mardi 8 octobre 2024

I (d'une apparente) [I] - rrationalité.

De plus en plus me frappe la réapparition flagrante, la manifestation puissante et inattendue de l'irrationalité et face à elle semble-t-il, en véritable face à face, une terrible et fautive i - rrationalité.

Dans cette absurde, avalanche totalement incohérente, poussée loin jusqu'à l'extravagance  - / de nature on dirait démente / -  d'événements calamiteux, expansion des peuples squelettiques, affamés dés leur naissance dans un monde riche à profusion, boursoufflé et rendu malade par la trop-bouffe ou la mal-bouffe, guerres menaçant les partenaires commerciaux de destruction massive dans un monde de traités de paix échafaudés à grands frais d'ambassades, de colloques, de réunions mondiales, de nations unies, surgissement d'épidémies, d'hécatombes, de fléaux naturels provoqués par notre développement, notre exportation et universalisation du progrès technique, démantèlement et réduction à l'impuissance de toute protection contre une délinquance généralisée et le surgissement de bandes armées organisées . . . . . . explosion de la vente et de l'usage de stupéfiants, etc . . . etc . . .  la propension notre, immergés que nous sommes dans l'obscurité, à édifier face à l'insaisissable, l'inconnu, l'imprévisible, les formes monstrueuses que prend parfois le réel, précisément une pré-vision, une capacité d'anticipation permettant ou plutôt supposant nous permettre d'accéder à la maîtrise de ce réel en train de naître, un réel à venir qui a pu, il y a peu encore, être chargé de tous nos espoirs, me semble constituer une autre, une nouvelle irrationalité ou pour mieux dire : une I - RRationalité... [je ne m'y risque pas, mais il faudrait être Dali pour prononcer ce mot connu mais qui, ainsi dit, devient autre].

Comme si le réel n'était que ce petit jardin que nous avons cru discipliner, tailler, semer de nos chimères, réduire à ces perspectives sagement dessinées, à cet art topiaire, géométrie amusante, allées tranquilles, ondulantes bordées de haies, qui nous réjouirait, alors que nous le savons bien il est de fait constitué, ce jardin qui pousse et nous échappe, de plants voués à l'incertain. 

Encore ai-je bridé dans cette description l'envie de parler des monstres qui sans doute le hantent.

Il est vrai que ce réel qui pourtant maintes fois a prouvé qu'il ne nous appartient pas plus que l'avenir (ô litote et langue de bois bien pensante, rêve géopolitique, vœux pieux, morale flottante, hésitante et  radotante, illusion onusienne !) semblerait presque sinon nous appartenir, du moins dépendre de nous de plus en plus. "Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature" disait le cavalier divin géomètre. Nous nous sommes tellement immiscés dans son fonctionnement . . . au point peut être d'en arriver à provoquer nos propres maladies, disfonctionnements et dégénérescences, au point de nous apercevoir par exemple et un peu tard que nous étions en train depuis deux siècles de modifier le climat de notre unique socle, nid, niche, minuscule portion d'univers, ce petit territoire sphérique en forme de bille infinitésimale (cependant assez étendu pour nous) qui nous est refuge, notre très chère, très belle, très variée et pourtant très limitée en espace petite planète.

C'est peut-être qu'à la racine de nos erreurs (dites-moi là où ça a foiré, où c'est parti en vrille . . . ?) ne se trouve pas seulement 

l'incroyable "demi savoir", fraction infime de savoir mal relié et digéré ou interprété, le plus souvent remplacé par le vide de la parfaite ignorance à laquelle nous sommes voués sur presque toutes les questions, ignorance ou demi-savoir répandus dans presque tout nos ensembles de peuples pourtant "évolués", "civilisés", c'est à dire d'abord nantis d'un confort minimum et scolarisés, foules ayant au moins approché les trésors des recherches traditionnelles ou scientifiques et l'idée d'un monde organisé plus ou moins inspiré de l'idée fort ancienne et inatteignables de démocratie, 

. . . sans compter donc sur, sans en parler, puisque nous la tenons pour rien, cette gigantesques masse ayant néanmoins figure humaine, encore tenue à l'écart sur ses (possessif provisoire) territoires convoités par notre astucieuse industrie , groupes relevant au moins partiellement d'une culture dite sauvage, primitive ou première, masse à peine effleurée par cette transmission, poussées aujourd'hui et depuis belle lurette, à gagner les banlieues de mégalopoles où elle est reléguée, réfugiée et attirée, poussée par la faim, dans une acculturation effroyable, pis encore, vouée à l'extinction . . . 

sans parler de ces camps où sont réfugiés, exclus de tout accès au minimum vital sans parler de savoir, de culture, de mémoire, de la moindre dignité, les expulsés par nos guerres économiques, partis de chez eux sans bagages . . . mais . . .

se trouve aussi, surtout sans doute, l'illusion elle-même,  la confusion, l'erreur fondamentale sur laquelle reposent toutes ces connaissances encyclopédiques et toutes ces pratiques homologuées par la répétition et l'usage, notre orgueilleux savoir porteur de civilisation, de colonisation et d'esclavage . . .

