mercredi 7 février 2024

T de Tifs.

 L'importance de la chevelure dans l'histoire de l'humanité n'est plus à démontrer de Samson aux affres du crâne rasé des bagnards en passant par la natte chinoise ou les coiffures extravagantes du temps de Marie-Antoinette jusques-et au-delà des tifs post-soixante-huitards que j'ai portés perso, pris dans la mouvance, dans ma petite histoire individuelle bien courte au regard de l'universelle, assez longs déjà chez nous puis quand la mode brésilienne m'a permis plus d'exubérance, à Rio.

En ai-je déjà dit un mot déjà ? je crois que oui, ma foi, tant pif.

Ce qui me parle aujourd'hui c'est, outre le manifeste soin apporté aux cheveux des hommes qui s'en préoccupent à nouveau plus que jamais, cette portion de rue par où je passe épisodiquement et qui sur 150 mètres compte cinq boutiques de coiffeur dont les noms forment à eux-seuls et localement, un jeu :

Rébarbatif

Créatif

Berbère barbare (un fier de l'être ou du moins d'affirmer les racines de ses tifs)

Imaginatif (un salon de coin de rue pratiquant coupe et maquillage)

Anny coiffure, enfin, un peu larguée dans cette course au raccourci de tif et d'ailleurs fermée aujourd'hui.

Je n'en tire aucune leçon, aucune critique, aucune morale aucun poncif.


mercredi 27 décembre 2023

Peñiscola.

 Cette très petite cité avec une tilde sur le ñ = gn, est un lieu tout à fait exceptionnel sur la côte valencienne. Ce fut le refuge du pape Pierre de Lune dit el papa Luna, noble natif du royaume d'Aragon  qui fut un temps "antipape" d'Avignon. ( Parenthèse : au passage Avignon, vous le savez, a bien profité de cette présence pour devenir éternellement magnifique et aujourd'hui plus que jamais). Le papa Luna, septième pape à résider en Avignon, sous le nom de Benoit XIII, astre passager de la chrétienté durant le Schisme d'Occident à ce moment fameux où il y eut deux papes, a marqué ce roc fortifié de son sceau prestigieux de dissident hérétique. 

Peñiscola est toujours une superbe ville forteresse, presqu'île ayant traversé victorieusement tant d'époques de gloire jusqu'à devenir, entourée de plages, une petite capitale culturelle et touristique porteuse de festivals, colloques, prétexte à plaisirs sun and sea.

Voilà donc comment je m'y retrouvais un jour, poursuivant ma future fiancée dans ses studieux approfondissements intello-touristiques de la culture hispanique. Il est vrai qu'aussi éloigné des grands centres que soit ce lieu, y régnait en ce bel été-là tout un climat d'incroyable effervescence.

Il y avait tout d'abord cette palette de profs prestigieux qui expliquaient pour l'un d'entre eux l'éclatante architecture péninsulaire l'opposant à la lourdeur répétitive et peu inventive du gothique anglais, tel autre introduisant aux courants les plus vifs de la littérature picaresque, où ce troisième jouant sur le somptueux velours de la peinture hispano-hollandaise. L'un d'entre eux, le plus jeune m'avait fait lire le manuscrit de sa dernière nouvelle longue, une trentaine de pages,, plutôt subversive dans l'Espagne d'alors pendant que le maître de séant du festival de théâtre souhaitait me faire connaître son cercle de chercheurs historiens à Madrid.

Bref comme j'étais avec ma bientôt mie, très amoureux, c'était presque le paradis.

Sauf pour le logement. Le premier qu'on nous avait procuré était un studio sombre établi dans une sorte d'immense couloir plein d'une enfilade de semblables vis-à-vis où à l'heure des fritures débordant et giclant d'huile d'olive et des conversations de fourneaux, toutes fenêtres ouvertes, vu la chaleur suffoquante régnant sur les terrasses, le soir en particulier, il était impossible de respirer et d'avoir le moindre calme jusqu'aux heures les plus avancées de la nuit. Nous avions ensuite galéré pour trouver, en pleine saison, une autre crèche. Puis il avait bien fallu se résoudre au pire du pire pour échapper au vacarme et à la promiscuité.

