lundi 11 janvier 2021

Linéaments.

 "On voit [dans la résurrection magique d'un mort] d'un sang caillé les flammes rallumées; L'artère avec le cœur reprend ses mouvements, le visage retourne à ses linéaments," nous rapporte Littré, le grand Littré, dans son dictionnaire, citant Georges Brébeuf, poète traducteur de la Pharsale de Lucain, publiée en 1658 après vingt ans de travail épuisant.

Si le linéament n'est réellement qu'un ensemble de lignes élémentaires et en conséquence une ébauche, pourquoi y ai-je vu toujours, une naissance, et par glissement de proximité une renaissance, une résurrection ? une réapparition ? Pourquoi l'ai-je vu toujours comme dans un film d'animation, l'apparition, trait par trait, miracle du dessin, magie du trait, forme naissante, éclosion, émergence, épiphanie ? plaisir d'y déchiffrer la naissance d'un corps, d'un être, d'un visage, d'une vie tirée de la page blanche, de la nappe d'eau, du tombeau, du néant.

Merci à vous Messieurs Littré et Brébeuf.

Rupture.

 Combien de ruptures ?

Etre l'être le plus constant sur un long long et même très long terme n'exclue pas une série de ruptures, dans les amitiés, les amours, le ou les métiers, les résidences, les pays, les intérêts, les habitudes, les choix, les vies. Tant de vies pourtant la même. On peut suivre un fil, une direction, garder une orientation et de temps à autre l'interrompre, aller voir ailleurs. Mais toujours la flèche indique le Nord.  Mais pour se dire constant il faut revenir au même objet. Mais surtout, à la longue s'apercevoir qu'on marchait toujours dans cette même direction avec une même tête et un même regard. Il faut reconnaître que tout change et rien ne change au fond du fond. Ainsi t'ai-je vue toujours, la plus grande fleur rouge.

Amoureux depuis bientôt soixante ans, nous (elle et moi) avons consacré plusieurs laps de temps aux ruptures, oui elle et moi. Fortes, violentes, faites d'éloignements géographiques, géophysiques, après séparations tremblantes, fracassantes. Terre qui rugit, autres planètes, fenêtres dans une vie qui aurait pu autrement être resserrée sur des rails, bâtie en séries, maisons accolées, monotone, fermée, refermée sur des garde-fous faciles et faux, guidée par le vieillissement sous le harnais du temps qui passe, consommée en emprunts à rembourser à long terme, longue voie. 

Hasard des humeurs, des séparations volontaires renforcées par celui des affectations, des attaches, des divergences, des retours et retrouvailles. Un tissu rapiécé, tissé, déplié dans son étendue, rides, ravages, moirures, rages, miroitantes zébrures, bagarres, retours sauvages, déroulé rétrospectif des plaies, dommages, blessures infligées, guerre des sexes inévitable, parade, force du lien. 

Douleur longue des ruptures quand on ne peut aimer, tout aimer en même temps.

Abandonner. Laisser Ariane au bord où elle fut.

Voguer sans se boucher les oreilles au chant des sirènes. Revenir à Ithaque après avoir fait plusieurs tours et franchi les colonnes d'Hercule.

Rompre avec les liens contractés. Les voir comme possibles morts, tués, morts nés.

Retourner mais renaître. 

Reconnaissance.

Rompre avec un côté du monde.

Choisir.


A écrire : Rupture, Linéaments, Poux, Esprits faux, Chienlit, Amours, Idiosyncrasie, Lourd.

 Dans le tamis de l'oubli beaucoup de mots passent au travers.

samedi 9 janvier 2021

(L')Architecte inconnu.

 Vous connaissez mon goût pour les maisons.

J'en ai habité et visité tellement que je m'étonne encore de n'avoir pas réussi, sans doute par excès de mobilité et d'incertitude, en tant d'années, à en faire construire, avec un ami architecte et un autre maçon, une selon mes rêves. Je sais très bien ce qu'elle aurait dû ou pu être. Bâtie sur un terrain avec vue, la mer au loin, cubique et refermée néanmoins sur une galerie avec fontaine jaillissante dans un patio carré. (J'ai eu à occuper très provisoirement des espaces qui s'approchaient de cet idéal, bien que trop traditionnels ou trop marqués par la modernité et sans cette vue mer au loin, indispensable, dans l'ère luso-hispano-latino-mauresque). 

