lundi 5 avril 2021

Lamelles.

 . . . . je me rends compte à quel point j'aime morceler, découper, structurer en labyrinthe

lamelles, fragments, éclats, bribes . . . 


si je n'y prends garde bientôt on va se perdre dans mon jardin avec toutes ces haies naturelles que je laisse pousser, que j'encourage dés que je vois un arbuste persistant sortir de la terre, un oiseau qui s'y niche en vitesse et disparaît; oui ne rien imposer à la terre au bout d'un an ou deux ou trois, elle rejette ce qui ne lui plait pas, qui a fleuri magnifiquement mais bientôt s'épuise, ici, en ce lieu de passage brutal  des orages monstres à la sècheresse, à la canicule, où on apprécie d'autant plus d'avoir des arbres et arbustes qui ne perdent pas leurs feuilles ou du moins les renouvellent sans cesse même en hiver malgré le sol si ingrat où les racines sont acculées à courir sur les cailloux et les dalles de pierre en se faisant la guerre, et ici dans cet hiver bleu, ébloui de soleil sous les branches, mais froid, venté, l'air propulsé glisse partout et gonfle les frondaisons, les voilures, les habits en montgolfière, besoin de cette végétation un peu naine, pas de grands arbres comme dans le Limousin, petits arbres tordus, capricieux, noueux,  fragile mais utile barrière du semper virens feuillage verni

et dans le texte c'est pareil, haies, tranches, échantillons coupés, fragments du temps qui change et friture des bulles, souvenirs hachurés, lacis, coupes grossies, éclairées, lamellisées, rendues transparentes sous l'œil microscope, expérimenter, fendre, creuser, ouvrir le reflet du ce qui fut qui fuit, ces moirures, ces boursoufflures, ces engelures, ses bubons, ses phagocytoses, ses grumeaux, . . . ces excroissances, ces aventures et tavelures 

Lundi de Pâques.

 Il fallait quand j'étais mioche aller pique-niquer avec une omelette;

chez les Polonais on s'aspergeait d'eau lustrale pour le lundi de Pâques. Chez nous pas besoin, y avait toujours quelques gouttes pour mouiller l'omelette, tombées du ciel instable.

Le pape a hier, quant à lui, déjà fait son travail Urbi et Orbi. Please, par pitié, prononcez le et latin comme un est français, sinon je sais bien que tout fout le camp . . . mais quand même ! faites pas comme cette journaliste d'au moins trente ans qui n'ayant pas fait de latin, c'est excusable, ce serait même un peu saugrenu aujourd'hui d'en faire . . . mais l'ayant entendu prononcer cette expression au moins chaque année depuis plus de vingt ans, vu son âge, disait "et" comme en français.

Mais ce n'est pas tout.

Le truc c'est que ça fonctionne vraiment, je me sens renaître, sensible aux rites païens, ça déménage, ça va être le grand charroi, le grand chambardement, on va mettre tout cul par dessus tête . . . (pour l'instant, parenthèse dans la parenthèse, douleurs de dos, d'épaule droite, allergie chaque année pire aux pollens, maux de tête encapuchonnée et yeux qui piquent, éternuements à l'infini, bon, tant que c'est que ça !).

Plus j'approche des quatre-vingts ans plus j'ai envie de changement, de renouveau.

Encore une fois changer, après on verra.

Irréaliste et ridicule, je sais.

N'allez pas croire que je ne le vois pas, mais n'allez pas me prendre pour ce que je ne suis pas. Oublieux, stupidement rêveur, un peu gâteux déjà avant l'âge, distrait en permanence, quelquefois présent mais souvent absent à un point ! mais irrémédiablement combatif, indifférent aux quolibets, toujours projeté dans l'avenir, même quand il est particulièrement incertain, tout cela rassurez-vous, je l'ai toujours été depuis mon jeune âge.

mercredi 31 mars 2021

Corse(s). (L'île et les)

 La première fois que partant de Marseille vers le soir sur le Napoléon Bonaparte, un immense vaisseau, nous avons quitté la splendeur de Marseille pour passer une nuit en mer et arriver au matin à Ajaccio, c'était encor plus beau. Les îles sanguinaires, la baie, les montagnes au loin, c'était divin.

Ensuite un petit village dans le sud où on nous avait prêté une partie d'une grande maison de famille en indivision, avec terrasse et treille au plein sud, en octobre, c'était idyllique.

