vendredi 15 janvier 2021

Lourd.

 C'est terrible d'être lourd, pour la personne, l'air, l'époque.

Depuis longtemps déjà l'air était lourd, nous nous sentions lourds et voilà que à force d'insister, de remuer tout ça, d'aller plus loin, de tirer sur la corde, de systématiser le profit, l'organisation et le désordre qui en résulte, l'époque toute entière et pour un certain temps est devenue lourde, pesant sur notre crâne et nos membres, faisant l'air si lourd qu'il a du mal à entrer dans nos poumons, à circuler en courant d'air et ventilation dans les circonvolutions où nous nous embrouillons à digérer cette soupe de métaux lourds et de fausses nouvelles ou tellement tristes et lourdes à dissiper . . . .


Amours.

Au pluriel ce serait poétique (pourquoi ?).

Au singulier ça fait peur à beaucoup (c'est que c'est lourd).

Peut-on avoir un seul amour ? Oui et non. C'est compliqué, on dirait. Plusieurs peuvent être toujours le même, d'un idéal ou de soi; un seul peut être fixation, condensation, obsession, être de fiction, incarnation.

Sans amour(s) on meurt. Peut-on aimer le monde, son prochain, un Dieu majuscule, ne vaut-il pas mieux choisir un être parmi les autres ?

Le fait d'avoir tant écrit et chanté (sur) l'amour n'a rien de rassurant. S'il est vrai que nous vivons de mensonges, de mythes, de modèles d'ailleurs variables et fluctuants.

L'amour peut être mis en formules comme chez Racine : A aime B qui aime C, en non réciprocité.

L'amour est aussi une belle excuse.

Les amours pluriels sont physiologiques avant d'être conçus comme romantiques. Comment Don Juan a-t-il pu faire un tel succès littéraire et quasi mystique ? 


jeudi 14 janvier 2021

Chienlit.

 Ecrit parfois chiant-lit ou mieux chie-en-lit.


Masculin quand il s'agit d'un masque ou d'un déguisement ou d'un personnage de carnaval, par allusion à un gamin mal fringué, déguisé, mal fagoté, chemise sortant de la culotte.

Féminin quand il s'agit de "foutre la merde" et que c'est fait, elle y est, expression bien nettement moins noble, c'est pourquoi sans doute De Gaulle, pour prendre ses distances par un archaïsme face à l'immondice, lui préféra celle-là en 1968.

Si on y réfléchit un peu c'est encore pire que "la merde". C'est traiter un désordre en général populaire même s'il avait été d'abord celui de la jeunesse étudiante, de ridicule déguisement renvoyant aux frasques ou encore débordements involontaires du bébé incapable de ne pas chier en son propre lit.

Quand on y pense, ce refus de le comprendre est la pire injure adressée au peuple qu'on puisse imaginer. Le gouvernant suprême ne voyant que l'envers du décor, celui que la foule, la masse, les insurgés ont laissé dans la rue, après avoir énoncé, revendiqué, exhibé ou affirmé leurs désirs, leur colère, leurs revendications, leurs rêves.

Comme il était bon mon petit Français (Como era gostoso o meo Francês).

      Venant d'arriver au merveilleux Brésil, nous avions déjà beaucoup vu de films et lu et rêvé, mais c'était la dictature militaire déjà bien établie et qui allait durer vingt ans, nous avons vu le film qui venait presque de sortir un peu avant (1971) dans une salle du centre ville bondée, impatiente et qui va rire durant toute la projection. Bouffée d'air frais du Cinema Novo dans sa phase "allégorique" chez Nelson Pereira dos Santos son inventeur (mort en 2018), dictature obligeant. Nous renvoyant au souvenir et aux "Singularités de la France Antarctique" (1557), époque de luttes de possession des terres du nouveau monde, à Jean de Léry, à ce cher et si disert André Thévet, à Montaigne qui les a lus et qui s'est aussi donné la peine d'aller voir les sauvages ramenés à Rouen et même d'essayer de leur parler, de les interroger, sans grand résultat il faut le dire, par l'intermédiaire d'un "truchement" qui l'exaspère (1562). Tout cela, et bien d'autres récits, confirmé depuis par les ethnologues et les historiens.

