mardi 28 janvier 2025

Agresseurs/agressés.

Les psychologues insistent sur ce qu'ils appellent la "transmission générationnelle" et dans la psychanalyse du comportement violent sur le "renversement des rôles post-traumatique". Et certes il y a là quelque chose de bien curieux et mystérieux dans cette transmission d'une génération à l'autre de certains gestes et comportements délictueux de domination, de violence, de rabaissement, de cruauté, d'agressions et de viols, de sévices et meurtres, parfois inversés et parfois relayés semble-t-il au travers  de messages in- ou partiellement conscients. 

Ainsi le supplicié pourrait, selon certaines modalités de répétition quasi "automatiques" ? devenir bourreau.

Je m'étonne cependant, bien qu'effectivement encore plus hasardeuse, que ne soit pas évoquée en histoire des peuples, l'hypothèse d'une transmission et retournement des impulsions à dominations collectives brutales,  

tels que répressions violentes, réductions en esclavage, exploitation sans contrepartie, création de liens de dépendance inextricables, privation de liberté, enfermement, tortures ou exterminations.

Bien sûr quand il s'agit de pure vengeance, revanche d'un peuple humilié, retournement de situation, personne n'a besoin d'explication ou de recherche de racines inconscientes à ces conflits. Les longues guerres entre voisins européens suffiraient à illustrer le thème à propos de petits ou grands royaumes ou de plus récentes grandes et puissantes nations voisines.

Mais qu'en est-il quand il s'agit de peuples massacrés, qui pour trouver une place, un territoire sécurisé, un espace de développement, reportent les conflits qu'ils ont vécu sur d'autres peuples étrangers à l'extermination qu'ils ont subie ailleurs ? 

En un sens au travers de groupes eux-mêmes défavorisés, opprimés ou à plus forte raison  traumatisés à la suite de génocides, ou au travers de leurs descendants . . . cet horrible mouvement de transmission et de retournement n'est-il pas l'un des mécanismes volontaires ou à demi conscients, "moteur pathologique" de toute colonisation ?

jeudi 23 janvier 2025

Chou.

Une amie allemande me disait quand je la faisais rire gentiment, en tout bien tout honneur : "Tu es chou."

C'était sa façon à elle, après avoir étudié en Sorbonne dans sa jeunesse, de montrer qu'elle possédait les subtilités de la langue française.

Mon arrière grand-père maternel qui était peut-être, d'après son nom, de souche aveyronnaise, et incontestablement d'après le souvenir qu'il avait laissé, tels qu'on décrit cette engeance dans la transmission des stéréotypes, tenace et toujours partant quand se présentait l'occasion, lui, n'était pas chou. Je vous ai peut-être déjà raconté comment à soixante-dix ans passés il avait voulu aider des jeunes qui avaient versé leur charrette dans le fossé, en la soulevant seul du côté où elle était tombée et comment ces jeunes s'étaient, compatissants et rieurs, à son grand dam, car ce fut pour lui un grand coup, récriés . . . lui demandant d'arrêter ses efforts.

Si j'ai été bien informé par le récit de la saga familiale, ça se comprend. 

Dans sa jeunesse, cet arrière grand-père avait été, vous le savez "scieur de long", je l'ai toujours clamé assez fort jusque dans les salons des appartements de l'avenue Foch quand il m'arrivait d'y faire un tour. Ce que je ne vous ai pas dit encore, c'est qu'il était capable de faire ce métier à la japonaise (si l'on en croit la fameuse gravure d'Hokusai), c'est à dire comme "chèvre" non pas sans chou, mais sans renard.

Encore faut-il savoir que la chèvre ou le chevrier, selon le contexte était le scieur placé au-dessus du tronc d'arbre équarri à la hache celui qui si possible, sans se casser le dos, par sa force, tirait sur le haut de la scie

quant au renard, il était en bas, tirant sur la niargue, dite par amusement de bûcheron "belle-mère".

Autant dire qu'après des jours et des jours de ce body-building, mon arrière grand père n'était ni "chou" ni mou.

mercredi 22 janvier 2025

Soleil à l'envers.

