dimanche 25 décembre 2022

(Les six) Apocalypses.

 Je les avais placées au-dessus d'un placard.

Elles ne sont pas encore apparues. Pour l'instant il ne s'agit que de petites toiles tendues sur cadre, vendues et achetées je ne sais plus, chez LIDL ou ALDI, achetées par précaution, pour si un jour . . .

Il ne me reste plus qu'à chercher les thèmes pour en faire de futures illustrations de mon roman parcellaire interminable, avec la Grande Apocalypse, celle qui est déjà peinte avec sa sphère centrale inquiétante, à retoucher dans un bain plus nettement dramatique, de sel, de souffre et de sang.

Ensuite quand j'aurai les thèmes, il me faudra les peindre avec des pinceaux minuscules, et ça sera presque impossible tellement je suis maladroit, brouillon, peu précis au pinceau, mais plus obstiné tu meurs. En fait, il y a des années que j'y songe.

samedi 24 décembre 2022

Deux Chevaux (3e épisode).

 Promis, après c'est fini sans doute, plus d'histoire de Deuch.

En effet, il ya longtemps que je ne conduis pas de trépidante, pétaradante, dansante sur ses amortisseurs en balancelle, 2 CV tous les jours ni même en week end et je ne compte pas m'y remettre de si tôt, a priori.

Cette fois-là, donc . . . c'était, sans doute, la dernière. 

C'est une histoire vraie mais un peu compliquée, une histoire d'époque. 

C'était avec et pour une amie provisoirement et non officiellement recrutée comme traductrice à l'UNESCO, une Argentine réfugiée à Paris en cette époque de Colonels à la grecque ou à la brésilienne ou, plus tardivement, à la chilienne, une époque longue en Sudamérique, où on jetait encore les opposants au large dans l'océan du haut des avions militaires après les avoir torturés et où des forces spéciales agissant à l'étranger au travers des ambassades, pouvaient encore poursuivre ceux qui avaient réussi à fuir. 

(Parenthèse, je sais bien que ces pratiques qui ont fait le tour du monde ne sont pas révolues.)

Elle devait traduire un article que j'avais écrit et devait le remettre en mains propres à un des responsables de la publication dans laquelle il devait paraître. Mais dans une vie mouvementée, pour elle surtout, enfuie de son pays mais y ayant laissé amis et proches, tout cela avait pris du retard et il fallait porter le texte en Normandie pour le remettre à ce directeur de rédaction qui y passait quelques jours de congés dans sa chaumière. 

De mon côté, je ne voulais pas aller là-bas, après tout ce n'était pas essentiel, personne n'allait en souffrir si cet article ne sortait jamais, et j'avais un emploi du temps à Paris déjà surchargé pour d'autres taches qui allaient être négligées. Je continuais à résister mais, finalement, avec son insistance de femme habituée à tout arracher en combat contre la fatalité, elle me força la main. Elle voulant à tout prix que je conduise "sa" 2 CV qui stationnait illégalement à Paris au bout d'une impasse peu fréquentée, avec la plaque étrangère du propriétaire auquel elle l'avait empruntée pour quelques jours pendant qu'il était en mission ailleurs. Rendue prudente par sa vie de militante recherchée, je crois qu'elle voulait surtout sortir de la capitale incognito et ne pas risquer d'être, accident ou hasard, repérée au volant d'une voiture ne lui appartenant pas, ce qui l'aurait en premier lieu signalée à son ambassade. 

Tout ça ne serait guère envisageable aujourd'hui . . . mais dans ces années-là ça avait marché. La voiture était toujours là, pas à la fourrière, sans un PV sur le pare-brise; peut-être en partie grâce à la protection de cette plaque d'immatriculation compliquant et filtrant l'application des mesures pourtant  radicales de la police de la capitale.

Donc, nous partîmes et rencontrâmes des gens très sympas et leur apportâmes et ouvrîmes pour eux les huitres que nous avions trouvées directement chez un producteur, dans un petit port côtier juste avant d'arriver chez eux, en repas convivial.

