mardi 6 mai 2025

aventure (Quelle) !

Figurez-vous qu'à force de vouloir jouer à l'invincible, je crois que j'ai franchi un mur comme le passe-muraille de Marcel Aymé. cependant vous connaissez le risque sans doute plus imaginaire que réel, l'imaginaire étant cependant une bonne partie du réel comme chacun le sait, celui de rester coincé dans le mur qu'on prétendait et qu'on avait commencé à traverser. Oui, c'est ça, peur de rester enfoncé à la maçonnerie du mur, une main dans la brique, un pied dans un moellon et le ventre et le cœur pris avec les pectoraux dans une pierre fort ancienne et gravée d'initiales, utilisée en réemploi.

C'est là que je déchaîne ma force de Hulk, que mon corps gonflé, boursouflé de muscles, chétif devenu découplé, excessivement découplé, décuplé en énergie se met en transe et en mouvement. C'est là que devenu beste animalesque, poussant des hurlements, j'arrive à m'extraire sans trop de déchirements du piège qui me paralyse, m'englue, me pince, me lamine, m'étouffe, qui, inexorable, mécaniquement, était en train de se refermer.

Un chien aboie de l'autre coté du mur et m'accueille joyeux.

Voilà ce qui m'arrive, peut-être en rêve ou que j'imagine facilement après une journée mondaine où j'ai vu trop de gens, amis lointains ou de circonstances, où j'ai fait trop de pas. Voilà ce que produit sur moi la fatigue en fin de journée, nul besoin de plonger dans les songes, sans artifice, sans alcool, sans drogue aucune, telle est ma façon de m'en sortir, tête toujours échauffée que je suis, inexplicablement et inépuisablement.

M'arracher à ce qui m'englue et retrouver une liberté jamais atteinte.

Folie direz-vous. Inconstance et fausse persévérance pensez-vous. Mais non, c'est tout simplement mon habitus, mon immédiateté vécue. retrouver  une sorte de pulsion nécessaire.

lundi 5 mai 2025

Feuilleton qui pourrait s'appeler HMS ou Superchien plus fort que Hulk le géant.

 Que diriez-vous si je vous racontais mon nouveau feuilleton HMS ou Foi d'Animal, avec déjà comme dans Wiki le synopsis adéquat.

Je ne suis pas allé le chercher bien loin pendant ma longue quasi-absence de la Toile. C'est [en fait] du pur quotidien.

L'histoire est celle d'une réapparition. celle de Hulk, Manimal et Superdog, trois héros dont vous verrez que non seulement ils tiennent la route depuis leur lointaine naissance, des années 60 ou 70 ou 80, pour certains épisodes et changements depuis leur apparition, mais (je crois qu'on peut dire qu') ils sont en passe de devenir pionniers, préfigurateurs, voire prémonitoires de notre collectif quotidien en devenir.

Hulk d'abord. 

C'est très simple pour moi mais très difficile à expliquer. Rien de grave, j'ai [juste] des sensations bizarres, qui ont commencé du côté de ma jambe critique, la jambe gauche, celle qui a des "impatiences", ces mouvements involontaires et intempestifs qui depuis longtemps perturbent mes séances de visionnement quand le film ou le doc ou la série ne retient pas suffisamment mon attention, avec un pied dont j'avais l'impression que la peau au niveau des orteils et de l'avant pied était devenue trop étroite et qui maintenant a pris par fragments détachés des couleurs violacées qui lui donnent l'apparence d'une vieille peau de serpent ou du nez couperosé - multiplié par les cinq doigts - d'un vigneron bourguignon. La première fois que j'ai dû expliquer ça, non pas l'apparence, ça se voyait suffisamment, mais la sensation interne de rétrécissement  de la peau et d'éclatement de la chair, à un professionnel de santé, c'était une pharmacienne, elle était un peu perdue et je n'ai évidemment pas pu évoquer le cas de Hulk qui aurait pu l'éclairer si elle avait fait partie de la génération exposée à ces délires premiers des séries américaines. 

Mais si je vous en parle c'est que cette ridicule, absurde et invraisemblable parenté avec Hulk (je ne suis ni aussi savant ni aussi fort que lui, loin s'en faut !), étant et restant un peu mince et devenant chaque jour plus rabougri malgré cette impression d'éclatement de ma carapace ratatinée qui c'est depuis peu terriblement accentuée.

