mercredi 30 août 2023

Tout est parti de là (troisième fournée).

Bon, donc il faut bien que j'y vienne.

Outre les traumatismes de bonheur et d'orgueil, être reçu premier à un concours par exemple, alors qu'on n'en a même pas rêvé, et qu'on ne s'y est préparé que très indirectement, il y a eu ces moments de chute.

A Rio dans l'histoire que j'ai racontée, ce parcours dans une énorme ville après l'apocalypse, tout se terminait par le refus d'honorer une promesse. Mon thème de recherche d'abord reçu avec un certain enthousiasme comme matière qui pouvait donner lieu à un cours et à un travail d'approfondissement durant au moins un trimestre, un peu hardi, téméraire même, mais intellectuellement recevable, qui consistait à suggérer une comparaison de l'architecture de Brasilía avec celle de divers régimes "autoritaires", communistes ou fascistes en particulier, m'avait grillé auprès d'une partie des membres du jury implantés dans cette institution, évidemment, par nécessité vitale, trop prudents pour ouvrir la porte à une ouverture critique. A la suite de cette déconvenue, faisant elle-même suite au parcours de la ville vidée de sa substance humaine, j'ai vu le Brésil tout entier autrement. Ce pays époustouflant, géant gonflé de vie, bien que courbé sous un régime dictatorial, devenait  en ouvrant bien les yeux, surtout un lieu affligeant de misère, prisonnier de traditions coloniales qui le saignaient à blanc.

De même que plus tard, après une nuit de chaleur et d'insomnie, ouvrant la fenêtre de ma chambre d'hôtel donnant sur une rue gorgée de piétons et de mototaxis, voyant cette foule misérable rongée de la tête aux pieds par les pluies diluviennes et leur cortège de calamités, je m'interrogeais sur l'urgence qu'il pouvait y avoir, malgré la bénédiction des autorités locales, à ouvrir une nouvelle Alliance française dans l'ancienne maison Eiffel importée pièces à pièces de France du temps de la prospérité fondée sur le caoutchouc à Iquitos. en Amazonie péruvienne alors que je me battais depuis des mois pour y arriver et trouver localement un directeur qui pourrait mettre en route les cours et activités culturelles.

Tout est parti de là (deuxième approche).

Ce sentiment d'irréalité je l'avais déjà éprouvé plus jeune.

Il avait un père et une mère, ce sentiment, une ascendance bien précise et ça je l'avais oublié mais d'en parler ça me revient. A plusieurs reprises j'ai été plongé dans le néant des interstices, émotion forte, surprise, chute, décalage, choc, accident, désillusion terrible, déstabilisation, traumatismes divers et parfois fracassants, même si parfois ça ne dure qu'un instant, comme tout un chacun a pu et dû, forcément en faire l'expérience. Un de ces instants mémorables que nous nous hâtons d'oublier quand la pente est remontée, à moins qu'il ne s'agisse d'une de ces illuminations de joie, surprises de bonheur ou invraisemblable bien qu'attendue, réussite, événements qui peuvent aussi fendre la coquille, percer le plafond, ouvrir un gouffre dans le plancher, aussi bien.

Par exemple, 

plusieurs moments totalement dissemblables me viennent à l'esprit. mais parlons de celui-là :

je suis assis dans un cercle, à quel âge ? comment appelle-t-on ça ? le jeu consiste à placer un objet quelconque sans que le geste soit remarqué en courant derrière le dos des joueurs assis, derrière l'un d'eux pour désigner ainsi celui qui prendra le relai, va saisir l'objet placé derrière lui, courir et à son tour l'attribuer à un joueur tournant le dos, assis et immobile. Tout à coup, je m'ennuyais comme souvent, ce n'est pas le genre d'amusement qui suscite mon enthousiasme, j'ai toujours été, même avant l'âge de raison" , sans doute un peu ailleurs et un peu méprisant . . . si le mot n'est pas trop fort pour les choses enfantines et faciles . . . j'aurais trouvé beaucoup de choses "débiles" si le mot avait été employé en ce sens quand 'avais six ans. Puis plaf, je reçois une bonne gifle, c'est l'instit qui me rappelle à la vie communautaire pendant que j'étais en train de rêver à Dieu sait quoi. Je sais que depuis cette brêche faite dans ma méditation supérieure je vois le monde autrement et suis, plus je m'évade et refuse l'ennui des routines, sur le qui-vive !

Tout est parti de là.

Je ne sais plus quand, je sais seulement où . . . 
Je suis tellement nul en foot et en connaissance des événements de l'histoire du foot que je n'arrive pas à me souvenir ou à arriver à savoir si c'était pour un très grand match au Maracana, le stade mythique de Rio ou bien pendant la finale du mondial de Mexico qui opposait Brésil et Italie à l'époque du Brésil le plus mythique en foot, celui du Roi Pelé vainqueur magnifique lors du match historique. Je ne sais pas si c'était pendant que 200.000 personnes étaient enfermés dans la carapace de béton du Maracana, tous les autres habitants de l'ex-capitale, sept millions de personnes, étant suspendus à leur poste de retransmission. 
Était-ce pour un événement national ou pluri-national et régional du genre Argentine/Uruguay ou
plus massivement, par retransmission télé, en communion avec une grande partie des peuples de la planète, pour un championnat effectivement mondial dans lequel le Brésil avait toutes ses chances ?