Plongée avec les cormorans sur une plage presque vide où quand on rencontrait quelqu'un on se disait bonjour, c'était introuvable, inoubliable comme l'impressionnante falaise bout du monde de Bonifacio, la langueur des criques de Porto Vecchio, l'extraordinaire beauté des calanques rouges mystique de Piana. C'était un lieu proche et hors du monde, rêvé en vraie vie impossible aurat-on pu croire avant d'y avoir goûté.

Ayant toujours eu une prédilection pour l'exotisme de la végétation tropicale, pour l'éloignement de la triste et froide Europe, nous étions enfin comblés là où nous n'attendions plus rien de tel. D'autant qu'on avait pour nous des prévenances oubliées dans d'autre lieux touristiques, même en arrière saison. Le voisin d'en face nous saluait avec discrétion sans curiosité, la factrice sonnait à la porte quand elle apportait du courrier et m'avait déconseillé de faire une excursion seul dans un chaos rocheux en altitude où un ministre s'était perdu et avait dû être secouru en hélicoptère, elle avait même lu une carte postale de ma mère plus tout à fait jeune et me disait très gentiment de songer à l'appeler.

Déjà on parlait de Mafia et des risques de contagion avec les nationalismes, déjà il y avait eu dans le quotidien des affaires, des attentats, des incendies volontaires, des rançons exorbitantes de nouveaux habitants parachutés et c'est vrai que sur les petites routes de montagne où les panneaux de signalisation étaient troués par les tirs des chasseurs, il était prudent de laisser doubler à leurs risques et périls quelques autochtones impatients qui se seraient autrement énervés.

Mais j'étais personnellement assez séduit, encore plus que ma compagne, par ce peuple fier et inflexible, ayant le courage de savoir et de manifester ce qu'il voulait.

Un matin, le voisin qui nous disait bonjour mais sans engager la conversation, nous annonça que dans la nuit deux hommes bien connus ici avaient été tués de sang froid par un visiteur encapuchonné et entré calmement dans le bistrot du village et que cet homme ensuite était parti à pied sans se presser du côté du chemin du cimetière.

Aujourd'hui encore je n'arrive pas à considérer ce territoire comme totalement gangréné et ces gens restés au pays, non engagés dans la marine, la douane, la fonction publique, somme toute enracinés et très divers, pour la plupart atterrés, ou seulement apeurés, quelquefois complices, solidaires ou silencieux, le plus souvent chaleureux, comme anormalement archaïques ou criminels.


Ecololo.

Mais qu'est-ce qu'un écologiste ? 

C'est tout neuf, tout beau, tout nouveau. Le mouvement, si l'on exclue St François d'Assise, Thoreau et quelques actes et penseurs isolés dans l'océan du gaspillage des ressources, l'écologisme comme mouvement militant n'apparaît guère avant les années 60 du siècle dernier, une fois que l'on avait pris, après la guerre, le temps de jouir des avancées techniques incroyables, y compris les toutes dernières, du plastique bulle au micro-onde en passant par la pilule qui révolutionna un peu tard notre vie d'occidentaux.

Mais premier truc gênant c'est qu'on ne sait pas de quoi, de qui on parle, du savant chercheur écologiste, lui-même très controversé dans l'axe de ses recherches au champ infini et aux orientations multiples, ou du militant, sympathisant, élu ou activiste forcené anti-nucléaire ou libérateur d'animaux en cage.

Ensuite on pourrait facilement se laisser décourager par, du fait de l'extrême complexité du problème, tous les aspects amateurs, collecte de déchets bien rares et étrangement limitées, m'as tu vu, effet moutonnement et mode, pistes cyclables bidon, interrompues, décisions biaisées, compromis municipaux, achat sporadiques de véhicu . . .


. . . -les électriques par les institutions qui pourraient montrer la voie, oppositions non résolues entre théories contradictoires prônant la réduction de ou l'augmentation de l'aviation,  du nucléaire, du solaire, etc . . . le tout d'ailleurs reporté sine die . . . et applications parcellaires de bribes de tout ça parfaitement dérisoires quelle que soit votre croyance et votre choix.

