une affaire (tentative tardive) de mise en ordre décousue des occasions saisies ou perdues à mille entrées (va y avoir du boulot pour vous et pour moi)
dimanche 26 mai 2024
samedi 25 mai 2024
E (de j'ai reçu un message) de l'Espace.
. . . . ça n'était pas si étonnant mais je ne m'y attendais pas.
Vous vous souvenez si vous suivez aussi une partie (une partie seulement) de mes aventures (je ne suis pas scindé en plusieurs c'est toujours moi) sur MARSAM : marsam.graphics, qui est une revue numérique à laquelle vous n'êtes peut-être pas abonnés et au sein de la quelle je ne devrais pas figurer n'étant ni dessinateur ni spécialiste historien ou critique de Bande Dessinée, seulement en l'occurrence, feuilletoniste invité.
Vous vous souvenez peut-être du fait qu'après bien des péripéties aventureuses et après avoir lu une petite annonce, j'avais aspiré à occuper sur l' ISS, la station spatiale internationale qui tourne autour de la terre pour recueillir des données scientifiques en particulier sur le comportement humain en apesanteur dans un satellite . . . et peut-être aussi d'autres données plus lointaines . . .
. . . . . un poste de factotum.
Voilà: chance ? hasard ? coïncidence calculée ? je vous annonce donc que à peine rentré au Mas dingue . . . . . . me parvient aussitôt ce message dont je donnerai bientôt ici ou ailleurs la formulation.
Etrange . . . . . . . enfin . . . pas tant que ça !
Théorie du Grand Cèdre.
Il y a des années que je les observe ces oiseaux-là se poser sur le grand cèdre.
Il est clair que sa cime est tellement convoitée que le rameau terminal, celui qui surplombe nettement le jardin et tous les arbres loin alentour, chênes verts, figuiers, amandiers, palmiers phénix ou des canaries, oliviers rustiques, pins et même cyprès, en est dénudé d'aiguilles, inclinée et a déjà été cassée à plusieurs reprises. Certains oiseaux telle la fauvette, par prudence et goût relatif du bonheur secret préfèrent chanter à l'abri du feuillage et évitent les sommets trop exposés, d'autres adorent y plastronner avant d'y crier et chanter à tue tête.
Tels les merles, pies, pigeons, tourterelles, rouge queues à front blanc, huppe fasciée, étourneaux.
Ils adorent surtout quand ils sont un peu plus corpulents, survoler l'utilisateur du moment et lui tomber sur le poil ou du moins lui voler dans les plumes pour prendre sa place.
Qui ne penserait que la propriété c'est le vol ?
Qui ne douterait que la nature humaine contrairement à celle des oiseaux est ou au moins fut, à l'origine des temps historiques, originellement bonne ?
jeudi 16 mai 2024
R de Reparti. B de Borne.
De retour d'échappée où je ne dirai pas que j'ai un peu oublié le monde, au contraire, me voilà reparti.
Oh pour peu de temps mais à nouveau.
Du fond de mon jardin où n'a pas disparue . . . . la . . . BORNE.
Borne plus que jamais de nouveau enfouie, occultée par un entrelac de genêts, ronces, graminées, re-départs de troncs coupés, repousses de feuilles vert tendre de lauriers, vert gris-bleu des feuilles dentelées des petites ou grandes acanthes, pousses de fougères et lierres jaillies, serpentant dressées dans l'humidité. Bien malin qui saurait qu'elle est là, tapie, inamovible, plantée en terre, pierre tombale à secrets enfouis, lourde de son acier à peine oxydé, peinture superficielle raclée, fausse et artificielle, tronquée, trop géométrique pierre levée d'un autre temps, sans avoir déjà défriché cette jungle minuscule et vivace.
Reparti quand je m'approche de ce poteau trapu et si lourd, loin et surplombant la terre, réfugié dans une trajectoire monotone, faisant apparaître sans arrêt nuits et levers du jour, perdu hors temps, calendrier artificiel, en apesanteur flottant et souvent intubé au milieu d'une équipe de savants dont je ne comprends pas les langues ni les calculs ni les injonctions quand survient une nécessité d'adaptation urgente et qui parfois, malgré leur grande patience me font des signes désespérés.
dimanche 21 avril 2024
F de Fiction.
Drôle d'affaire que la fiction.
Fable de toute vérité conquise.
On ne peut qu'imagine le réel.
