lundi 2 novembre 2020

Dieu.

 Il y a bien longtemps, quand j'enseignais la philosophie, j'en étais à une explication du texte de Freud sur 

la Gradiva de Jensen, un texte simple que j'adore car il permet de bien situer le rationalisme humaniste et non dénué d'humour de l'inventeur de la psychanalyse. 

Absent de ma "chaire" (c'est marrant, j'ai toujours fait cours debout en me promenant) pendant un temps, j'avais été remplacé provisoirement par un très jeune zélateur de l'athéisme (Dieu ait son âme, mort dans un accident de voiture, il n'a pas fait de vieux os) qui avait cru bon de reprendre "mon" cours en commençant par un tout nouveau chapitre qui n'avait rien à voir et qui était en totale rupture avec mes approches des thèmes de réflexion que j'avais établis en programme.

Il avait intitulé ce nouveau départ :

Pourquoi Dieu n'existe pas ?

Il avait par ce manifeste suivi d'arguments, suscité, on s'en doute bien, des débats, internes et externes à l'établissement.

A mon retour, au lieu de reprendre là où j'en étais resté, interrompant moi-même "l'ordre des questions" du programme primitivement fixé, j'avais réagi par un cours sur les Lumières, la lutte contre l'obscurantisme et la tolérance.

Aujourd'hui, je ne sais pas, je me trompe peut-être, ou je me nourris encore d'illusions, mais il me semble et ce n'est qu'une idée banale, qu'au point où nous en sommes, il pourrait être bon d'en revenir aux Lumières, ces Lumières qui aujourd'hui, chez nous et dans le monde, se sont encore si mal répandues. Avons-nous mieux ?

Ce serait déjà pas mal              


non pas que les gens aillent jusqu'à penser comme moi, à savoir que Dieu, que Son Idée n'est en rien une solution mais pose plutôt un certain nombre de problèmes, est en soi, comme explication, un problème que nous avons ajouté à ceux que nous pourrions résoudre,

qu'au moins, moins de gens, ici et ailleurs, pensent que les malheurs qui nous arrivent sont la volonté d'une puissance divine et non le fruit de nos propres actions étudiées à la lumière du peu de science que nous avons acquis. 

dimanche 1 novembre 2020

R de Robinette ou le plan B.


L'affectueux prénom accolé à son nom, que Joseph Biden-Robinette ou Robinette-Biden, dit Joe Biden, explique par des ancêtres venus au pays de la Liberté au temps de Lafayette, serait, je ne l'ai appris que ce matin en cherchant un peu, un nom de sa lignée colporté, belle origine, depuis  la France et le Roman de Renart, roman où chaque animal à son nom, dont le mouton Robert ou Robin ou plus gentiment Robinette.




vendredi 30 octobre 2020

SF (paradoxe de l'ethnologie)

 Dans la position où je me trouve je ne peux retrouver dans ma seule mémoire de citation de ce livre dont, par ailleurs, je me souviens parfaitement et aussi y compris de l'effet qu'il a fait sur moi et sur d'autres longtemps après sa parution.

Quand Margareth Mead écrit l'étude traduite en français sous le titre Trois Sociétés primitives de Nouvelle Guinée, en 1935 - le titre original parle de sexualité et de tempérament, nous, nous parlerions aujourd'hui de genre - elle étonne, fait scandale, est amplement contestée . . . et suivie dans des controverses qui débordant de loin le terrain de l'ethnologie, deviennent philosophiques et politiques.



C'est que son observation des familles et enfants d'Océanie repose sur trois exemple de groupes humains aux noms et caractères qui pouvaient sembler relever de la fantaisie fictionnelle : Arapesh qui ne sont que douceur et sensibilité quel que soit le sexe, Mundugumor agressifs et combatifs, femmes aussi bien que hommes, indifféremment et enfin Chambuli qui établissent entre les sexes une différence pratiquement "renversante" et inversée par rapport aux mœurs occidentales, les femmes ayant le pouvoir économique et les hommes étant voués à la décoration et au divertissement. Ses descriptions suspectes de parti pris pour le public de l'époque, se sont révélées matrices de réflexions qui sont maintenant les nôtres et de la plus brûlante actualité. 