Ce que je sais c'est que je roulais, moment inoubliable, absolument seul dans ma vieille coccinelle rouge groseille sur les avenues incroyablement vides, me rendant au centre ville où j'avais un rendez-vous avec un autre fou totalement indifférent au foot. Je me souviens de façon très personnelle que devait se négocier ce jour-là mon statut de prof.
Un pied au lycée franco-brésilien, un pied à l'université catholique et pontificale, la seule avec laquelle le France avait des accords de coopération, celle qui avait eu l'audace de faire venir, en invité pour une semaine, Michel Foucault à l'époque où il concoctait sa bombe : Surveiller et Punir.
Ce que je sais c'est que j'ai d'abord absurdement pensé que j'étais, par mégarde, il m'arrive d'être à ce point distrait . . . , entré dans le périmètre de tournage d'un film qui avait fait libérer avenues et boulevards, la moindre ruelle, pour tourner un film sur la fin du monde.
En effet, le ciel était gris, bas, l'heure incertaine. Il aurait pu être très tôt le matin. J'éprouvais un sentiment profond d'irréalité.
Mon rendez-vous allait se solder par un fiasco, un désaccord et un malentendu, je ne le avais pas encore. 
(A suivre . . . )

lundi 28 août 2023

Mais qui était cette Eva Inovnalina Daliravidelura.

Elle apparait au détour d'un roman.

Elle aima les poètes et les peintres et sut choisir les plus grands.

Elle n'hésita pas à passer de l'un à l'autre, franchissant les langues, les disciplines, les obsessions, les bornes de l'amitié, ne se trompant en rien sur ses choix.

Quelques égéries l'ont fait, la liste est longue.

Mais elle s'attacha finalement pour la vie auprès du plus génial, du plus réellement manche, à la fois maladroit et très adroit, dans le réel il manquait parfois une marche, par exemple un jour il ne su pas prendre correctement, voyant un plan, des places de théâtre ou mettre son si précisément génial dessin aux bonnes dimensions du concours, du plus obsessif, insectes, objets mous, décomposition, du plus habile et malin et

féroce (a)mante le man(a)gea.

Elle obtint, en échange de quoi, un statut de sainte et d'immortalité.

Elle avait sur lui un pouvoir surérotique tel que pour se libérer elle dut fuir dans un palais qu'il avait pourtant cherché et trouvé pour elle et décoré de ses éternelles obsessions.

Le mot sur la main.


 Hier j'étais à Donostia ou, autrement dit, San Sebastian au pays basque et capitale du Guipuscoa où je me promenais virtuellement pour voir ce que cette superbe ville devenait. En effet, après avoir essayé les plages de Biarritz où chaque jour se repêchaient, assez tôt ou trop tard, un certain nombre de nageurs surpris par la force des vagues, mes parents avaient décidé de passer la frontière pour me faire bénéficier des plages protégées de cette ville proche de la France au nord-ouest de l'Espagne, en forme de conque cachée par une île et deux promontoires.

Eux mêmes ne nageaient pas. Moi pas encore. Je devais avoir sept ans et demi  et à l'époque c'était dans la norme, je n'irais en piscine régulièrement qu'un peu plus tard. Ils avaient dû passer quelques sales moments en me voyant foncer dans les vagues même si ce n'était pas sur la plage dénommée "Chambre d'Amour" où sans aller se faire enfermer dans la grotte par la mer montante selon la légende et de bien réels faits divers répétés, on devait savoir qu'on risquait sa peau dans ces parages où avaient disparu aussi quelques navires. Plus tard j'aurais l'occasion de vérifier le courage des nageurs sauveteurs de ces rivages en me retrouvant emporté par un courant au Sénégal, isolé et perdu sur un récif au large du Cap Skirring et "sauvé" ou du moins "accompagné" par l'un d'eux, en villégiature dans les mêmes lieux.

C'est donc à San Sebastian, autre ville à hauts risques pendant le franquisme et longtemps après, que en vacances dans une pension du centre ville, j'avais pu, peut-être ne le sachant pas mais sur cette plage même aux pieds du palais où avaient été enfermés dans les caves les plus humides des prisonniers voués à la pneumonie puis à la phtisie en guise de condamnation irrémédiable, après avoir appris les mouvements sous l'eau, sans respirer mais en avançant à grandes brasses, j'avais réussi, ô joie ! à émerger, à sortir à moitié la tête et à respirer, donc à nager enfin.