Perso je le suis, presque en tous les sens, écololo, oui oui :

 j'apprends chaque jour des chercheurs, autant que je puisse suivre . . . et j'ai de la sympathie pour tous les forcenés, étant moi-même sur mon petit lopin de terre (faut bien commencer par soi-même) un étudiant permanent et un fanatique radical, anti-pesticide absolu et protecteur de la moindre vie (ou presque . . . même les moustiques j'arrive un peu à les supporter quand je travaille dehors et je les arrête à ma porte par des moustiquaires). Cependant, cependant, je suis un peu découragé au fond de ma vision des environnements qui nous attendent quand je vois tout ce qui ne va pas, la lenteur de l'humanité à bouger et même à comprendre, la réduction drastique et nécessaire de l'espace qui nous est imparti, même si la production augmente elle-même de façon exponentielle et si nous mangeons, après les algues, les fourmis débarrassées de leur acide, des beefsteaks clonés.

Mais surtout quand je vois la courbe démographique irrémédiable. Oui on peut discuter de la représentation graphique ici montrée mais peu importe, c'est simple et il ne s'agit que d'évaluations dont cependant la progressive explosion est une évidence : 5 millions d'hommes avant l'agriculture, 300 millions au début de l'ère chrétienne, un milliard en 1800, huit milliards bientôt, quand ? ça se discute, nous n'en sommes pas loin. Il pourrait même y avoir une baisse mondiale de la population au XXIIe siècle . . . mais en attendant ?

En attendant je chante Dutronc qui était déjà très en retard quand il chantait ça  :

"   700 millions de Chinois et moi et moi ! "




mardi 30 mars 2021

Personnages; Fiction; Bio.

Ce recueil d'articles est essentiellement autobiographique, fait de vécus, ressentis, pensés, il y a bien longtemps et jusqu'à aujourd'hui, maintenant, moment d'écriture entrecoupée, dans ma vie actuelle de vétéran retiré des scènes trépidantes, sans arrêt requis par les tâches matérielles d'entretien et restaurations de mon actuel logis, compendium reconstitué au jour le jour en direct, par morceaux volés aux nécessités et urgences du jour, sur cette toile, qui va jusqu'à remonter parfois aux temps des galoches aux semelles de bois et des blouses grise pour les écoliers, béret sur la tête, fronde et billes en poche.
Comme ayant pas mal bougé et longtemps j'ai eu beaucoup de vies et de réincarnations déjà, je suis bien obligé d'inventer des personnages divers pour réendosser diverses expériences, sans quoi, si je racontais toutes ces aventures disparates comme purement miennes . . .  on ne me croirait pas.
Et c'est vrai que j'ai connu aussi beaucoup de gens bizarres, pittoresques, extraordinaires, attachants, très différents de ce qu'aurait pu lui-même devenir, même en s'adaptant rudement aux circonstances, un petit Français né dans un village de moins de 400 habitants au territoire étendu et en partie vide, propulsé, à des milliers de kilomètres de là, d'un plateau venté où se pratiquait la polyculture et le multi-élevage vers Toulouse puis Paris et enfin d'énormes capitales surpeuplées du Tiers Monde.
La fiction est donc ici élément interne d'exposition de la bio. Tout est cependant, en définitive, en un sens projectif ou pas, et fortement, témoignage du pur vécu.

Où ?

 Vous êtes-vous interrogé ? Par où passe actuellement encore et est passée votre vie ?

A certains moments elle est passée par des pulsions, comprendre où je suis tombé, où suis-je et en suis-je dans mes pérégrinations, recherches, tentatives et passions ?  seuls les passionnés ont dépassé la routine, la survie, la quotidienneté, l'inutile persistance.

Un but, une oeuvre, une direction. même quand je ne sais pas ce que je cherche, ce que je cherche me fait mouvoir, m'emporte et je ne suis plus rien, alors il faut que je respire et revoie l'objectif, sans m'attarder à tous ces obstacles, à ces rugosités, hostilités, incompréhensions, silences polis.

Moi seul ne sais pas ce que je fais, les autres parfois ont compris où je vais et me le disent. Emporté je ne suis que le courant dans lequel je suis, sans lieu, sans place précise, qu'un emportement submergeant, total.