Nous avons fini par nous établir en haut, au vingtième étage d'une tour qui existe encore quoique aujourd'hui enchâssée dans des bâtiments presque tout aussi hauts tout au long de la côte, qui dominait de loin la forteresse antique, dans un studio sentant la peinture fraîche, ce qui nous avait donné l'occasion de dormir fenêtre ouverte et de nous réveiller, du peu que nous avions dormi, boursoufflé/e/s de piqûres de ces petites bêtes qui règnent sur le monde entier, spécialement dans les pays du sud.

J'ai gardé un temps en souvenir le morceau déchiré involontairement et détaché d'une page de l'un des exemplaires du manuscrit que m'avait fait lire le jeune écrivain pamphlétaire où il est question d'une nuit d'insomnie, celle d'un étudiant espagnol qui fait penser au jeune Sartre et qui s'interroge pour savoir s'il doit continuer ses études et continuer à vivre avec sa chère mère malade ou prendre le large et aller terminer sa formation en France ou peut-être en Amérique.

dimanche 24 décembre 2023

Psychanalyste parallèle (jouer le). . . .

 . . . . ça m'est arrivé non pas trente-six fois mais assez souvent.

Comme vous mais pire encore je suis capable de quasi fermer les esgourdes comme de les ouvrir intensément, c'en est même énervant quand on me donne des conseils pratiques que, en général, je n'ai pas envie de suivre, mais inversement, en proportion inverse, je crois être capable par une étrange faculté de m'intéresser à des gens, à des situations, à des cas, à des manifestations d'humanité un peu hors normes qui semblent inquiéter, repousser ou simplement laisser prudemment indifférents beaucoup de gens que je connais.

Ainsi quand j'étais en terminale il y avait un gars, un condisciple, les cheveux gras et gominés rabattus en avant - j'imaginais et imagine encore qu'il avait un début de calvitie - qui filait du mauvais coton. Un jour pendant le cours de Sciences-Nat (on ne disait pas encore Biologie ou Sciences de la Vie et de la Terre soit SVT comme en ce jour où on étale de mieux en mieux en tartines précisément ce qu'on ne sait pas faire, la vie ? la vie ? en sciences, n'importe quoi) un cours d'ailleurs très "pittoresque" donné par un super-prof intouchable. Docteur en biologie animale, il avait deux fortes particularités ou même trois ou quatre dont deux qui auraient pu le faire virer de l'enseignement public : il était fixiste et résolument anti darwinien, soutenant que le faciès prognathes et le type australopithèque n'avaient pas disparu de la surface de la Terre, il était très doué en dessin faits rapidement à la craie au tableau noir, il dessinait en quelques secondes de beaux escargots toutes tentacules dehors ou des singes en train de franchir une rivière et formant pour ce faire une chaine, se tenant les uns aux autres par quelque partie du corps et formant ainsi un balancier au-dessus du vide, scène qu'il avait, disait-il, lui-même observée. Il était par ailleurs lui-même gros et lourd bien planté sur ses pieds, comme un hippopotame, placide et immobile au fond d'un fleuve pendant la sieste, si on me permet ce raccourci. Alors, silencieux et comme inerte, il laissait de temps à autres s'installer un brouhaha dans sa classe, négligeant d'intervenir pour faire taire les conversations, les rires, parfois les cris.

Un jour notre condisciple aux cheveux gominés eut l'audace de placer . . .  pendant que notre maître en sciences de la vie dessinait tranquille et rapide une girafe courant à l'amble et nous expliquait, tournant le dos, cette singularité de l'espèce, . . . de placer et réussir à faire se maintenir à l'horizontale son stylo-bille rouge ouvert, pointe vers l'extérieur, corps coincé dans le cavité subabdominale du squelette de l'homme écorché grandeur nature qui trônait à côté de l'estrade.

L'intéressant ce n'était pas cette facétie qui vous l'imaginez mit la classe en parfaite révolution pendant que notre maître, toujours le dos tourné continuait son dessin de girafe; le surprenant pour nous potaches d'époques reculées et peu évoluées ce fut ensuite d'apprendre que notre condisciple en études anatomiques, l'élève totalement irrévérencieux, suivait une psychanalyse approfondie depuis quelques mois ce dont il s'ouvrit d'abord à l'un de mes amis d'alors avant de m'inclure dans son cercle de confidences. Ce qui s'ensuivit fut notre plongée à trois dans un approfondissement des mystères freudiens, exemples et récits concrets à l'appui. 