      Le film traduit en français sous le titre "Comme il était bon mon petit Français" est une provocation faite de sensuelle impudeur, de superbe beauté naturelle, d'innocence cannibale. Il  joue sur ce fronton historique, ethnologique, d'une reconstitution pleine de vitalité pour renvoyer ses balles contre l'autrement cruelle horreur du monde actuel. Je me souviens, il nous avait saisis par son évidente et équivoque tendresse. Aimer un petit Français réduit, nu, à l'état de sauvage, devenu, de guerrier conquérant, guerrier prisonnier et conquis, mangeur d'hommes lui aussi, et comme il est aimable, jouir de son désir et de sa peau de "civilisé" déchu et finir, délice suprême, sans une larme, par dévorer, outre un morceau de son bras, le lobe de son oreille, meilleur morceau de l'espèce humaine, une fois convenablement, délicatement rôti, c'est le faire absolument entrer dans le cycle non pas des renaissances mais des cultures, des "civilisations" qu'il vaut le coup, parfois . . .  hors tout propos scientifique, ironiquement sardonique, sinon de "comparer", du moins de mettre en parallèle.

Nous venions de perdre un ami brésilien, musicien, dessinateur très doux, gentil, un peu hippie, qui dans le quartier était aimé, apprécié,  pas vraiment subversif, il avait disparu, un matin on ne l'avait plus revu, à l'époque des "escadrons" chargés d'éliminer sans bruit (pas toujours ils ne craignaient rien), la nuit, clandestinement, inconnus et masqués, les mêmes qui paradaient le jour en uniforme, les supposés opposants qui, par leur simple mode de vie, mettaient en danger l'ordre établi.

Je crois que je n'ai compris réellement au bord de quels précipices j'avais marché que le jour de mon départ quand le directeur local d'Air France me faisant la faveur de mettre en place mon billet pour gagner d'urgence un autre poste où j'étais attendu depuis plusieurs semaines avant que le ministère m'ait envoyé de titre de transport statutaire - car il y avait comme souvent en haut lieu conflit sur les nominations - me fit remarquer que dans mes nouvelles fonctions j'aurais d'autant plus un devoir officiel de réserve, alors qu'en fêtant mon départ avec les autres, un étudiant s'était approché et venait juste de me dévoiler  qu'il avait eu la discrétion, heureuse pour moi, de ne pas parler de mes explications de textes, commentaires et cours, à son père qui avait une belle fonction au ministère de l'intérieur.

mercredi 13 janvier 2021

Idiosyncrasie

 Ce mot que j'aime bien n'est pas très utilisé en français comme il l'est dans d'autres langues. Il renvoie pourtant aux données personnelles qui nous définissent comme individu, par nos gestes, notre sensibilité, donc notre façon de percevoir mais aussi de raisonner, d'être plus ou moins immunisé ou exposé à une influence extérieure physique ou mentale; surtout il renvoie à l'attitude qui nous définit comme reconnaissables et uniques tous autant que nous sommes, êtres vivants ou systèmes les soutenant ou créés par eux, métabolisme, biologie, langues, expressions et même réflexes et coutumes. 

Ainsi un ancien ministre, membre d'un comité soutenant l'action de la France, racontait que le paysan des Andes pouvait se reconnaître au fait que rien ne lui interdisait de marcher dans la neige pieds nus mais que comme tout Péruvien il craignait les courants d'air. Je ne sais où il avait lu ou constaté ça mais je dois dire que malgré mon idiosyncrasie si différente de celle des habitants de mon pays d'accueil, je ne fumais que du tabac brun, je préférais au foot le rugby, en arrivant il m'arrivait d'intercaler quelques mots brésiliens dans mon castillan, à la suite de cette remarque - visait-elle cet effet ? - je me suis pour cette raison et pour d'autres (mes interlocuteurs pouvaient s'étonner que j'aime autant qu'eux les très diverses préparation du riz ou celles des multiples préparations de farine de maïs) senti assez vite très proche de ce peuple qui comme moi craint les courants d'air, surtout en climat tempéré mais humide et prend plaisir à marcher pieds nus pour sentir le chaud ou le froid remonter dans mon corps et le réveiller à des sensations primitives, comme quand, de tout le corps, on nage.

C'est peut-être au niveau des expressions, geste et langage, que les différences d'un individu et d'un peuple à l'autre sont les plus embarrassantes et source de malentendus.

Même pour compter sur ses doigts peu de peuples commencent par le pouce et continuent par l'index comme nous le faisons. La première fois que j'ai vu l'inverse, ce devait être au Brésil, dans la rue, quelqu'un m'expliquant je ne sais quoi en énumérant ses arguments en commençant par saisir de son autre main, entre pouce et index, le petit doigt puis l'annulaire de sa main droite et finissant au cinquième point par saisir son pouce.