Aux yeux de certains de ses collègues et surtout au regard des plus traditionnalistes des penseurs, elle pouvait apparaître, et encore aujourd'hui, comme un auteur ayant plié ses collectes scientifiques supposées descriptives, objectives, dans le sens de ses options de femme engagée.

Était-elle, celle que son père appelait la petite "Punk", descendante en troisième génération de femmes remarquables au caractère affirmé  auteur de science ou de fiction ?

SF.

L'un des plus grands auteurs de SF se voulant réellement scientifique, est, 

au moment où on commence à réfléchir sérieusement aux machines créées depuis l'aube de l'humanité, qui, ayant lentement progressé d'Archimède à de Venci, commencent, avec les horloges, les fontaines et les automates mis à la mode jusque dans les jardins des rois, à faire un singulier bond en avant et à se rapprocher des nôtres,

notre vénéré, rabâché et inconnu René Descartes, 

l'un des inventeurs de la modernité accouchant d'une rêverie transhumaniste. Il imaginait  des arcs-en-ciel artificiels (il était capable de les calculer) et une vie prolongée par science et mécanique.

Il va jusqu'à imaginer un homme ayant vécu "en quelque lieu" (où sinon sur une autre planète, car serait-ce possible sur la nôtre, regorgeant, en son temps encore plus, de toutes formes de vie ?) 

où il n'aurait connu là, en l'absence totale de bêtes, que des hommes et des machines, dans une lettre datée de mars 1638. ( Re-parenthèse encore : bien sûr cette fable SF n'est là que pour défendre la thèse de l'animal-machine si décriée aujourd'hui mais tellement "en avancée" sur une époque où l'on pouvait justifier théologiquement la pendaison d'un animal, chien ou porc jugé démoniaquement coupable.)

Cette missive retrouvée, parfaitement claire mais cependant mystérieuse est adressée à on ne sait trop qui.

Peut être (Ferdinand Alquier, l'auteur du Désir d'Eternité, a ses raisons de le penser) à un certain Alphonse Pollot dit aussi Alfonso Palloti, né dans le Piémont italien, ayant perdu un bras dans une bataille et néanmoins fait une grande carrière militaire au service des Etats néerlandais où s'était réfugiée sa famille protestante et persécutée, grand ami du philosophe, militaire un temps par défi, et qui fut le premier à comprendre l'importance de ses découvertes mathématiques et qui aussi lui fit rencontrer l'une de ses plus fameuses lectrices et admiratrices, la savante princesse palatine Elisabeth de Bohème (grâce à elle nous avons droit maintenant au travers de cette correspondance à de très précieux éclaircissements et autant de véritables leçons particulières du maître).

Aujourd'hui, comment n'aurions-nous pas mille fois imaginé, bientôt 400 ans plus tard, cette planète, Mars ou la Lune ou ces satellites de Jupiter ou tels astéroïdes intermédiaires ou plus lointains, un jour déjà colonisée par l'homme et peuplés seulement, en effet, d'hommes et de machines anthropoïdes ou zoomorphes ?





samedi 24 octobre 2020

Pomme (sixième).

 Si nous voulons sauver nos pommiers et nos pommes abâtardi(e)s par tant de cultivars il nous faudra approfondir nos recherches sur les forêts primaires de la région d'Almaty au Kazakhstan.



jeudi 22 octobre 2020

Pomme cinquième et fin du truc à la va vite si vous permettez.