Ainsi dites-vous bien qu'ici nul souci de rapporter le vrai. Impossible. Tout est reconstruit et jusqu'à être remonté et décapé d'oxydation de chaînes de souvenirs, tiré(e)s de puits si profonds ! pouvant aller quand j'avais quatre ans, ( exemple blason historique : les maquisards des FFI entrant dans le village, drapeau bleu blanc rouge et voiture marqués en noir de grandes initiales des Forces Françaises Intérieures lors de la Libération, image vue et vécue de la fenêtre où je me tenais debout sur un tabouret soutenu par mes parents) jusqu'à ces premiers souvenirs, enfouis sous les couches intermédiaires de soixante-dix-neuf ou quatre-vingts ans bientôt.
Commentaire implicite : je ne peux qu'avoir vécu ça, ce jour mémorable, le souvenir est profond au sens où il m'a si fortement marqué que j'en vois bien encore les couleurs et la lumière, mais aussi je sais qu'il fut maintes fois raconté, remémoré, réactivé dans le roman familial. Il ressemble sans doute à ces visages reconstitués "par artistes" à partir de crânes retrouvés et nettoyés par les archéologues préhistoriens.
vendredi 15 mars 2024
VST. Exceptionnel triangle.
C'est curieux que personne n'y ait pensé.
V, S et T forment le triangle Nîmes, Rodez, Barcelone. On peut si on veut y ajouter Sète pour en faire un losange ou un cerf-volant.
Ce triangle, en peinture, c'est celui des illuminés repoussés, créateurs inspirés par les formes élémentaires, les matériaux pauvres, le monde dévasté, champ de batailles obstinées, producteurs d'oeuvres qu'un certain public souhaiterait "mettre à la décharge".
Le monde de Viallat, son empreinte, sa marque banale et impossible à confondre, éponge mille fois reproduite, chargée d'arcs en ciels modestes et jamais répétée, seul survivant de ces géants solitaires, né non loin de et vivant à Nîmes, de l'immortel et colossal Soulages ayant travaillé son regard scrutateur à Rodez et un peu sur l'île-montagne de Sète pour y changer de lumière pour en descendre et fendre la mer de ses bras puissants, mort à Nîmes, de Tapiès homme des cités et espoirs dévastés, de lacérations, entailles, griffures, sur fond de poussière et de sable, enraciné, aujourd'hui plus que jamais par sa fondation, dans Barcelone, capitale blessée.
Dans cette portion du Grand Sud méditerranéen où toute une séquence d'histoire de la peinture s'est déroulée, traversée par Courbet, Matisse, Derain, Picasso ou bien sûr Dali, loin de Paris, loin de côtes devenues plus riches, plus bleues, fréquentées plus tard et promises à la surexposition cosmo-commercialo-médiatique, ils font figure, encore souvent décriés, de lumière et de gloire isolées, universellement reconnus et peu prophètes en leur pays.
samedi 2 mars 2024
L (de ces lieux)
Celui qui revient le plus souvent dans mes rêves.
La première maison de Rio. Ou au moins un morceau.
Nous ne sommes restés au Brésil que deux ans mais c'était notre premier long séjour à l'étranger, le plus marquant peut-être pour nous, un séjour d'explosion des sens, ça commençait mal pourtant.
D'ailleurs mon prédécesseur qui venait pourtant de Bombay où il était en mission précédemment, n'avait pas tenu le choc. Il avait décidé, écrasé par ce retour à la misère, à la crasse, à la chaleur suffocante, d'abandonner son poste, de rentrer en France à ses frais au bout d'à peine quelques semaines.
On nous avait indiqué un hôtel propre et pas cher situé sur une belle place assez proche de mon lieu de travail, mais qui sentait le désinfectant frais répandu tous les jours (accueil fatal pour nous, néophytes des tropiques, d'autant que nous venions de voir "Mort à Venise" à Paris, quelques jours avant de prendre l'avion) et ensuite dans une rue proche qui avait compté des demeures bourgeoises, dont celle occupée par Paul Claudel, ambassadeur de France ici durant la fin de la guerre 14-18, un appartement exigu, bruyant, malcommode comme accès et communication des deux pièces, mais que nous avions du adopter un temps pour les mêmes raisons de commodité des déplacements à pieds dans cette énorme ville. Ce quartier central était, par ailleurs pourrait-on dire, s'il était permis de faire abstraction des hommes et des femmes le peuplant à certaines heures, une vraie cour des miracles. Mendiants vêtus de loques, estropiés rampant au sol sur des patins bricolés faute de fauteuils ou de béquilles, aveugles les yeux crevés de plaies, visages patibulaires de passants pressés traversant en diagonale l'espace (j'ai pris à la suite de ce type d'expérience l'habitude de prendre cet air de tueur à gage quand je traverse une zone urbaine à risques). Puis nous avons eu la chance.