Mais juste avant le retour déjà un peu retardé par le plaisir que nous avions eu à prolonger le fait d'être ensemble, retour prévu avant le week end pour éviter les embouteillages, nous tombons en panne, garagiste, nouveau retard, et nous voilà emportés comme tout le monde, moteur remis en route, révision rapide faite, vers un retour à Paris en cette fin de week end suivi de jour férié, dans un des flots de véhicules dont les voies d'accès à la capitale ont sinon le monopole du moins le charme récurrent, flot tellement chargé, que l'engorgement des routes et tronçons d'autoroutes nous avait finalement bloqués, et tout le monde s'était arrêté au bord de la route et nous commencions à parler entre inconnus à raconter des bribes de nos vies disparates et même à nous faire gouter les sandwiches, les boissons et les encas que nous avions emportés. Il y avait je m'en souviens encore quelqu'un qui avait du pain de miche et un saucisson sec à point et savoureux comme on serait bien en peine d'en trouver un aujourd'hui.

Elle me dit, et je la crus sur parole car elle fréquentait de temps à autre avec d'autres exilés le même bistrot que lui dans le quartier de la Bastille, ce qui serait sans doute aujourd'hui encore plus inimaginable que de garer, gratuitement et illégalement à un endroit interdit, sa voiture à Paris : 

- Tu as lu, il nous l'a racontée avant de l'écrire ou après je ne sais plus (et non je crois que je n'avais pas encore lu ou fini de lire le recueil "Tous les Feux, le Feu") cette nouvelle de Cortázar où il raconte un embouteillage monstre sur autoroute qui brise la solitude et le quotidien de chacun dans sa petite auto, mais juste un temps hors du temps.

Romantisme.

 Quel mot dévalué !

C'est le cas de tous, ne parlons pas du mot "surréaliste", quand j'entends "c'est surréaliste" mon sang ne fait qu'un tour, heureusement pour moi, nous ne sommes plus à l'époque des duels, aussi agressif et agile sois-je, j'aurais bien eu cent fois l'occasion d'un trépas maladroit sans victoire et sans gloire.

Mais revenons au romantisme qui fut un mouvement de rejet de toutes les règles, inculquant aux poètes et dramaturges le retournement des mièvres et hypocrites valeurs anciennes, la fascination derrière le réel oblitéré, déguisé, effacé, derrière la bienséance, celle du mal, du faux, du laid, de l'horreur, de la ruine, de la dégradation, de la mort, la beauté obscène du crime ou la délectation des mystérieuses et obscures origines de notre jouissance et de notre histoire profonde, qui ouvrit la porte aux plongée freudiennes et qu'aucune musique déjantée d'aujourd'hui ne saurait renier,

comment, par quel retournement linguistique bêta max, a-t-il pu devenir synonyme de ce qui est supposé au moins en surface animé d'un sourire doux, rêveur, sentimental ?

Mais . . . peut-être n'y a-t-il pas contradiction absolue . . .

Notre société n'avance-t-elle pas, sous le masque de visages amènes, accueillants, compréhensifs, indulgents, sous l'angle de la coparticipation, d'une empathie bien naturelle à la race humaine, de mots témoignant de l'attention à l'autre, de voix de miel, des solutions de plus en plus excluantes, radicales, cruelles ?

Plus je vois d'actes de charité et de bons sentiments étalés plus je sais qu'ils recouvrent les agissements d'un système condescendant parce qu'écrasant sans scrupules les masses misérables et finalement la majeure partie de l'humanité.

Deux chevaux (suite I)

 Je crois que c'était avant, un peu avant - car avant cet accident qui n'était de mon fait que comme moniteur bénévole - j'avais justement la réputation, mais ce n'était que relatif, d'être un assez bon chauffeur déjà chevronné et tout type de volant, j'avais eu cet incident avec une amie apprentie psychologue qui m'avait fait conduire, elle disait ne pas aimer conduire, son vieux trast, heureusement sur un assez court trajet, son char, une vieille 2 CV peut-être accidentée et de toutes façons mal entretenue et restaurée "qui tirait à gauche" comme elle avait dit pour me prévenir. Ben oui, elle tirait tellement à gauche que j'avais, bien sans le vouloir, mordu la ligne jaune continue dans un tournant surveillé par deux motards qui venaient de s'y mettre aux aguets dont l'un qui sans quitter son casque souleva ses lunettes pour me dire quand il m'eut fait signe de me garer sur le bas-côté :

- Vos papiers, j'espère que vous êtes en règle.