Moi qui ne suis ni Newton ni Fourier ni inventeur de rien ou pas grand chose, qu'un vieux voyageur étonné de ce qu'il voit et a vu, aujourd'hui enfermé dans les hauts murs de son jardin, réduit aux voyages immobiles tout aussi étonnants quoique moins colorés, odorants, violents et excitants, drogué au net et aux textes, parcourant la profondeur de mes étagères où se superposent brochures, reliures, encyclopédies, traversé de souvenirs en vrac et en nuées, les yeux au vert pour me calmer, observateur de rouges-gorges mangeurs des vers que je fais apparaître en creusant le sol assidument pour planter, planter encore, des plantations qui peu à peu vont obstruer les sentiers et l'horizon, qu'il me soit permis de parler de la cinquième pomme qui m'appartient.

Tout à commencé au marché couvert, aux halles de Nîmes, entre un aller et un retour en Afrique. quand je vois un ancien élève ou étudiant tout joyeux de me reconnaître, qui participant à une campagne de promotion voulait me faire goûter une pomme du Gard. Coléreux comme il m'arrive de l'être, je lui dis :

- Ce n'est pas une pomme du Gard, comment peut-on appeler ça une "pomme du Gard", où il existe tellement de variétés de pomme au goût beaucoup plus remarquable !

- Mais si, me dit-il.

- Mais non !  Golden et Red delicious c'est tout sauf "du Gard".

- Cultivées dans le Gard . . . 

- Oui, voilà, c'est une honte de venir faire de la pub au marché pour un truc envahissant et sans intérêt qui se vend partout déjà en masse et de détruire la richesse et la variété des reinettes, des pommes spécifiques à chaque vallée des Cévennes qu'on a de plus en plus de mal à trouver même ici, au moins une dizaine.



Maintenant je serais, si cette expérience se renouvelait, quarante fois plus en colère.

La pomme qu'on me présenterait (je n'en mange plus jamais depuis que le dernier petit pommier est mort de vieillesse et de chaleur dans ce fameux et si maigre jardin dont je vous parle toujours et depuis que je leur ai trouvé, c'est inévitable, même en bio au point où on en est, ce goût pur DDT résidu des 40 traitements subits dans le sol, dans le tronc, dans le bourgeon, dans la fleur, dans le fruit) serait ce que j'appelle celle de Blanche-Neige, une pomme empoisonnée par la marâtre industrie qui nous nourrit.


Pomme (la cinquième, première suite).

Sous ses dehors de récit onirique traversé par l'obsession géométrique, l'ensemble des textes que Fourier nous a transmis, tels la Théorie des quatre Mouvements et des Destinée générales, " prospectus" qui annonce et résume ses inventions, est souvent à la pointe de la critique de son époque et à l'avant-garde des inventions qui naîtront plus tard. Son expérience du commerce l'a focalisé sur l'observation du gaspillage absurde de nos efforts et ressources. Son imagination active le conduit à imaginer déjà la coopérative agricole comme système synergique des uns et des autres dans la gestion de nos richesses. La pomme son transport et son prix sont déjà au centre.

Il prophétise aussi que nous vivrons 144 ans dont 120 dévolus à l'activité sexuelle ce qui n'a rien d'absurde, eu égard à la précision de ses calculs . . . mais allez-y voir vous-mêmes comme l'ont fait Barthes et Foucault pour ses multiples avancées dans le domaine de la libération des femmes et de leur désir, pour son exécration de l'excision ou pour le constat que chaque génération est, illusion persistante, guerres, travail, progrès, culte de l'avenir radieux, allègrement sacrifiée à la suivante. 

Faut-il s'étonner que ce grand rêveur solitaire ait suscité tant de disciples passionnés dans le monde et plus étonnamment, de constructeurs de phalanstères impatients de mettre en pratique tout ou part de ses théories ?

Ainsi le dernier et troisième monument érigé boulevard de Clichy en l'honneur de ce penseur hautement subversif, posé sur le socle resté vide à la suite de diverses interventions fomentées au fil des années par anarchistes et phalanstériens (à la suite du rapt et de la fonte au profit des nazis de la statue hommage  initial, sous Pétain en 1941), est-il, pomme banale, sphère aplatie reflétant le monde qui l'entoure, idée de pomme sans caractère autre qu'universel, à valeur plastique de pur miroir critique . . . un joli point de départ de réflexion.