Assez rapidement, par cooptation, nous avons pu prendre la place d'un attaché d'ambassade qui lui, désolé qu'il était, devait rejoindre son poste à Brasilia. C'était au moment du grand charroi des meubles et personnels des dernières administrations et services annexes jusque là récalcitrants à ce chambardement et à cet exil (députés, sénateurs, diplomates étant les derniers évacués de la Superbe Rio devenue ex capitale).
Nous avons donc par privilège de recommandation, habité plus de neuf mois le rez de chaussée surélevé et le premier étage de cette très grande maison familiale haute de cinq étages. Elle était l'unique survivante de l'urbanisation massive. J'ai vérifié, elle est encore là, dressée, aujourd'hui, entourée d'étouffants buildings et surplombée par une favelle, plus que jamais menacée avec cependant l'avantage d'être à deux pas de la mer.
Cet appartement duplex était trop grand pour nous et trop cher en loyer dans ce Rio super Côte d'Azur où j'avais un salaire plus important qu'en France avec la prime d'éloignement mais où nous étions, tous comptes faits, assez pauvres. Parenthèse, par la suite, quand je serais entré au circuit des postes diplomatiques, on me proposerait sans rire d'être attaché culturel à San Francisco où le titre qui n'attirait plus grand monde bien qu'apparemment enviable et mirobolant offrait un gain inférieur à celui des éboueurs locaux
Nous avons cependant, entre temps et dans un contexte encore d'euphorie, ce départ avait été vécu comme une aubaine inattendue, cédé à la tentation d'occuper ce lieu.
Bien nous en a pris. Il faut dire c'était un logement unique bien que sans grand confort.
La maison avait été construite par un ancien fabriquant de fenêtres d'aluminium qui y logeait, par tranches d'âge, y régnant encore et s'étant réservé le haut agrémenté d'une immense terrasse, étage par étage, toute sa descendance. Nous n'y occupions, simples très provisoires locataires, pièces rapportées à la famille hiérarchisé, et il se trouvait justement que nous y étions inclus par là, au moins dans la superposition de générations, les plus jeunes, que le bas.
Le bas du bas n'était pas super-agréable et manquait un peu de lumière malgré ses belles grilles et sa vue sur jardin en contre-bas mais l'entrée était spacieuse et menait par un superbe escalier de marbre tout droit à un étage qui avait été le grand salon de réception et de musique de la maison avant d'être réaménagé et loué à des étrangers pouvant garantir un paiement en dollars. Entre autres bizarreries l'espace contenait un bas-relief de Diane chasseresse accroché à la rampe protégeant la cage d'escalier et, sur le mur du fond du grand salon, face à cet escalier, une petite lumière ronde et incandescente s'allumait quand l'un des occupants très légitime héritier supérieur utilisait l'ascenseur qui ne s'arrêtait pas, ou plus, chez nous, gens d'en bas.
Finalement nous avons vécu là peu de temps mais comme des princes, recevant nos nouveaux amis français et brésiliens qui s'extasiaient sur l'escalier à balustrades nobles, sur les colonnes supportant l'ensemble du bâtiment, sur la Diane chasseresse de plâtre, sur la vue que nous avions du petit jardin tropical avec ses deux palmiers voisins des colonnes, faisant face au fond de la rue Anchieta, sur les gigantesques rochers qui sous la favelle et aux approches du Pain de Sucre, se transformaient en spectaculaire cascade les jours de pluie, sur la proximité de la petite plage du Leme assez tranquille où nous posions souvent nos serviettes pendant le bain, ayant garde de ne pas y laisser traîner, à côté, de vêtements ou chaussures trop neufs.
C'est là en mangeant la feijoada maison que nous osions faire, en buvant force caipirinha, que, grâce à la prof de dessin du Lycée français qui était devenue une copine et qui nous avait introduits, nous avons connu une bonne fraction de la jeune garde montante des plasticiens de Rio de l'époque, dont le graveur Eduardo Cruz venu du Sud qui dessinait des gauchos, ces cow-boys qui jouxtent l'Uruguay ou le très turbulant inventeur d'une planète où sont relégués les gens très riches et très laids, Fernado Duval, dont je vous parlerai un jour.