Mais c'était une proposition un peu vague et grandiloquente pour juste y attirer quelques oiseaux.

Pourtant je suis heureux de n'avoir pas été moi-même architecte-bâtisseur, concrétiseur de songes, comme je suis heureux de n'avoir pas été peintre de fresques en anamorphoses  ou classé parmi les psychanalystes néo-lacaniens de la sixième exégèse du maître, voies que j'aurais pu envisager en rêveries éveillées à mes risques et périls, y compris d'y échouer totalement, de ne pas m'y retrouver, de m'y perdre dans l'inachevé, dans le balbutiement encore prometteur mais sans plus, au moment où tout s'est décidé si vite et sans aucun regret rétrospectivement, vers mes seize ou dix-sept ans et bientôt confirmé.

Psychanalyste patenté, encore eut-il fallu à cette époque-là être d'abord médecin et psychiatre, ce qui était au-dessus de mes forces vu mon goût relatif pour la biologie in vivo et mon premier rapport au peuple des vrais fous en stage accompli comme étudiant en HP, j'aurais, au bout du tunnel, véhiculé et projeté comme tant d'autres mes propres incroyables aliénations et acrobatiques déséquilibres sans pour autant être utile forcément aux autres, imposant sans doute avec l'autorité du sachant ou croyant savoir, doublé de l'expérience acquise sur des cas accumulés par centaines, mes dérangements partiels et propres délires désentravés.

Peintre, je n'aurais pas su atteindre à la force et à ce point où arrivent sur une surface toute plane trouée de pâte, d'aplats, de traits, de touches et parfois de simples éclats de lumière et rainures ou rayures, ceux qui nous contraignent ou nous invitent, après eux, dans leur fenêtre tendue, redressée, à voir le monde autrement.   

Je suis également heureux de n'avoir pas été architecte.

Parce que je trouve qu'il existe déjà suffisamment de constructions anciennes, harmonieuses ou audacieuses, occupant la terre, éventuellement à réhabiliter. D'autant que les réalisations contemporaines sont souvent indignes de boucher encore plus notre espace; sont ou platement orthogonales sans charme, suivant des modes de fabrication à la fois archaïques et stéréotypés, guidés par l'économie et la rapidité, profitant d'une main d'oeuvre sans qualification quand il s'agit de l'extension des villes et villages planifiée pour être livrée a des particuliers ou sont, quand les moyens peuvent être mis à disposition du concepteur, par exemple dans les bâtiments publics, à la fois ostentatoires et faussement fonctionnels, sans souci réel de l'environnement naturel ou urbain. Sans souci de leur probable et extrême pérennité dans le paysage.

C'est vrai, je vois trop le désastre du fer à béton hérissant nos campagnes.

Je n'ai donc contribué, ni indirectement, ni pour moi ni pour la collectivité, même au travers d'achats ou d'implantations immobilières rénovées ou à peine transformées ici ou là, à enkyster des verrues dans le panorama qui nous entoure, n'ayant finalement essentiellement participé, culturellement, ou surtout indirectement contribué, dans mon travail, qu'à la naissance d'oeuvres éphémères.

En revanche, je porte beaucoup d'attention à ces édifices dont on a le plus souvent (bien que leur intérêt soit en train de réapparaître) oublié l'architecte. Par exemple, ceux bâtis dans les périodes transitoires où l'art ingénieux des grandes fabriques pouvait encore être glorifié sous sa forme naissante et porteuse d'utopies, années d'euphorie art déco ou modernistes créatives, recherchés dans le moindre détail de structure, d'orientation, de matériau et d'ornement, qui s'intègrent à un quartier ou au contraire en sont la perle rare, jusque dans de petites cités aujourd'hui désindustrialisées.