Par l'imagination, l'illusion tenace, l'imitation à ma façon, la prégnance de modèles, ou l'opposition, la détestation, la détermination par détestation, aussi et en même temps l'amour envahissant, l'asservissement au lien comme s'il était unique, introuvable, périssable, et parfois le sexe primordial, imposant sa force, sa racine, son emportement vital, la folie absurde de posséder ou d'investir, ou d'arriver à, ou d'être ce qu'on n'est ou n 'était pas, se ou aux autres prouver que, ou bien alors la survie parfois, quand plus rien n'a d'importance que de ne pas tomber plus bas, d'être englouti, bu, disparu, n'être plus, happé par le vertige du néant, un néant noir, un vide blanc, un lieu d'inexistence.

Serait-ce l'une des clés de ma recherche d'un lieu, d'un espace, d'un paysage, d'un enfermement, d'une forteresse, de murs solides, d'un lieu d'accueil, de réunion qui dit ce qu'on est, ouvertement,  mais peut-être, le cherchant toujours l'ai-je déjà trouvé, ce lieu pour m'établir et mourir.

dimanche 28 mars 2021

Possession.

 A force de chercher, je l'avais trouvé, presque. C'est vrai, depuis longtemps je suis obsédé, disons . . . . possédé par la recherche du mas idéal.

C'était le mas idéal, du moins j'ai pu le croire, un temps, occupé actuellement par des Norvégiens, des Suédois ou au moins des Scandinaves y vivant en intermittence, tantôt un drôle de couple de théâtreux reconvertis sur le tard dans l'animation de marionnettes à taille presque humaine derrière lesquelles, par un jeu de rideaux noirs et parfois en se glissant directement dans leur ombre, ils se cachaient, tantôt un peintre paysagiste essayant de ramener les panoramas qu'il choisissait, vues de villages sans mouvements, blottis dans les collines ou fermes presque abandonnées, à quelques aplats de couleur à la surface desquels on arrivait à distinguer avec beaucoup d'attention, la silhouette effacée, fantomatique, de minuscules souriceaux qui se tenaient debout en vacant à leurs occupations sur ce qui aurait pu être des tracteurs disparus, ou affairés à divers travaux champêtres dont ne subsistaient que les gestes et pas la matière, ni l'instrument, ni l'objet, enfin, surtout, le plus souvent copains de copains, figurants sans emploi, acteurs oubliés des metteurs en scène ou dessinateurs de caricatures déprimés qui défilaient là au fil des mois, touts frais payés par un mécène qui restait discret, et avaient fait, comme il y avait déjà eu deux morts suspectes qu'on appelait ce mas le mas "Derniers Mètres Jusqu'au Cimetière" ou en raccourci "derniers mètres".

Le mas lui-même avait le charme particulier d'un bâtiment de pierre assez vieux, une pierre placée en linteau au-dessus d'une porte mentionnait la date 1706 ou 1766 mais peut-être avait-elle été remployée et prise sur un autre édifice. L'intérieur avait été réaménagé avec une relative élégance en ouvrant discrètement à l'Est et à l'Ouest deux baies et en construisant à la place d'une partie du toit une grande terrasse donnant sur les Monts des Albères et au-delà sur le Pic du Canigou encore enneigé.

Ce qui aurait pu pour d'autres le gâcher et devenir un obstacle majeur à l'appropriation, était selon ma perception un charme de plus. Il tournait le dos à un cimetière assez grand, orné de multiples cyprès, bâti plus tard dans la vallée et longeait du côté d'une belle bibliothèque, le très grand parking qu'on avait jugé bon d'implanter au bout de la route pour accueillir les nombreux participants susceptibles d'accompagner à leur dernière demeure les notables du pays.

Il m'aurait spécialement convenu par sa taille relativement réduite, par son charme pittoresque dû aux pierres patinées, aux quelques éléments anciens incrustés spécialement dans les murs de la vieille cuisine et par la vue splendide et paisible qu'il offrait de sa terrasse. Je l'avais déjà nommé, venant du mas Dingue en garrigue nîmoise, si j'y avais déménagé tout mon barda et mes impedimenta, je l'aurais appelé le mas Zombie.

Curieusement, le sort peut-être mauvais de ces lieux s'est lié aux circonstances du moment contre moi, la propriétaire, après l'avoir mis en vente mais entre temps devenue veuvet dire, j souhaite le conserver pour continuer à en tirer des revenus et le louer épisodiquement à ces étrangers nordiques qui raffolent du lieu.