Car . . . sur quoi se fondent les tentatives de compréhension globale ou fragmentaire telles que nous les proposent l'observation, la logique, la réflexion, la science et l'industrie occidentales, stratification énorme et contradictoire des couches de savoir et de techniques que l'Occident d'abord et le monde entier ensuite ont prétendu augmenter et transmettre et imposer  à l'univers ?

On peut avoir certains jours envie de balancer par dessus les moulins tout Hegel (Principes de la Philosophie du Droit : "Tout ce qui est rationnel est réel et tout ce qui est réel est rationnel"), et, en remontant plus haut, tout Descartes et tout Spinoza et son "tout est intelligible de part en part", bref toute philosophie fondatrice de la science comme approche ou construction de l'intelligibilité totale et de la la rationalité absolue. propension de ces hommes du passé sur les épaules desquels nous voilà encore aujourd'hui juchés, à s'ériger en substitut de ce Dieu un et infini qu'ils ont eux-mêmes tenté d'approcher ou d'imaginer ou en l'occurrence d'imiter comme image révélée ou construite.

Combien parmi nous et nos prévisionnistes informés, forts de ces atouts, riches de ces garanties accumulées d'avancées en découvertes, gonflés de données calculées, chaque jours précisées, ont pu se prémunir contre et anticiper - pour évoquer un domaine échappant aux limites nationales et les débordant, relevant de la physique, science depuis longtemps la plus avancée - les grands désordres climatiques, pourtant prévus par quelques rares esprits inspirés ? Avons-nous, ont-ils vu qu'ils allaient nous tomber sur l'échine ? S'ils l'ont vu qu'ont-ils fait ?

Encore parmi les surprises de l'i - rrationnalité (forme de folie seconde, ajoutée à notre naturelle folie, au prétexte de la brider) à l'oeuvre, me garderai-je  bien d'évoquer les discours officiels nous abreuvant de la vision d'une Europe ayant éliminé la guerre de son territoire, aux frontières agrandies et reformées où l'on devait mieux respirer, ou encore, du droit que s'arrogent maintenant sans limite certains peuples jadis et encore persécutés et massacrés de se transformer, pour prétendre établir leur vie collective en sécurité, en persécuteurs. 

 

dimanche 6 octobre 2024

Poire et fromage (entre la et le).

 . . . .  ((ces points signifient qu'il y aurait tant d'autres choses à dire et que cet échantillon d'illustration et de commentaire (hors essai de définition)) n'en donne qu'un aperçu restreint) cette expression populaire et chérie de quelques écrivains dont Balzac, au sens flottant, un peu incertain, soit pour dire impromptu, inopinément, renvoie aussi à ces repas copieux de nos ancêtres où vers la fin du repas la conversation pouvait devenir, et parfois incidemment, plus libre ou plus sérieuse, ou plus inattendue bien que peut-être espérée et provoquée, fonctionnant en révélation glissée entre amis, entre soi, comme un secret, or ici c'est exactement ce que je veux faire :

un restaurant fameux où nous avions pris tout simplement la formule la plus abordable servait en léger  hors d'oeuvre une non moins fameuse recette : demi poire enduite de sauce au roquefort ! fichtre, parlons-en, c'est le moment opportun, quel accord, quelle amitié entre le fromage et le fruit en ce cas précis réussi !

l'expression qui peut donc paraître incongrue pourrait aussi révéler, donc, bien d'autres richesses y compris . . . gastronomiques qu'il n'y paraît . . .

. . . mais ne nous en tenons pas là, à cette occasion de fin de repas évoqué sinon servi, hommage soit rendu à ma mère qui réinventa cette autre tradition de gourmet gourmand : la confiture extraordinaire faite de poire, raisin, coing, plus éventuellement amande grillée, un délice inoubliable !

Pointillé (vie en . . . )

Oui ça m'avait choqué qu'on me parle de "ma vie en pointillé".

Je n'avais pas du tout cette impression.