Et puis comme je ne suis et ne veux en rien passer pour "philosophe" patenté ou non ( il est certain qu'en aucun cas ne peut l'être celui qui se fait ou laisse désigner ainsi) mais bien plutôt, tant que ça reste un luxe accessible, voudrais simplement tenter d'ausculter ce créneau délicat où ne saurait s'attarder le regard (cette brèche du mur qu'il faut distinguer au travers des surfaces enduites et lissées) . . . . . . mettre mon œil dans ces enfilades et alignements qui n'apparaissent qu'en certaines conjonctions . . . . . . .  j'appelle, serait-ce tout autre chose ? pas vraiment peut-être, si l'homme va jusqu'à se prendre pour un dieu avec majuscule qui s'est incarné en tant qu'homme . . .  Architecte inconnu (il pourrait nous rendre bien modestes en tant que bâtisseurs, s'il existe, si on en émet l'hypothèse, s'il est en définitive ou pas  inclus et emprisonné dans la matière, sa structure, sa forme, sa teneur, ordre et arrangement enfoui) cette intelligence parfaitement cohérente cachée au creux du monde visible et invisible, à peine apparente sous les couches accumulées, et toujours apparemment mathématique, même si aucune formule connue n'en rend compte parfaitement, parfois d'allure poétique (on se demandera toujours si c'est par construction antérieure, intentionnelle, ou par simple projection de nos critères esthétiques du moment que nous la percevons comme telle, modifiant chaque jour notre approche) ou indisciplinée, désordonnée, vitale, adaptative et biologique et quelquefois facétieuse (en décèlerions-nous surtout les coincidences peu probables, étonnantes, qui nous rappellent nos hésitations et explorations ?) qui sous-tend  le monde tel qu'il nous apparaît, y compris dans les compartiments et les extensions, fruit de l'histoire et des délires du plus étrange bipède bâtisseur.

mardi 5 janvier 2021

C de citerne de pleurs et lenteurs.

J'ai déjà raconté cette affaire tellement de fois ! 

Mais c'est le jour où jamais. En ce jour des champions de lenteur.

Il était une fois un pays latino à hauts risques à l'époque, régions et sites interdits, attentats, enlèvements, bombes et bombinettes. Sans oublier le risque tellurique intemporel et en plusieurs sens : imprévisible et peu conjoncturel, toujours là depuis des millénaires. C'était en principe ce risque-là, le dernier qui nous préoccupait et méritait un changement structurel et donc pérenne. Mais ça pouvait aussi servir en cas de troubles de toutes sortes qui ne manqueraient pas, vu le contexte lié aux événements de l'époque.

De fait, il s'agissait de construire une grande citerne capable d'abreuver en eau potable la communauté française encore assez importante dans la capitale malgré ces événements, en cas de regroupement nécessaire successivement à des troubles graves.

Nous en avions discuté collectivement et en avions bien sûr informé Paris qui nous laissait prendre sur place la décision la plus adéquate et devait nous fournir, le moment venu, les crédits indispensables à la réalisation de ce plan de sauvetage prévisionnel, 

comme s'il était évident que le manque d'eau allait être le problème majeur, fondamental et unique, eu égard à tous les autres, nourriture, communications, mobilier d'accueil, protection, etc . . . , (mais sans doute à Paris, précisément envisageait-on tout cela . . . et tout ce qu'il aurait aussi fallu rapidement mettre en oeuvre pour compléter, si on voulait être cohérent et complet, ce petit élément du problème que nous allions  soumettre aux autorités compétentes et diffuses en charge de nous faire appliquer etc . . . ), 

comme si les événements imprévisibles et subits allaient forcément nous laisser les moyens et le temps de ce regroupement, il faut bien l'admettre,

comme si les habitants du quartier où nous allions organiser ce regroupement et ce réservoir allaient se contenter de nous regarder boire à notre soif en relatif petit comité 

etc ?. . . quant aux imprévus à peine envisageables . . . (sans doute en haut lieu avait-on continué à méditer, hésiter et envisager tout cela et plus) . . .

sans parler  du choix du lieu, puisque nous avions plusieurs implantations dans la capitale, l'Ambassade, la Résidence de l'ambassadeur, toujours un bâtiment assez immense, les locaux annexes du Consulat, réduits, pas de centre culturel comme dans d'autres pays mais plusieurs implantations de l'Alliance française, avec d'assez vastes surfaces, salles de cours, deux petits théâtres servant aussi de salles de projection ou de réunion, trois salles d'expositions, bureaux, bibliothèques, cours asphaltées où on pouvait organiser des refuges ou des bivouacs, cafeteria, etc . . mais là, quant à nous, nous étions fermes et avions tranché.