Cette façon de lire d'abord ce qui avait encore pour titre en traduction "La Science des Rêves"  soit Die Traumdentung, qu'on préfère traduire aujourd'hui par "L'Interprétation du Rêve", d'en saisir et d'en voir à l'examen les ravages, les douleurs, les impasses, les drames que recouvrent ces analyses m'a personnellement marqué au point de ne pouvoir ensuite saisir cette discipline d'analyse, comme un simple jeu de déchiffrage intellectuel des méandres de l'esprit humain.

Et aussi passionné que je sois par cette étude en marge de nos disciplines officielles, y compris ensuite à l'université où en philosophie on ne l'évoquait guère, je veux dire en rien, comme si elle n'existait pas, comme si elle était absolument tabou, je me souviens que d'emblée j'ai pensé que d'une certaine façon, elle n'était pas faite pour moi. Ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas été tout au long de ma vie en rapport avec elle.

samedi 23 décembre 2023

Alcools.

 C'est la faute à Blaise qui sur FB me parle très accessoirement, en marge de ses réflexions souvent lucides et toujours amicales, de griottes et de macération dans l'alcool, une histoire où interviennent des ânes porteurs de ces fruits à quelques distances à peine de Bruxelles où lui-même, hors toute anecdote et avec un esprit fulgurant de synthèse, illustre brillamment, parmi ses nombreuses activités, des articles de fond de la Libre Belgique.

Qu'on n'aille pas croire que c'est par ailleurs mon cas, comme pour les griottes, de macérer dans l'alcool, ça ne m'aiderait nullement à fulgurer.

D'autant qu'aujourd'hui, pas boire, pas fumer, je suis devenu très sobre, ne bois que de l'eau et un peu de Corbière ou de Saint Chinian (un vin pour connaisseurs, certains Anglais le savent déjà et se sont installés dans la région) et que n'aimant ni whisky, ni vodka, ni gin, ni tords boyaux divers, à la rigueur très bon rhum et eau de vie de prune ou banyuls des fameuses collines qui dominent la mer, dont je n'ai jamais bu des barils ou armagnacs maison, ah oui ça existe encore ! mais pratiquement plus de tout ça, plus rien, je ne parlerai que de souvenirs. 

Dont deux aujourd'hui, très brièvement :

à Rio (il fallait bien que je parle de Rio), le Consul de Yougoslavie - pays qui existait à cette époque-là - avait eu un fils au Lycée français où j'assurais pendant deux ans des cours de terminale, et il m'a offert en souvenir, quelques temps après encore, une eau de vie de prune dont je n'ai jamais retrouvé l'équivalent malgré l'existence de divers lieux de production remarquables en France. Je viens d'apprendre que la Sljivovica entre désormais au patrimoine de l'humanité estampillé comme la Maison carrée, UNESCO. Gloire aux Serbes !

et puis cette histoire des bouteilles de rhum de Martinique obtenues et  conservées par hasard dans ma famille qui n'avait rien à voir avec les spiritueux, mais je la raconterai plus tard ça serait trop long. D'autant que chaque demi-bouteille bue de cette réserve secrète bien empaquetée et conservée appelait évidemment rencontres, amitiés et histoires ramifiées à l'infini.


dimanche 17 décembre 2023

R de Robot en situation de misclick.

 Scène de la vie quotidienne.

Ma tendre moitié ou si vous préférez ma dulcinée quand je passe derrière elle pour aller porter du petit bois et des lourdes bûches de chêne dans la cheminée me pose cette question :

- Un robot peut-il faire un misclick ?

Outre le fait que je comprends d'abord "un robot peut-il faire un biscuit ?" car c'est souvent que malgré la longue pratique que nous avons de nos accents très différents, entre Nord et Sud de notre beau pays, l'équivoque se glisse dans nos expressions et réceptions de message.

Je réponds aussitôt en insistant sur le ton positif :

- Oui, pensant qu'elle plaisante du fait que nous avons parlé il ya peu des robots de cuisson et sachant qu'elle sait bien que les robots savent faire ça, les biscuits et plein d'autres tucs.

Puis il s'avère que ce n'est pas ça. Elle a commencé à jouer au bridge en ligne à l'ordi dans un "team" (une petite partie entre gens en général de connaissance) puis s'est laissée prendre à un très sérieux tournois. 

Or dans le couple des adversaires, l'un étant sorti du jeu pour des raisons inconnues, coupure de sa liaison ou décision personnelle, l'absent a été remplacé, pour ne pas briser le jeu, par un robot.