 Moi, spécialiste du "messager solaire", je vous dis pas . . . 

. . . . quand j'ai soutenu ma thèse publiquement, dans la presse locale, pour l'annoncer, il y eut une coquille : "messager scolaire" . . . c'était ce qu'ils avaient trouvé le moyen d'écrire sur le journal, et comme elle portait essentiellement sur Camus, à l'époque où on lui reprochait d'être un philosophe pour classe terminale, je vous dis pas, la déception pour moi de figurer comme vedette, pour le coup bien scolaire, sous ce panonceau; mais vous en faites pas, ce fut plutôt la grande rigolade avec quelques copains et même avec ma fiancée du moment (toujours la même d'ailleurs et nous en rigolons encore parfois), mais surtout pour le seul "spectateur" qui était venu à la soutenance, lui vraiment très déçu (comme il me l'avoua) de voir que le sujet n'était pas du tout conforme à sa propre détestation et au rabaissement du prix Nobel qu'il espérait.

Quand un peu plus tard j'ai raconté ça à Barthes qui avait été le principal inspirateur de mon travail il était plié. Pourtant ce n'était qu'un début.

Par la suite un bureaucrate tout puissant, participant aux nominations me déclara sur le mode de la plaisanterie qui rend compte d'un fait réel, que si j'avais obtenu un poste au Pérou (il y avait toujours pour chaque poste un nombre impressionnant de postulants et le choix ne pouvait se faire en dernier ressort qu'un peu au petit bonheur) c'était grâce à cet intitulé où figurait le mot solaire pouvant renvoyer (pour des esprits sérieusement gestionnaires et néanmoins farceurs) au culte effectivement éminemment solaire des anciennes populations de ce pays dont la capitale est toute l'année . . . ou presque dans la brume et l'humidité pénétrante. Honnêtement, je n'avais pas à me plaindre, j'avais eu auparavant ma dose de solarisation tropicale dans mes affectations de part et d'autre de l'Atlantique.

Donc aujourd'hui plus que jamais, chaque jour, je ne m'en fous pas de Monseigneur l'astre solaire. je l'observe sans arrêt et le vénère toujours. Habitué à ses facéties, quand il se lève à peine à ma fenêtre je le vois resplendir en reflet sur la colline d'en face, rebondissant en miroir sur d'immenses verrières. Parfois même on voit d'abord son reflet avant même qu'il se soit extirpé des toitures et des cheminées.

Cependant la fois où nous l'avons vu le plus à l'envers ce fut ce jour où pour la septième fois et pour lui dire adieu, juste avant de quitter le Pérou, nous avons visité le Machu Picchu désert après un attentat ayant presque tué et rendu paralytique un notable bienfaiteur du pays et endommagé gravement le train qui accède au pied du site . . . et où, loin de nous prendre pour des tintinophiles aimantés par le si commenté et vénéré album du Temple du Soleil (voir la tartine écrite sur Wiki), nous avons pu voir sans guide ni gardien l'astre roi entré par une lucarne de son temple, ressortir par une autre en face et illuminer le visage de Miss Pérou, auréolé de parures en miroir, venue avec une équipe de cinéastes relancer la publicité touristique du haut lieu endeuillé.


lundi 20 janvier 2025

Boltanski (le retour).

Je ne sais pourquoi, depuis quelques jours j'en reviens à, je tourne autour de . . .  Boltanski, Christian, mort en 21, le 14 juillet, vous en ai-je parlé ? Peut-être pas tellement à cause de son oeuvre multiforme, marquante, "minimaliste" dit-il - moi je dirais plutôt "maximaliste" - ou à cause de cette expo de Beaubourg à cheval entre 2019 et 2020, qu'à cause du souvenir de son père "caché dans un espace sous le parquet de son appartement" selon l'expression admise et consacrée, pour survivre pendant la grande déportation, et donc :

vieilles boîtes en fer multipliées, vieux vêtements en tas, noir et blanc des photos pâlies, contrastées, collections infinies, bruit assourdissant du Grand Palais, grue, travail de mémoire, de lutte contre la mort, de mythologie, de mouvements du cœur, dérision de la vie en masse, survivre par enfermement des infinis moments détruits, mausolée, monument, dispersion des instants et des mots

dimanche 19 janvier 2025

Refaire des listes et ça repart.

