui qui pensait que les côtes du melon avaient été dessinées par Dieu pour être mangées en famille)  ou les dieux si vous préférez ou peut-être plutôt finalement la terre, sa gravitation et son déterminisme, sans même de majuscule, m'ont ou plutôt m'a fait païen ou pire, pur animal, à peine moucheron : dés que je vois un rayon de soleil je ne résiste pas, je sors des livres, de l'écran, des bureaux et couloirs de pénombre et des lieux climatisés, quitte à me geler ou à me griller, pour rendre un culte au soleil. Ceci n'est nullement un hymne mais un  simple comportement réflexe.
J'ai dû abuser.
Tanné je suis comme un homme de mer ou un vigneron.
A tel point que mes mollets en sont troués, piquetés d'espaces incolores, ce qui me fait homme-léopard-ou-jaguar en négatif, peau tatouée, marqué définitif et voué à passer à l'ombre.

Non pas que j'aime tellement les plages, sauf pour marcher en hiver et aller nager dés le printemps venu, mais la moitié de l'année je suis en short et pieds dans des sabots de jardin ou tongs et sandales, privilège des excentrés, périphériques des urbanités, me voilà rachalan des garrigues.

C'est que, à force d'éclats, de soleil en flammes, après l'Afrique, la Sudamérique à foison et, y compris, en passant, par moissons salées, les Caraïbes, l'océan Indien et Pacifique, bien qu'un peu moins, des trous se sont fait jour dans cette peau mienne boucanée.

Azof.

Qui savait avant ces manœuvres et agressions russes qu'il existait une mer d'Azof  aux plages paisibles
?

dimanche 25 novembre 2018

malotru

Un malotru serait d'abord, d'après les lexicographes, celui qui avant d'être mal embouché et mal venu, intervenant grossier aux propos et gestes déplacés sur la scène visible où tout se joue en une fraction de seconde - et souvent sur une autre invisible du public - . . . serait d'abord et avant tout, mais
surtout
astrologiquement
selon l'étymologie romaine,
un mal né, né sous une noire étoile un astre mauvais,
celui qui a choisi de toute éternité le mauvais chemin d'incarnation.

Tel est à sa manière l'agent Malotru,
protagoniste d'une série d'espionnage à la française,
joué par Mathieu Kassovitz - pourtant si bien attentif aux autres, pour un espion, surtout dans un monde où la vie humaine si elle fait obstacle compterait si peu - et ne correspondant à son nom de guerre que du moins en tant que mal venu et mal inspiré en ses amours pour une Iranienne . . . qu'il ne sauve d'un terrible sort que lui-même, téléguidé par une partie de sa machiavélique hiérarchie, acculé à une trahison et se plaçant, par choix moral et par fidélité amoureuse, en porte à faux vis à vis de tous les autres : agents américains "alliés", russes infiltrés à grand peine et risques, et bien sûr collègues français inquiets ou déçus ou carrément hostiles face à l'espion trouble qu'il est devenu.

Quel beau rôle que celui du traître généreux et humain qui au dernier moment laisse comprendre qu'il a cohérent et clair à lui-même tout assumé et compris !
Quel acteur n'en rêverait ? Et quel metteur en scène ou scénariste aussi ?

Mais puisque le voilà mort à la fin de la série
pourquoi ne réapparaîtrait-il pas (sous un autre nom, ça va sans dire) ailleurs ?
dans un autre feuilleton ? ici même peut-être ? une péripétie de dernière minute ou un retournement de situation étant toujours possible . . . souhaitable ? (A suivre . . .