Je lui présentais mon permis à trois volets roses que j'avais obtenu un peu par chance, quand on débute même avec un peu d'expérience on est assez pataud, en manœuvrant, j'en étais rétrospectivement fier, dans un quartier animé de Toulouse où l'examinateur m'avait fait faire sadiquement, m'ayant prévenu de m'arrêter un peu tard, une assez longue marche arrière pour me garer. 

- Profession ?

- Elève-professeur.

-  . . . .

- Etudiant ? finit-il par articuler après s'être creusé la tête pour ramener mon cas à une case connue.

- Oui, j'essayais d'expliquer simplement, je suis en apprentissage pour devenir professeur après un concours. 

C'est alors qu'il me déclara que c'était précisément ce que son fils souhaitait faire. Je lui proposais de lui donner des conseils et éventuellement même de l'aider. Tout plutôt que de le voir s'intéresser à l'état de la voiture. Ma copine me donnait de petits coups dans les mollets, usant de sa chaussure excessivement pointue. Sans doute pour que j'abrège la conversation et que nous repartions au plus vite.

C'est à ce moment là qu'apparut un véhicule écarlate, trapu et collé à la route, qui débordait largement sur le milieu de la chaussée et dont le conducteur, au lieu d'obtempérer aux signes des policiers, voyant la scène que nous formions, s'éclipsa dans une accélération vrombissante et quelque peu insultante. 

Je n'ai jamais vu un motard démarrer ainsi, l'ai-je rêvé plus tard dans d'autres circonstances ? il me semble que celui des deux qui ne s'occupait pas de moi, fit partir sa moto toute droite et seule sans cavalier, comment cette manœuvre était-elle posible ? je n'y connais rien en moto . . . et dans l'élan, sauta dessus comme sur une monture vivante avant de faire encore un véritable bond de cascade par dessus le talus qui bordait la route pour entamer sa poursuite, bientôt suivi par son comparse qui nous abandonna.

Ainsi grâce au chauffard à bolide, avions-nous sans doute évité l'immobilisation et la réquisition du véhicule dont l'inspection allait révéler la direction faussée, les feux hors d'état et les pneus usés jusqu'à la corde. Toute ma vie depuis je me suis défié des psy, et surtout de leur rendre service, motorisés ou pas.



mercredi 21 décembre 2022

Inondations.

 Tout à coup je m'interroge. 

Si Léon Ménard dans son ouvrage sur l'Histoire de Nîmes, terminé en 1758 calcule que depuis 1399 jusqu' à lui, il y a eu 7 inondations catastrophiques à Nîmes, soit une tous les 50 ans, on peut se demander pourquoi il a fallu attendre la dernière très grande, celle de 1988, pour que peu à peu et pas immédiatement, les édiles locaux se décident à agrandir considérablement les "caderaux" souterrains, ces rivières sèches creusées naturellement puis canalisées - de cadere en latin : tomber - au cours des siècles pour recueillir l'eau tombée du ciel en très grande abondance, comme toute une année à Paris, ici parfois en 24 heures.

Deux chevaux.

 J'ai un rapport spécial aux deus chevaux, les voitures mythiques, outre le fait que je dis maintenant : vieillir c'est comme être jeune et conduire une vieille 2CV accidentée, ça tire un peu à hu et à dia mais faut faire avec. La direction déjà dure et les vitesses à passer, faut carrément tirer dessus, ça résiste. Gare aux sorties de route.

La première deux chevaux que j'ai eue qui se balançait sur une longue route de campagne pour aller voir ma mie en week end, chez ses parents alors que toute la semaine nous étions déjà ensemble, fonctionnait très bien mais la route à cette allure était un peu longue. Nous l'avons pliée cette première chignole que nous avons eue (peu de temps) en pleine nature et aurions pu y passer, moi surtout.

Voici comment. Ma mie ne savait pas du tout conduire, moi j'avais commencé avec mon père très tôt, traversant des villages déserts heureusement sans trop ralentir ni savoir comment rétrograder. Elle ne savait rien et hardiment nous lancions, elle au volant sur des routes vides mais un peu tortueuses de sa contrée vallonée quand elle rentrait de ses études chez ses parents chez lesquels je venais la voir et où nous n'étions pas sensés nous livrer à des leçons d'inconduite. En haut d'une petite colline, il y eut un tournant un peu brusque qui nous conduisit au-dessus du vide mais où des noisetiers nous empêchèrent de tomber tout à fait, nous avions peur de sortir du véhicule et de le faire totalement basculer, elle au volant, moi du côté du vide mais penché trop tard sur le volant pour essayer de corriger, beaucoup trop tard la trajectoire, ayant pris le rétroviseur et son son axe-support dans l'arcade sourcilière et le front et saignant comme un bœuf à l'abattoir.