Or donc si ces robots jouent en général assez moyennement mais pas trop mal il leur arrive cependant surtout face à de bons joueurs, classés pour certains comme de niveau "mondial" ou "national" dans leur pays, de commettre des bévues. Mais là me dit-elle, si on exclue l'hippothèse d'un robot un peu faible de comprenoire, hippothèse infirmée par ses réponses aux premières donnes, ce n'était théoriquement pas possible, l'erreur de calcul était impensable, c'était tellement évident et facile étant donné son jeu et étant données les annonces . . . ça n'a pu être qu'une sorte de secousse, de maladresse, de dérapage, de glissement malencontreux des cartons ou de ce qui lui tient lieu de doigt, bref un click involontairement placé à côté de la bonne carte qu'il devait jouer.

N'y connaissant rien ni en bridge, ni en informatique, ni en robot - je ne suis spécialiste qu'en mis click, tapant à toute allure des lettres quelquefois (souvent) à côté - je vous pose la question : un robot qui joue au bridge, un robot manchot selon toute vraisemblable dissemblance, peut-il par pure maladresse, s'arranger pour faire, comme un humain qui n'a que ses gourdes mains, un "mis click" ?

Ne haussez pas les épaules, il se trouve que la question est d'importance. Pour l'instant il ne s'agit que de bridge mais cette question engage vraisemblablement notre avenir.

samedi 16 décembre 2023

ABC de la narration.

 Cliffhanger et boîte à mystère sont les mamelles de la série.

Oui, vous savez, rien de tel que de laisser le héros au bord du précipice en fin d'épisode après lui avoir fait découvrir un message incompréhensible et obsédant.

Cependant, ainsi, de mystère non résolu en scène énigmatique, après avoir dératé le spectateur/lecteur qui ne marche pas mais court, brave fantassin parcourant votre récit ponctué d'images spectaculaires, en bandes et en masses moutonnantes, vous vous faites apparaitre, roi nu, ce que vous êtes, illusionniste, même pas prestidigitateur, juste un bonneteur, maître seulement de l'escroquerie, de la carambouille, raquetteur ratissant le boulevard médiatique, panoramique, en bonneteau.

Oui, c'était plus compliqué mais intellectuellement satisfaisant, quoique parfois insuffisant ou débile en fin de compte, de faire apparaître élégamment en fin de course, une solution recoupant toutes les pièces de l'énigme dans un positionnement horloger ou une parfaite composition d'échiquier. Mais aussi, c'était moins réaliste et un peu niais, après tout la vie elle-même ne se clôt-elle pas sur des milliers d'énigmes ? la mort elle-même n'ayant jamais livré aucun secret.

J'ai bien aimé cependant, blason d'une époque d'effets domino, cette scène des voitures Tesla qui se carambolent en double file, par panne de guidage après une attaque informatique géante des Etats Unis dans le dernier film de Sam Esmail.

vendredi 15 décembre 2023

E de erreur : errare humanum est ?

 C'est incroyable comme est développée notre faculté de tromperie volontaire, involontaire, destinée à nuire méchamment, à cacher nos faiblesses, à induire en erreur les autres et nous-mêmes sur nous-même ou sur ce que nous croyons être ou savoir.

"Errare humanum est" ou faudrait-il aller jusqu'à dire  "Errare proprium hominis" ?

Si nous commençons à imaginer que le rire n'est peut-être pas le propre de l'homme, de nombreux animaux ayant la faculté de comprendre le jeu et semble-t-il  la plaisanterie, peut-être aussi la moquerie, pourrions-nous par une sorte de permutation, aller jusqu'à concevoir que l'erreur et plus précisément la faculté de se tromper ou même de vouloir tromper les autres et de nous tromper nous-mêmes, est le propre de l'homme au point où elle est développée ? 

La ruse, le déguisement, le leurre sont des aptitudes des prédateurs, des proies, reconnues certaines à tous les niveaux du vivant, mais qui dans le règne animal, du fait sans doute du spectre étendu de nos opinions et de nos actes, se trompe et cherche à tromper les autres, bêtes et gens, autant que nous ?

L'animal progresse souvent par essais/erreurs, nous aussi comme tous les autres animaux, mais qui progresse en passant, y compris dans la recherche scientifique, par d'aussi longues et monumentales opinions, explications, théories totalement erronées ?

Quant à notre langage chacun sait qu'au-delà du oui ou du non, il a été fait, par complexité, confusion, trahison, mensonge délibéré, pour tromper.