Pour Manimal c'est plus facile à expliquer et beaucoup plus naturel car j'ai moi aussi, comme le héros de la série culte, fréquenté avec assiduité et passion des animaux divers à  carapace, à piquants, à plumes et à poils, dans des coins perdus d'Amazonie ou des forêts humides du Congo, et donc, bref, je me sens tout à fait et de plus en plus capable de dialoguer avec eux dans leur langue ou presque et surtout, capable de me mettre à leur place par empathie et résurgence de mes impressions et ins

tincts primitifs.

Enfin, pour ce qui est du Superdog venu d'une autre planète, chien héros aux "aboiements glacés", il me suffit maintenant d'observer tous ces chiens bichonnés, grands, géants, super-toilettés et revêtus de chemisiers, foulards, capes et harnais ou micro-fabriqués, minuscules faiseurs de crottes tirés à quatre épingles, munis de bonnets et de bottes, pour comprendre qu'ils sont décidément tombés d'ailleurs et méritent par leur bravoure et dévouement sans borne un culte tout spécial.


mardi 4 février 2025

Trois mondes.

D'aucuns pensent qu'il y en a deux.

Le monde réel et le monde virtuel.

Cette distinction est effectivement fondamentale. Nous avons pour mieux le comprendre et l'analyser, pour éventuellement le reconstruire, créé un monde-miroir, un monde en écho, en maquettes, en reproductions, copies et schémas, une doublure approximative qui selon certains procédés de représentation que nous qualifions de savoir, de science ou de technique, nous permet par une algèbre symbolique fragmentaire mais efficace de le faire entrer dans nos calculs et nos machines. Et nous sommes fiers de cette supériorité. Le monde réel ne nous appartient pas mais avec ce monde miroir que nous avons créé, nous intervenons sur lui, nous le manipulons.

A partir de cette victoire reposant sur cette copie clarifiée de l'inépuisable, de l'infinie complexité du monde réel, une conquête rationnelle de l'humanité théoriquement ouverte sinon réellement accessible à chacun d'entre nous, nous avons pu progresser collectivement, montant les marches de l'écriture, de la géométrie,  de la techno-science. Les développements de ce monde-copie, propagés par la Toile, l'informatique, le Web, les infinis possibilités et progrès de la communication, ont rendu tout récemment  - en apparence - le monde moins opaque, presque transparent.

Ainsi pour prendre un point de cette trajectoire de développement historique, Galilée s'attaquant aux illusions et superstitions de la chute des corps ( qui va tomber le plus vite de la bale de paille ou de plume ou de plomb ?) passe du lancer folklorique de projectiles du haut de la Tour penchée de Pise au plan incliné où roulent des billes dont le poids et la vitesse sont enfin exactement mesurables.

N'y aurait-il pas, "à côté", "sous", "derrière", ces deux mondes un troisième monde ?

Mais voilà l'existence du troisième n'est en rien consigné dans les documents sérieux ni accessible aux enquêtes approfondies, pourtant, à mesure que se déroule et avance notre vie, tapis roulant inexorable, nous le rencontrons inévitablement caché sous le premier. Parfois aussi, redoublé et lié au deuxième.

Que ce soit clair, décidément, pour aujourd'hui, je ne vous ferai aborder, avec ce troisième monde, ni à un continent supposé ésotérique ni aux rivages escarpés du mysticisme. Le monde dont je parle est bien plus terre à terre. Je ne veux parler que de ce monde fait de malignité, de malveillance, de perfidie, qui se tient manifestement sous le premier monde, le plus réel et apparent, celui de nos découvertes et rencontres, tissage maille à maille de notre vie quotidienne, et qui éventuellement se redouble sous forme de tromperie, de machination fallacieuse, de leurre abusif, dans le monde virtuel.

Ainsi, ce monde premier, redoublé dans sa copie virtuelle qui ne fait qu'en retenir les traits les plus saillants et populaires, est-il troué de faux semblants, de détournements, de pièges et de manipulations qui à eux et elles seuls ou seules sont comme une expansion de notre univers peut-être infini ou peut-être en expansion, . . . et nous serions capables de garder la tête froide ? de continuer sans accrocs et trébuchements à l'explorer "scientifiquement" ce monde au moins triple et illimité ?