Aujourd'hui j'examine, toujours les hommes ont voulu avoir main sur le hasard, vieille de plus de 2000 ans,  cette petite main de bronze gravée trouvée en Navarre dans des fouilles amorcées en 2008, qui porte entre autres mots celui bien lisible de sorioneku

Amulette, objet porte bonheur sans doute, puisque c'est presque le même mot qu'en langue basque actuelle qui veut dire chance.

samedi 26 août 2023

Simples et bonnes Pâtes.

J'aime faire des pâtes comme j'aime faire du pain. Sauf que le pain même avec une machine à pain, c'est devenu compliqué pour au moins trois raisons :

Un . . . . les fabricants de machines, sans doute (ou peut-être ?) pour éviter les débordements du pain trop levé qui ont pu surprendre quelques utilisateurs néophytes, et il est vrai qu'une pâte à pain qui déborde et cuit sur le couvercle de la machine et hors du moule sur les résistances de chauffage sous le moule c'est embêtant à racler et nettoyer ensuite, ont donc ajouté quelques tours au battement et pétrissage qui intervient en dernier après le premier. donc vers la fin du processus, coupant ainsi tout levage de la pâte et du coup produisant par ce surcroit de battement trop tardif, castrateur d'élévations et développements aériens, un pain à tendance massive, sans trop de bulles, voire carrément un pain dur, massif et lourd, carrément cale porte.

Deux . . . . qu'est-il advenu des nouvelles farines qu'on nous vend, en gros, on dirait depuis la guerre en Ukraine, ceci n'excusant en rien cela et peut-être d'ailleurs n'ayant aucun rapport que de tempo et de prétexte ou d'occasion pour nos fabricants meuniers en gros et en stock . . . d'innover . . . de quoi sont-elles coupées, mélangées, de quel traitements de conservation sont-elles victimes ? faut-il incriminer les céréales ? mais le fait est là, elles ont tendance à s'agglutiner plus qu'à lever . . .

Trois : quant aux levures, n'en parlons pas elles ne sont plus ce qu'elles étaient !

Foi de boulanger hardi de boulange j'ai trouvé la parade, n'utilisant aucun programme de pain ceci ou cela à ceci ou à cela ajouté, je fais a - une simple pâte à pizza et . . . b- une cuisson directe ce qui m'évite de passer par les moutures et remoulages-pétrissages superfétatoires en programme ajouté.  

Mais bon, J'y perds de la variété, de la subtilité, de la fabrication variée et sans arrêt renouvelée.

Avec les pâtes c'est autre chose malgré les aléas là aussi de la farine, des dimensions des modèles et des diverses maisons plus ou moins regardantes sur la qualité du spaghetto ou de la farfalle.

Mais au moins là on peut goûter à mesure de la cuisson sans arrêter le processus.

J'adore donc, n'ayant plus guère ni le courage ni l'intestin de mitonner cassoulet, choucroute, bœuf bourguignon, lentilles au lard, pois chiches, chou farci, navarin d'agneau, osso buco, tagine, pastilla aux pigeons et pruneaux . . . ni surtout suquet, ce délicieux ragout de poissons mon plat préféré avec le lapin au chocolat et aux gambas, inventions de la Costa Brava, pays de pêcheurs et d'expatriés en Sud-Amérique, faire de simples spaghetti à la tomate bien mûre et au fromage que vous voudrez. D'ailleurs je suis en train d'enfiler mon tablier pour m'y mettre bientôt.


vendredi 25 août 2023

Quand je mourrai.

Quand je mourrai je veux me souvenir, sans doute sans doute, de tant de visages mais de toi d'abord que j'ai cueillie dans l'extrême jeunesse, si grande fleur rouge, la plus grande, toi qui m'as toujours, même de loin, de très loin accompagné, de ton dos bronzé comme un peu tahitien, d'elle peut-être, maintenant si lointaine et si proche aussi qui a du temps encore à vivre, plus pâle comme moi, issue de toi, et de tous ces moments d'extrême plénitude que nous avons vécus par hasard, par destin, par affinité des contraires, par choix délibéré contre les contraintes et les barrières. Par goût d'y aller voir plus loin en suivant nos rêves.

Il y a eu tant de villes et de paysages et surtout toutes ces mers, ces golfes, ces côtes en toute saison, ces sables, ces baies, ces marées, ces coraux, ces caps, ces rochers rouges, ces bains en eau de songe, ces poissons aux yeux curieux de nous voir, de formes et de couleurs inimaginables, inventés par des designers fous, ces oiseaux colonisant les à pic planant sur nos têtes sans bouger leurs ailes, les dénivelés effrayants des volcans noirs sur quelques îles et au bord du Pacifique ou si verts au cœur de l'Afrique.

Mais rien n'égalera peut-être ce jour où tu es venue me rejoindre dans ma chambre d'étudiant. Rien non plus d'avoir pu te serrer encore dans mes bras quand tu aurais pu au cours d'une nuit d'ambulance et d'hôpital avoir disparu.