Ma vie avait été variée et un tant soit peu chaotique mais pas plus que ça et avait surtout été une et unifiée, continument affirmée telle, sans autres bifurcations que consubstantielles à toute vie et certes quelques accros mais assez dans les normes, c'était mon impression globale. J'avais même (ce que je trouvais évident au vu de l'intérieur) assumé une belle continuité depuis l'âge de dix-sept ans où j'avais tout bravement décidé, avec orgueil et sans hésiter, d'être prof de philo comme tremplin pour voir ce que de là on pouvait y faire, d'abord sur place et concrètement et ensuite, par delà . . . envisager, assumer, imaginer, rencontrer au hasard des mouvements et recherches, quitte à se heurter à des impossibilités, comme autre carrière à explorer avec plus ou moins de doigté et de bonheur.  Ainsi je n'avais en même temps, réellement simultanément,  cessé d'explorer les voies parallèles du militantisme politique (difficile et aveugle engagement), de l'esthétique comme discipline philosophique (j'aurais dû continuer), de la littérature contemporaine (possible mais moins attrayant pour moi), de la publicité (gros choc des contraires à mon appétence et difficile de ne faire qu'espionner), du droit (amusant mais incompatible), d'une incursion théorique (s'y plonger m'aurait traumatisé) dans la psychanalyse, du travail bénévole de journaliste (beaucoup de plaisir et d'amitiés) et quelques autres; mais tout cela relevait en clair pour moi de la même recherche d'expériences et d'explorations pour voir.

Oui . . .  dans de nombreux lieux ça oui, incontestablement hachurée en déplacements, nominations, engagements, déménagements, réadaptations et rebonds après souvent être allé trop loin dans mes engagements ou mes désirs, j'ai toujours manqué de souplesse. 

Un jour je vais compter les villes et villages où j'ai vécu et dont et où j'ai dû déménager. Une trentaine si je compte tout, en ne comptant que des séjours d'au moins un ou deux ans de durée et y compris mes quatre séjours de travail dans des pays étrangers et mes installations personnelles hors frontières. Mais tout cela est un. Je ne me suis en passant par là ni disloqué ni démembré tout au plus au contraire renforcé dans mes convictions premières. 

Ainsi dirai-je plutôt qu' "en pointillé", ma vie :  en tête de pioche chercheuse.

C'est vrai je n'y peux rien, j'ai de la haine pour les retournements de veste et les arrivistes sans convictions. [Le seul Président de la France que j'ai à ce point détesté était Sarkozy.] A un moindre degré, je supporte mal les tièdes et les pleutres.

Horreur et putréfaction, je honnis et décapite les traîtres.

samedi 5 octobre 2024

Identification.

 Un jour (je vous ai peut-être déjà raconté ça mais je ne crois pas, en tous cas pas sous cette forme) je rentrais à Paris où j'allais plaider une cause qui me paraissait essentielle à ce moment là dans notre coopération culturelle avec le Congo alors Zaïre, venant de Kinshasa sur un vol UTA (la compagnie qui n'existe plus) vol arrivant d'Afrique du Sud (pays où je n'ai jamais voulu mettre les pieds) et je me trouvais à côté d'un très grand noir très chic en costume gris, d'origine camerounaises bamiléké vivant à Johannesburg, négociant en pierres précieuses, me racontait-il et il était assez bavard. 

Bien avant d'atterrir il m'avoua que je pourrais lui rendre un grand service si je remplissais sa fiche pour la douane à l'arrivée et il me tendit son passeport.

Il avait de très bons yeux même sans loupe, voyageait sans problèmes dans le monde entier, spécialement au Botswana mais pas seulement, aussi de Prétoria à Amsterdam ou Anvers, parfois à Tel Aviv mais ne savait ni lire ni écrire. J'ai d'abord cru que c'était une blague. Il m'a assuré que non. Je lui dis que je le trouvais plus intéressant à écouter que beaucoup de grands lettrés que j'avais pu approcher. Il rit et insista brandissant sa fiche que bien sûr je remplis avec application en recopiant des données que j'ai maintenant totalement oubliées. Je me souviens juste qu'il était un tout petit peu plus vieux que moi et j'avais alors moins de quarante ans.

Donc, ce qui m'apparait aujourd'hui c'est qu'il était alors exactement mon homologue, ou du moins puis-je m'identifier à lui, quand je voyage maintenant partout peut-être un peu inconsidérément mais avec beaucoup d'intérêt sur le Grand Net, complètement ignorant du moindre protocole de fonctionnement, du vocabulaire correspondant aux divers organes et diverses opérations qu'on peut y négocier quand on sait remplir correctement ses fiches de douanes digitales.

vendredi 4 octobre 2024

Mystères insondables.

Après être passé par l'Irlande et Hong Kong, mon blog  analphabiographique et abiocédaire n'a plus de lecteurs qu'à SINGAPOUR. Que s'est-il passé ? Que se passe-t-il ?

lundi 23 septembre 2024

(un . . . sur une . . .)