 En projet :

Plonger dans le sac. Une histoire vraie de gens qui aimaient tellement l'eau qu'ils ont plongé dans la mer depuis des rochers proches de leur maison (privilège d'avoir une maison très proche de l'eau au point d'entendre le bruit des vagues) sur le coup de deux ou trois heures du matin, au mois d'août. Et la suite  . . . à venir.

Soleil à l'envers. une affaire presque incompréhensible.

Vieillir et le retour. On se fait des idées totalement fausses sur les vieux et ce que c'est que vieillir.

Scieurs de long : la chèvre et le renard. J'en ai peut-être déjà dit un mot. J'y tiens spécialement. Alors j'y reviens.

Menuisiers. Je sens déjà l'odeur du bois.

Maquettes (Fascination des ).

Apiculteur ambulant du Cap creux (L'). Une histoire du quotidien incroyable.

Dimanches que je ne hais pas.

Supplique (aux inventeurs en puissance, les hyperdouées d'Internet qui me font la grâce de m'accepter comme ami, moi si nul, pour qu'ils inventent enfin, un autre lieu de rencontre plus malin, plus choisi, plus snob que diable ! que ce satané et aujourd'hui de plus en plus idiot et mal famé, que dis-je, désespérant de stupidité, de FB.

vendredi 10 janvier 2025

Sous-marin jaune (mon).

Non, ce n'est pas une histoire harrypotterisée ni beatlemaniaquisée et d'ailleurs elle n'atteindra jamais un succès mondial, bien qu'il s'agisse d'un truc absolument magique. La magie est ici totalement terre à terre et même non pas sous marine mais en quelque sorte enterrée (dans ma cave) , pratique, banale et pas tellement pour les gosses ou les affolés de fantasy ou merveilleux infantile ou enfantin (voyez je ne cherche ni à récolter ni à ratisser large [[ double crochet :  mes opinions et mes partis-pris tranchées m'ont déjà valu des déboires et insuccès que j'assume]]). 

C'est même tout à fait le contraire, rien ne me fait renoncer à l'hyper-peu-populaire : l'HPP bien connu des rebelles forcenés.

Voilà c'est une histoire vraie et très très, trop triviale.

Je l'ai déjà dit : mon père n'était guère bricoleur mais mon beau-père qui avait fait pas mal de métiers, si. 

C'est lui qui m'a appris à ouvrir les huitres que maintenant j'écaille à main nue, sans journal protecteur et sans gant avec n'importe quel petit couteau joujou, le tout c'est de savoir les surprendre du bon côté au point d'attaque si petit mais béant, avant qu'elles résistent avec leur réflexe de muscle adducteur puissant, avant de déraper sur la coquille et de s'ouvrir les doigts.

Donc, il m'a laissé en héritage diverses choses, mon beaup, dont ce meuble jaune à tiroirs - cinq tiroirs - que j'appelle magique. Chacun d'eux contient à l'intérieur de petites ou grandes cases en bois bien compartimentées, toutes sortes de rebuts, roulettes variées, bouts de ficelles déjà nouées, capsules de bière, boîtes d'allumette, de fils de fer rouillés et entortillés, d'écrous, de becs, de pèces d'assemblages bizarres, de clés devenues inutiles, de chevilles déjà utilisées, de morceaux de plastiques travaillés en agglomérats emboîtés, de fragments de mécanismes oubliés, de bouts de couvercles cassés avec ou sans poignées, d'élastiques, de raccords de bouteilles de gaz, de petits morceaux de ferraille inidentifiables, de mini ancres, crochets ou pointes de piolets, de . . . disons aussi, en particulier de vis ou de clous aux dimensions rares sinon introuvables et de . . . disons toutes sortes de petits assortiments déclassés d'objets compliqués et appareils aujourd'hui disparus dans les poubelles du pauvre bricoleur désespéré de devoir jeter ce qu'il n'a pu réparer, mais heureux de garder au moins ça.