Restons modérés dans nos transports, toute affirmation péremptoire est (serait) une farce, un leurre, une tromperie tactique, une bien naïve superstition.

mardi 28 janvier 2025

Agresseurs/agressés.

Les psychologues insistent sur ce qu'ils appellent la "transmission générationnelle" et dans la psychanalyse du comportement violent sur le "renversement des rôles post-traumatique". Et certes il y a là quelque chose de bien curieux et mystérieux dans cette transmission d'une génération à l'autre de certains gestes et comportements délictueux de domination, de violence, de rabaissement, de cruauté, d'agressions et de viols, de sévices et meurtres, parfois inversés et parfois relayés semble-t-il au travers  de messages in- ou partiellement conscients. 

Ainsi le supplicié pourrait, selon certaines modalités de répétition quasi "automatiques" ? devenir bourreau.

Je m'étonne cependant, bien qu'effectivement encore plus hasardeuse, que ne soit pas évoquée en histoire des peuples, l'hypothèse d'une transmission et retournement des impulsions à dominations collectives brutales,  

tels que répressions violentes, réductions en esclavage, exploitation sans contrepartie, création de liens de dépendance inextricables, privation de liberté, enfermement, tortures ou exterminations.

Bien sûr quand il s'agit de pure vengeance, revanche d'un peuple humilié, retournement de situation, personne n'a besoin d'explication ou de recherche de racines inconscientes à ces conflits. Les longues guerres entre voisins européens suffiraient à illustrer le thème à propos de petits ou grands royaumes ou de plus récentes grandes et puissantes nations voisines.

Mais qu'en est-il quand il s'agit de peuples massacrés, qui pour trouver une place, un territoire sécurisé, un espace de développement, reportent les conflits qu'ils ont vécu sur d'autres peuples étrangers à l'extermination qu'ils ont subie ailleurs ? 

En un sens au travers de groupes eux-mêmes défavorisés, opprimés ou à plus forte raison  traumatisés à la suite de génocides, ou au travers de leurs descendants . . . cet horrible mouvement de transmission et de retournement n'est-il pas l'un des mécanismes volontaires ou à demi conscients, "moteur pathologique" de toute colonisation ?

jeudi 23 janvier 2025

Chou.

Une amie allemande me disait quand je la faisais rire gentiment, en tout bien tout honneur : "Tu es chou."

C'était sa façon à elle, après avoir étudié en Sorbonne dans sa jeunesse, de montrer qu'elle possédait les subtilités de la langue française.

Mon arrière grand-père maternel qui était peut-être, d'après son nom, de souche aveyronnaise, et incontestablement d'après le souvenir qu'il avait laissé, tels qu'on décrit cette engeance dans la transmission des stéréotypes, tenace et toujours partant quand se présentait l'occasion, lui, n'était pas chou. Je vous ai peut-être déjà raconté comment à soixante-dix ans passés il avait voulu aider des jeunes qui avaient versé leur charrette dans le fossé, en la soulevant seul du côté où elle était tombée et comment ces jeunes s'étaient, compatissants et rieurs, à son grand dam, car ce fut pour lui un grand coup, récriés . . . lui demandant d'arrêter ses efforts.

Si j'ai été bien informé par le récit de la saga familiale, ça se comprend. 

Dans sa jeunesse, cet arrière grand-père avait été, vous le savez "scieur de long", je l'ai toujours clamé assez fort jusque dans les salons des appartements de l'avenue Foch quand il m'arrivait d'y faire un tour. Ce que je ne vous ai pas dit encore, c'est qu'il était capable de faire ce métier à la japonaise (si l'on en croit la fameuse gravure d'Hokusai), c'est à dire comme "chèvre" non pas sans chou, mais sans renard.

Encore faut-il savoir que la chèvre ou le chevrier, selon le contexte était le scieur placé au-dessus du tronc d'arbre équarri à la hache celui qui si possible, sans se casser le dos, par sa force, tirait sur le haut de la scie

quant au renard, il était en bas, tirant sur la niargue, dite par amusement de bûcheron "belle-mère".

Autant dire qu'après des jours et des jours de ce body-building, mon arrière grand père n'était ni "chou" ni mou.

mercredi 22 janvier 2025

Soleil à l'envers.