C'était un matin comme les autres, d'intersaison, de passage du chaud au premier froid. Un matin d'après un court voyage qui changeait tout. Passage de l'eau à la terre. Passage de la mer encore tiède, du bain en apnée transparente aux humidités et giclures de boue de la terre après les fortes pluies, aux feuilles tombées bouchant les canalisations, aux herbes folles montées en graines entre les pavés.

J'ai mis le pied en nageant au loin, un peu (peut-être trop) loin, chaque fois je me fabrique une émotion me disant que je pourrais ne pas revenir, j'ai mis le pied sur un sol que je voyais nettement apparaitre, petite surface ovale, corps, une peau, carapace, une terre , affleurant à moins d'un mètre cinquante de petite profondeur, alors que je pensais être au dessus de six ou huit mètres d'eau au moins, peut-être une dizaine. J'ai tout de suite pensé que je marchais sur une tortue. Une de ces tortues qui portent la sphère ou la galette du monde dans les mythes fondateurs. Mais en vrai, par rêvée.

Car c'est une tendance qui s'accentue à mesure que passe le temps, mon temps imparti : rêve et réel se rejoignent, se recoupent de plus en plus, décalques l'un de l'autre. Dessin au papier (sur) calque, quel est la part de solide et original, primitif, dans ce recouvrement des transparences ?

Bref j'ai posé le pied et ça résistait, ça me portait, j'étais parti au large et pouvais déjà atterrir.

Sur une île ?

Curieusement ce n'était pas tout. Ce n'était pas qu'une surface. J'en avais bien conscience. Plaque, trappe ouvrante ou passage plus subtil dans le sable (ce sol était doux au pied) j'arrivais, non ça n'avait pas l'air d'être une bête, tortue, baleine, dos de cachalot ou de dauphin émergeant, . . . j'y reposais le pied et j'entrais sous cette peau par un étroit et rapide couloir dans le paysage secret d'une vraie . . . . terre isolée, île. 

Une île qu'il faudra bien un jour, bientôt sans doute, montrer et dépeindre.

Une île dont tout le monde a pu une fois dans sa vie voir, entrevoir . . . quelque chose. Chacun à sa manière. Sous un certain angle. Après un choc. Au détour de pérégrinations et cheminements lents. Ou à force de ramer ou de nager dans des étendues interminables. Au bout du compte l'inattendu simple.

. . . . . . . . . . .

La mienne était peuplée d'hommes et de femmes enturbannés. Il y avait des bois et des vignes.

Je n'étais nullement surpris d'y tenir ma place. 

Il fallait entre autres que j'y sélectionne des parcelles et y goûte des vins. Il fallait que j'y joue un rôle d'arbitre ou d'expert alors que ce genre d'intérêt et de spécialisation n'est pas de mon ressort. Oui certes j'aime la terre, ses cultures et ses produits mais je ne suis pas ce qu'on pourrait appeler un très subtil connaisseur ni un palais éduqué et averti.


mercredi 21 août 2024

T deTutélaire et Totémique.

 Je l'avais rencontré lors d'un grand raout où il était parmi les invités, d'une élégance extrême, rieur, smoking et écharpe blanche sur l'épaule, à l'Hôtel Teranga dominant Dakar et l'océan. Charmant, léger, il avait l'air heureux, c'était une bonne période et la capitale du Sénégal était encore amie des gloires et puissances de la France dominatrice.

Ensuite j'ai oublié sa présence déjà iconique en m'enfonçant au cœur du Congo alors Zaïre.

La politique, les souvenirs de rébellion et de guerre civile, l'état de la population, l'art et le théâtre local, l'épuisante chaleur, la lourdeur des relations culturelles et de coopération, éloignaient a priori toute velléité de relation facile ou de fraternisation avec la métropole de la francophonie et son auguste et prolifique cinéma.

Plus tard ce fut à Iquitos que je le retrouvais ou du moins sinon lui déjà son fantôme.

Autant Manaus, la capitale de l'Amazonie brésilienne est sur-documentée et même sujette par moments à la surpopulation touristique, autant Iqutos est aujourd'hui encore tenu à l'écart, du Pérou lui-même et du flot touristique bien sûr.

Pourtant une fois épuisés les charmes d'une visite à la "maison Eiffel" toute entière ramenée de France, pièce à pièce, boulon par boulon à l'époque, terrible époque, de la splendeur et de la richesse du caoutchouc (lire l'académicien marquis de Vargas-Llosa "Le Rêve du Celte"), que reste-t-il en cette ville des rapports entre notre pays ?

Pas grand chose mise à part une Alliance française difficile à instaurer et parfois intermittente.

Et aussi ce vieux souvenir chez certains habitants aujourd'hui plus tout jeunes d'une visite impromptue de cette célébrité bien française : Alain Delon venu quelques jours ici en solitaire.