D'une espèce à l'autre il faut apprendre le langage muet de nos animaux domestiques qui n'a pas grand chose à voir avec le nôtre, sauf peut-être le regard des chiens dont nous avons, semble-t-il réussi à trafiquer et à rendre mimétique les expressions des yeux.

Mais ne nous y trompons pas, d'un individu humain à l'autre la communication ne se fait que par miracle et presque toujours en méconnaissance, malentendu, méprise et interprétation hasardeuse et forcée. Sauf dans certains cas exceptionnels et alors il suffit d'un grognement, d'un léger détournement de tête ou d'un silence, d'un mot codé ou même inventé sur l'heure.

C'est peut-être pourquoi on peut prendre tellement de plaisir à comprendre et se faire comprendre d'un étranger et encore plus d'un animal. J'ai gardé longtemps la plume d'un perroquet d'Amazonie que nous avions en liberté et qui ne répondait guère qu'à mes appels.

mardi 12 janvier 2021

Esprit faux.

 Certains vont tout de suite nier que ça existe. Et je ne prétends m'enfoncer ni dans l'essentialisme, ni  dans un renforcement des discriminations existantes, ni dans une justification d'un quelconque "racisme de l'intelligence" pour reprendre un terme de Bourdieu. Alors reprenons.

Dans son Dictionnaire philosophique, Voltaire en a fait un article relativement long dans lequel il prend l'exemple de Newton :

"Les plus grands génies peuvent avoir l'esprit faux sur un principe qu'ils ont reçu sans examen".

Et de citer les prophéties de ce grand génie qui situait l'Apocalypse, se fondant sur des commentaires du texte biblique . . .  en 2060.


Outre le fait que j'espère vivement que ce très grand savant aura eu tort sur ce point, je dirai que Voltaire dans sa définition reprenait une longue tradition qui remonte à Homère ou Hésiode en passant par Montaigne ou Pascal.
La question, précisément en cette longue période de crise sanitaire où nous sommes plongés indéfiniment et déjà depuis un an, se pose plus que jamais. 
A lire l'argumentaire péremptoire, diversement documenté, fondé sur des observation qui se voudraient générales, sur des calculs de létalité et sur des options qui se prétendent éthiques, soutenu par des penseurs, se donnant au moins comme tels, parfois par des praticiens et des chercheurs, forts de leurs domaines respectifs, on pourrait se demander si ce qu'on a qualifié de "complotisme" n'est pas tout simplement une incapacité à évaluer un événement mondial nouveau et ses conséquences. N'est pas finalement le pur produit d'esprits capables d'un travail remarquable dans certains domaines mais radicalement faux quand il s'agit d'avoir une vision d'ensemble un tant soit peu fondée sur autre chose que des préjugés 
et un tant soit peu éclairée.

Tant qu'à avoir recours aux plus grands savants de notre histoire, on pourrait évoquer Galilée qui durant toute sa vie, outre sa remise en cause de Ptolémée et sa mise en place de notre nouvelle vision du système solaire, outre ses mesures sur la chute des corps pratiquées dans sa ville natale du haut de la Tour de Pise (on aime à imaginer la scène des balles de plomb et de plume jetées de là-haut quand on visite ce spectaculaire monument) avant d'utiliser un plan incliné, ancêtre du laboratoire du physicien moderne, pratiqua, peut-être pour des raisons de pli de son esprit, d'éducation et de recherche (il avait suivi une assez longue formation de médecin, à une époque où l'astrologie participait à la recherche de la guérison du malade) , peut-être pour des raisons plus intéressées, il aurait eu toute sa vie des dettes à payer, calcula des horoscopes qu'il faisait payer fort cher.


Poux.

 Parmi la liste Hiboux, Genoux . . . . ce mot nous faisait rire bien qu'il ait pu correspondre, à certains moments à une réalité désagréable qui renvoyait à la cérémonie du poux dans la tête qu'on devait chercher en passant précautionneusement un peigne et qui pouvait mériter l'usage, après la guerre, de la fameuse "mort parfumée des poux" de la Marie-Rose.

Où ai-je donc mis ces vignettes qu'on distribuait aux enfants à l'époque ? il faut que je les retrouve.

Mais la question est, aujourd'hui, celle des gens qui veulent à tout prix vous chercher et vous trouver, l'expression est restée, des poux dans la tête. C'est le cas de beaucoup de frustrés, de pointilleux, d'emmerdeurs, de mesquins, de jaloux.