Ainsi mon futur beau-père put-il me ramener à mes parents affolés, le crane enturbanné comme un grand blessé de ma première guerre d'amour.

(à suivre . . .)


mardi 20 décembre 2022

Rideau rouge (le).

 Il a flotté quelques temps place St Sernin à Toulouse, face à l'énorme  basilique, tout en haut de cette haute maison de briques derrière une petite fenêtre devant laquelle, après avoir habité un temps de l'autre côté de la Garonne, ce qui m'obligeait à courir sur le Pont neuf bicolore tout rouge et blanc pour ne pas arriver trop tard à la Fac de droits et de lettres, je restais ébahi d'avoir pour un prix modique de chambre de bonne, cette vue sur l'élégante tour octogonale et j'étais, c'était incroyable, si proche de la rue des Lois où avaient encore pignon sur rue la plupart des disciplines littéraires et sciences humaines, que ça me permettait, après m'être couché très tard, de me lever très tard encore et d'arriver encore en retard mais tranquillement. Même pour un exposé sur l'origine du féminisme que j'avais choisi en sociologie et que j'avais organisé en me servant presque exclusivement d'Olympe de Gouges née à Montauban, courtisane et militante des droits humains qui combattit autant contre l'esclavage que pour l'égalité des femmes et qui affirmait face à Robespierre ou Marat " Le sang même des coupables, versé avec cruauté et profusion, souille éternellement les révolutions"  peu avant de verser le sien sur l'échafaud.

Ce rideau permettait à mes copains/pines de savoir si j'étais éveillé ou pas, selon qu'il était tiré ou pas, et de monter éventuellement me voir après ou avant les cours, ou pas. Il y avait toujours quelque chose à boire dans ma thurne, au moins du jus de pomme dont je buvais des litres.

Il est vrai que j'étais plus noctambule que diurne en ces temps-là, de réunions en cinémas, de manifestations en déambulations et autres "dérives" où nous n'en finissions pas de débattre et discuter nos projets d'avenir et ceux que nous prêtions au monde à naître, nous n'en doutions pas. Quand j'étais absent de mon dernier étage, je n'étais pas forcément en train d'écouter une conférence ou un cours ni studieusement en train de me chauffer à la bibliothèque universitaire toute proche. Après les classes prépas, les quelques cours suivis en Fac me paraissaient bien fades. Les profs y répétaient avec de moins en moins de conviction ce qu'ils avaient cru trouver dans leurs recherches d'antan déjà consignées dans leur thèse qu'il suffisait d'aller un peu feuilleter et qui avaient été souvent commentées ou, sortant de là, se bornaient timidement didactiques à quelques tableaux d'ensembles qu'on trouvait presque aussi détaillés ou identiques dans de vieux ouvrages généraux chez les bouquinistes.

J'avais donc organisé une vie libre et parallèle à celle qu'aurait dû me dicter mes devoirs d'étudiant appliqué. Une année entière de psychologie à étudier les mœurs de l'épinoche, un poisson moche et peu passionnant, qu'on me comprenne, face aux richesses de la vraie vie humaine que je commençais à peine à découvrir au sortir d'années de bûchage et d'internat, ça ne pouvait pas résister longtemps.

Ainsi, déjà sans sortir de ma chambre où ne trônaient ni cours polycopiés, ni fières étagères de livres universitaires au programme, on pouvait se faire une idée de mon émancipation des milieux scolaires et universitaires.

Ma chambre était entièrement recouverte sur tous ses murs d'images du monde arrachées à des revues, hommes politiques vociférant, troupes en mouvement, manifestations de rue, images de grèves, peintures rupestres, fresques, destructions au bull de banlieues pourries, ce qui créait alors qu'elle n'était éclairée que par une sorte d'assez petite lucarne, celle du rideau rouge, une impression de caverne qui pouvait en effrayer certains mais pas ma voisine qui rapidement est devenue, alors qu'ayant des horaires totalement différents et jusque là plus sages, elle ne m'avait jamais vu apparaître, le jour où un peu par hasard, elle est entré pour me demander un service, pour devenir à jamais la dulcinée du Don Quichotte que j'étais.