 Moi, spécialiste du "messager solaire", je vous dis pas . . . 

. . . . quand j'ai soutenu ma thèse publiquement, dans la presse locale, pour l'annoncer, il y eut une coquille : "messager scolaire" . . . c'était ce qu'ils avaient trouvé le moyen d'écrire sur le journal, et comme elle portait essentiellement sur Camus, à l'époque où on lui reprochait d'être un philosophe pour classe terminale, je vous dis pas, la déception pour moi de figurer comme vedette, pour le coup bien scolaire, sous ce panonceau; mais vous en faites pas, ce fut plutôt la grande rigolade avec quelques copains et même avec ma fiancée du moment (toujours la même d'ailleurs et nous en rigolons encore parfois), mais surtout pour le seul "spectateur" qui était venu à la soutenance, lui vraiment très déçu (comme il me l'avoua) de voir que le sujet n'était pas du tout conforme à sa propre détestation et au rabaissement du prix Nobel qu'il espérait.

Quand un peu plus tard j'ai raconté ça à Barthes qui avait été le principal inspirateur de mon travail il était plié. Pourtant ce n'était qu'un début.

Par la suite un bureaucrate tout puissant, participant aux nominations me déclara sur le mode de la plaisanterie qui rend compte d'un fait réel, que si j'avais obtenu un poste au Pérou (il y avait toujours pour chaque poste un nombre impressionnant de postulants et le choix ne pouvait se faire en dernier ressort qu'un peu au petit bonheur) c'était grâce à cet intitulé où figurait le mot solaire pouvant renvoyer (pour des esprits sérieusement gestionnaires et néanmoins farceurs) au culte effectivement éminemment solaire des anciennes populations de ce pays dont la capitale est toute l'année . . . ou presque dans la brume et l'humidité pénétrante. Honnêtement, je n'avais pas à me plaindre, j'avais eu auparavant ma dose de solarisation tropicale dans mes affectations de part et d'autre de l'Atlantique.

Donc aujourd'hui plus que jamais, chaque jour, je ne m'en fous pas de Monseigneur l'astre solaire. je l'observe sans arrêt et le vénère toujours. Habitué à ses facéties, quand il se lève à peine à ma fenêtre je le vois resplendir en reflet sur la colline d'en face, rebondissant en miroir sur d'immenses verrières. Parfois même on voit d'abord son reflet avant même qu'il se soit extirpé des toitures et des cheminées.

Cependant la fois où nous l'avons vu le plus à l'envers ce fut ce jour où pour la septième fois et pour lui dire adieu, juste avant de quitter le Pérou, nous avons visité le Machu Picchu désert après un attentat ayant presque tué et rendu paralytique un notable bienfaiteur du pays et endommagé gravement le train qui accède au pied du site . . . et où, loin de nous prendre pour des tintinophiles aimantés par le si commenté et vénéré album du Temple du Soleil (voir la tartine écrite sur Wiki), nous avons pu voir sans guide ni gardien l'astre roi entré par une lucarne de son temple, ressortir par une autre en face et illuminer le visage de Miss Pérou, auréolé de parures en miroir, venue avec une équipe de cinéastes relancer la publicité touristique du haut lieu endeuillé.


lundi 20 janvier 2025

Boltanski (le retour).

Je ne sais pourquoi, depuis quelques jours j'en reviens à, je tourne autour de . . .  Boltanski, Christian, mort en 21, le 14 juillet, vous en ai-je parlé ? Peut-être pas tellement à cause de son oeuvre multiforme, marquante, "minimaliste" dit-il - moi je dirais plutôt "maximaliste" - ou à cause de cette expo de Beaubourg à cheval entre 2019 et 2020, qu'à cause du souvenir de son père "caché dans un espace sous le parquet de son appartement" selon l'expression admise et consacrée, pour survivre pendant la grande déportation, et donc :

vieilles boîtes en fer multipliées, vieux vêtements en tas, noir et blanc des photos pâlies, contrastées, collections infinies, bruit assourdissant du Grand Palais, grue, travail de mémoire, de lutte contre la mort, de mythologie, de mouvements du cœur, dérision de la vie en masse, survivre par enfermement des infinis moments détruits, mausolée, monument, dispersion des instants et des mots