L'ambassadeur n'étant pas contraint de recueillir en son domaine ni toute la misère du monde ni tous ses compatriotes, notre choix s'était porté sur le local principal de l'Alliance qui comportait, dans un quartier aéré, de vastes toits plats où on pouvait envisager d'installer déjà une grande citerne à condition de renforcer ce toit dans un local sinon vraiment historique, du moins assez ancien et dont certaines parties étaient en ' adobe', cette boue séchée qui se retrouvait jusque dans les constructions officielles depuis quelques siècles et même, si on tenait compte des premiers occupants, depuis des millénaires. . .

Le dossier détaillé, illustré, garanti par des ingénieurs en hydraulique et ossature de constructions, argumenté en raisonnements clairs, fut établi et envoyé au Département comme prévu.

A ma connaissance et si je suis bien informé, des années après, plusieurs décades, dans un pays où les risques, relativement mineurs, de ' temblores' et, qui peuvent être très graves, de ' terremotos' , n'ont pas disparu (depuis tout le monde se souvient de la catastrophe de la région de Pisco), on en est au même point de suspension des crédits et de non décision en haut lieu.

Comment en être étonné sachant que nous avons souvent, au pays du Minitel, vivant encore sur la réputation indexée mais un peu entamée de Pasteur, Eiffel et Cyrano de Bergerac, persisté à être les derniers à instituer l'usage du fax (le conseiller commercial venait à la délégation en cas d'urgence, n'en disposant pas à l'Ambassade) puis ensuite du téléphone cellulaire (que nos amis canadiens et américains maîtrisaient depuis des mois alors que nous communiquions assez mal, chacun avec avec un énormes talky walky toujours allumé, et qui captaient des entreprises commerciales au passage, en changeant de chaîne souvent désespérément) dans nos missions lointaines où on s'obstinait (sauf cas d'espèce remarquables de décisions prises souvent sans l'accord de Paris vue l'urgence et justifiées heureusement par le cours des événements, et alors là . . . double coup de chapeau) à expédier, en cryptographe et système de télex, des "dépêches" arrivant toujours trop tard après la lecture de la presse commerciale déposée tous les matins dans tous les bureaux de la centrale à Paris.

Les exemples ne manqueraient pas de cette exécrable tradition de lenteur en cas d'urgence, nos réservoirs de haute administration en sont remplis à ras bord, de quoi remplir une grande citerne de pleurs et jérémiades.



dimanche 3 janvier 2021

Petite Maison.

 C'était sur l'avenue qui n'avait pas changé de nom, une toute petite maison grise au toit à double pente formant accent circonflexe en façade entre deux bâtiments plus hauts aux enduits repeints de blanc. Ma mère et ma grand-mère, veuve de guerre, avaient vécu là avec ma future tante et mon oncle futur encore enfants. Quand je passais, rarement, et depuis mon départ de cette ville, encore beaucoup plus rarement, devant cette maison, j'évoquais chaque fois dans ma tête le jeune fils apprenti menuisier amené à travailler très jeune, en partie à son compte, suivant les traces de son père mort (il réalisa dans cette période pas mal de meubles à décor sculpté restés longtemps dans le patrimoine de la famille) et les deux sœurs aux parcours dissemblables. L'une devait devenir, avec son nez pointu et sa vivacité primesautière, couturière et l'autre, ma future mère, avec ses grands yeux et son écriture dessinée et appliquée, bonne élève, boursière puis normalienne, allait pouvoir être assise un temps sur le même banc que Georges Pompidou, qui donc un temps très court, peut-être parce que son père à lui était professeur dans cette école de jeunes filles, y avait suivi, exceptionnellement, un temps de transition et déménagements, quelques cours. Elle ne manquerait pas, plus tard, quand celui-ci fut devenu Président de la République de lui écrire un mot.