Et avec ça, transporté tel quel dans ma cave, meuble de guingois, indémontable tellement il a déjà souffert de vies antérieures et de différents transports précédents non assurés ou sécurisés, tout ça assez lourd puisque chargé d'une quantité difficilement imaginable de bricoles minuscules et le plus souvent métalliques, il est rare que je ne puisse pas réparer n'importe quoi d'un peu

 abimé et détraqué par un geste maladroit, par écrou perdu ou par usage trop long d'un organe ou d'une manette de fonctionnement, tel objet devenu défectueux, d'un élément remplaçable par un autre souvent moche ou inattendu mais parfaitement efficient. Ma foi quand on n'est pas ingénieur fabriquant faut bien se débrouiller.



Divad.

Parfois, comme hier, mais c'est assez rare, j'ai la très fâcheuse impression que tout mon être se met et va à l'envers, 

de travers, à reculons, à rebrousse poil, dans le mauvais sens, se cabre, régresse, freine, stoppe net, refuse d'avaler la nouvelle route, se cale, renâcle, avale de travers, n'éprouve plus cette formidable envie foncière, déterminante, irrésistible d'habitude, envie d'avancer. Cette curiosité, cette fièvre de recherche et de découverte s'est transformée en impression de déjà vu, de lassitude, d'inutilité corporelle, mentale, à quoi bon ? Mon corps n'est plus que refus, stagnation. Immersion dans un monde figé. Néant. Un corps ligoté, ficelé de filoche, retournant à ces légères crampes, paralysies provisoires, agitations internes inutiles, dépression des muscles et tendons. Tout cela purement intérieur, faux mais infranchissable, enfermement dans la négation de vivre faite de petites douleurs envahissantes et paralysantes, plus que ça, poussant en arrière, sécrétant l'hormone du refus.

Si j'ai été bien long à décrire c'est que je n'y arrive pas. A décrire ce besoin de repos, de sommeil qui mis au pied du mur se heurte à l'impossibilité. D'habitude je m'endors et me réveille avec assez de facilité, presque à volonté. Là plus rien ne fonctionne hors cette sensation d'absurde et insinuante généralisation d'inutilité de tout, même du sommeil. Même plus être sûr qu'au matin il n'en paraîtra plus rien si matin il y a avec réveil aux aurores et quelques heures à peine de paix . 

Si je veux être en mesure d'expliquer ça, une fois passé ce moment, je peux m'en référer à l'intoxication que je viens de provoquer moi-même en prenant ces remèdes anti-douleurs et en arrêtant ça. Retour du quotidien moins planant en définitive que cette menace de la pointe dure, violente, de douleur dans le dos, la hanche et la cuisse, matée par antalgique simple ou cortisone et opium dormitif. Retour à ces petits obstacles de mon corps vieillissant qui bouge encore mais au prix de petites victoires et obligations quotidiennes que je m'impose et qui me font encore rêver que je suis en état, sans drogue aucune, sans ordonnance, que je peux lancer des projets et songer à de nouveaux parcours.

Et ce matin, victoire, c'est reparti. Appétit d'ogre. Penser à remercier tout le monde : mes ancêtres qui m'ont légué ces fibres fortes, organes résistants, tripes absorbantes, cœur de bœuf ou de colibri, concentré de pompe, cervelle agitée, esprits vagabonds et yeux voraces. mes dieux tutélaires Mercure et Aphrodite, et aussi Neptune des eaux et rêves intuitifs, à tous les dieux de la Grèce et des profondeurs oublieuses et plus encore, Eshu et Ekeko, dieux des Afriques et des Andes, dieux de la terre argileuse dont je suis construit, rouge Taronus, dieu des Volques tectosages, merci aux guérisseurs du Ndeup lébou et Mères de Saint du Brésil, aux maîtres des vignes amazoniennes, chanteurs de mélopées et guides des enfers.

Que la paix règne sur tous ces corps souffrants, ces esprits dérangés, orientés à tort et à travers, douloureux et agissants, égarés, que je vois chaque jour hurler autour de moi.