Ma grand-mère qui avait été cuisinière dans de bonnes et même très bonnes familles locales, continuait à coudre, quelquefois pour les autres et élevait sa couvée avec une autorité matriarcale. Mais ce que j'aurais aimé imaginer, alors que j'imaginais facilement l'odeur des soupes, macaronis au gratin et choux farcis de ma grand mère, elle mettait beaucoup de talent et de saveur au moindre plat, c'était le petit atelier de menuiserie de mon futur oncle, derrière la maison qui appartenait depuis longtemps à des inconnus et où je ne suis jamais entré, avec cette odeur de bois si particulière et bonne, moi qui étais si maladroit dans ces travaux manuels qu'on nous imposait les premières années du Lycée.

J'y suis repassé il y a peu, étonnement, elle est toujours grise et là, témoignant, à mes yeux au moins, beaucoup mieux qu'un marbre de tombe.

Mais le plus étonnant dans tout ça, ces souvenirs qui remontent en bulles, accrochés ou pas à des images rétiniennes ou photographiques, réellement vues ou transmises en minces pellicules et papiers jaunis, et ceci n'a aucun rapport, c'est que quelqu'un (sur bonobo.net) que je connais (c'est beaucoup dire, je ne le connais que très peu) à Angoulême, au même moment ou presque, était en train de parler lui aussi de la "petite maison" qu'occupait sa grand-mère après une autre guerre, la suivante. 

La cartographie de ces réminiscences sans plus de lien que les monades de Leibnitz, isolées et reliées par une étrange et exacte concomitance, serait difficile à établir, en épaisseur spatio-temporelle et plus si échanges numériques.

vendredi 1 janvier 2021

Vœux.

 Cette année est particulière, comme chaque année. Mais celle-ci est tout à fait particulière.

Je souhaite en un premier temps, en ce premier de janvier de deux mille vingt et un, comme suite à cette année de monstrueuse disgrace, maudire l'année écoulée, ce 2020, an foiré, an pourri, an nulé, an perdu en vaines polémiques et gesticulations pendant que disparaissaient, comme chaque année mais un peu plus, nettement plus, les faibles, déjà malades et fragilisés, les vieux au bout du rouleau, l'espoir de plein de gens et la chance d'arriver à survivre de plein d'autres et gigantesques populations déjà misérables, pendant que s'enrichissait sempiternellement une faible population de magnats sachant manier leur manne, pendant que se déployaient ferme les dominations spéculatives, économiquement accumulatives et redondantes et les stratégies politiques déjà dessinées et fermement orientées vers la guerre, l'invasion et le pillage.

Pendant que chacun vaquait à ses occupations, à ses préoccupations, à ses obsessions, soucieux de son seul bien, de sa survie, de sa peau et de sa pomme.

Donc cette année dont nous ne savons rien, pas de vœux.

Et d'ailleurs, à quand remonte cette coutume ?

 . . .  ce ridicule aveu d'impuissance et de s'en remettre par des vœux aux dieux cruels (assyriens, romains, pré-vikings ? jeu inventé par un poète argentin ?)  qui joueurs au casino olympique, sur des machines et tapis verts, s'amusent à parier sur les faibles mortels et leurs malheurs inévitables, et . . . eux qui, félins, pour prolonger leur jeu, prolongent, juste pour voir, la survie de l'espèce la plus absurdement déviée de sa nature animale pour tenter de les imiter, ces foutus dieux mutins ?

Non cette année, pas de vœux.

L'homme est (avec la femme ou la femme avec l'homme, ou ce qu'on voudra comme combinaison y compris la solitude) trop boursoufflé, révolté, excentré, exalté, trop absurde, trop compliqué dans ses humeurs, trop imprévisible et coutumier d'ornières, trop ambitieux et aveugle, pour être capable d'atteindre autrement qu'en rêve fou et oeuvre éphémère (non essentielle) un semblant de sérénité.

Pourtant, rien ne nous empêche d'y croire si vous voulez . . . et de jouer le jeu.