samedi 29 juillet 2023

M de (un) mystère (de plus).

 Pourquoi, Bon Dieu pourquoi ? pourquoi chaque matin ou presque quand encore un peu endormi, vers six ou sept heures, je prépare le petit déj, thé ou café alternés, tartines grillées, beurre, confiture, pot de lait, sucre en poudre, oranges, tasses choisies selon l'humeur, couverts idem, serviettes de tissu remontant au moins à une génération, nous avons tellement de "linge de maison" ! choix de l'emplacement, sur la terrasse au soleil naissant ou dedans en fonction du temps, du vent, de la qualité de la nuit passée, pendant que je mets en route la théière ou la cafetière, électriques toutes deux, m'assaillent des images de la petite maison de vacances de mes parents, synonyme d'un inconfort heureux, ou d'une mission au Pérou où accompagné d'un collègue ami, nous devisions, attendant dans la salle des petits déj de l'hôtel de Cuzco, attendant qu'émergent et viennent nous y retrouver les envoyés de Paris que nous cornaquions ?

Pourquoi juste et toujours à ce moment là ?

Quel genre de fil ténu, de canal de communication, de synapse, relie tout ça, sans raison autre que l'impression du lever du jour ? de l'attente au petit matin ?


F : placer en F, ce souvenir de (la) " Fountain " (de Nîmes).

Le 25 Août 1993, date mémorable pour la Cité des Antonins, s'ouvre l'exposition inaugurale du Carré d'Art, le musée nîmois voulu par le maire Jean Bousquet (Monsieur Cacharel, le roi du crépon, un visionnaire qui pendant deux mandats s'attachera à faire redécoller à grands frais la cité) mis en oeuvre par Norman Foster, le roi des transparences géantes assumant les confrontations historiques du lieu :

 "L'objet d'art au XXe siècle", une exposition en apparence sage et didactique reprise de celle du Centre Pompidou à Paris.

Mais voilà, scandale, double scandale!

                                                                trois quart de siècle après celui que suscita cet objet qui défraya les chroniqueurs et fut si mal reçu à New-York dans l'exposition des jeunes Artistes Indépendants, sa réapparition ici, en ce lieu faisant face à la noble et vénérable Maison Carrée, déjà tellement offusquée - selon l'avis de beaucoup d'autochtones - par la construction de l'éminent architecte britannique devenu Lord, réussit à faire, en sa radicalité première réactivée, presque resuscitée, doublement frémir la bourgeoisie HSP * nîmoise, car sans doute eut-elle préféré un musée moins iconoclaste mettant à l'honneur les peintres traditionnels de la Provence et du Languedoc, Nîmes la Romaine étant placée à leur confluant, mais aussi parce qu'un hurluberlu en panne de notoriété, un artiste de happening brutal vient d'y pisser dedans en public et pour parachever son oeuvre après tout même pas détournée, de le casser à coup de marteau.

J'ai déjà raconté ailleurs comment sans prendre la défense ni du créateur ni du casseur, j'avais été moi-même évacué d'un coup et banni de cette bourgeoisie après avoir lors d'un dîner mondain auquel j'avais le privilège d'avoir été convié, posé cette question, alors que le consensus s'était établi sur l'inconvenance absolue de cette première et fracassante exposition : 

- Mais alors à quoi, à qui fallait-il s'attendre dans un musée d'art contemporain ?  aux peintres locaux , au demeurant excellents, Fabre, Bazille, Bourdon ? 

* HSP : haute société protestante.


lundi 24 juillet 2023

Impressions d'Afrique (mes archivieilles et bien réeelles).

 En ouvrant la portière de la voiture retenant la capsule d'air réfrigéré indispensable au parcours bousculé/brulant, déjà irruption d'une impression, hélas plus qu'une impression, de chaleur étouffante qui envahit nez, membres, poumons, peau, cerveau. Une certitude, une évidence, une flagrance d'être de retour ici même et sur place, en Afrique. Cette Afrique où en descendant de l'avion on avait l'impression d'entrer au vagin brûlant d'une femme comme disait sans rire mais avec un sourire un ami peintre, ami d'un moment qui dessinait de petits tableaux tout simples et carrés, comme crayonnés sans manière, un peu tremblés.

Retour à ces temps où nous avions plongé non pas inconsidérément mais pour voir, pour aller voir vraiment ce qui se passait en d'autres côtés du monde, en d'autres vies que la nôtre, en un des quatre ou cinq côtés où nous désirions aller. L'Inde j'aurais aimé plus que la Chine, l'Australie aussi ou la Nouvelle Zélande. Ce fut Rio et sa canicule moite, et Kinshasa et sa chaleur d'orage permanent.

Il nous arrive sur la terrasse bien à l'abri de tuiles maçonnées, ici, dans une banlieue de garrigue de Nîmes la Romaine, légèrement en hauteur, d'éprouver exactement la même impression que sur notre terrasse couverte à Djélo-Binza, banlieue chic légèrement surélevée de Kin la Belle, autrement dit Kinshasa. Quand nous recevions des amis et que nous avions bu un peu de ce Bordeau importé rescapé de transports à hauts risques hors de caves doucement tempérées. Et que nous évacuions par tous nos pores en fin de repas, ce surplus de calories métropolitaines, en plaisantant sur les dernières déclarations du chef de l'Etat, d'ailleurs quel qu'il soit, ici ou là-bas, tout aussi surgonflées, écœurantes de forfanterie, loin là-haut ou tout prêt ici, prononcées en palais adéquats, préparés pour donner cours  à ce genre de discours déclamés et déclarés, par nature et destination, captieux, spécieux, fallacieux.

Mes archivieilles et bien réelles impressions d'Afrique, renaissent, ressuscitent, ravivées, en ces jours d'enfer où tout espoir semble vivre tremblant et rien moins qu'improbablement, assurément déjà annoncé comme tel, creux, creusé, retourné de l'intérieur, préalablement vidé, inversé, saboté à l'échelle de continents, colporté  dans des brumes de chaleur, venu de si loin, de temps immémoriaux de tromperies, turpitudes et dominations sans mesure propagées d'un hémisphère à l'autre, mots, intentions à peine voilées, déclenchant l'irréparable, les catastrophes annoncées, à court et à long terme, universellement, sans répit, sans frontières, sans scrupules que de pure forme et sans compensations que de témoignages de verbale solidarité. 

dimanche 16 juillet 2023

A9 ou le retour vers Tityre tu recubans sub tegmine fagi.

L'autoroute par où passe toute l'Europe, du camion lithuanien au vacancier suisse, pas seulement chargé de camions de gaz, de vin, d'oranges, de ferrailles, de BMW couvertes de coffres de toit, de planches à surf et de vélos dans des remorques, voie ouverte aux trains, bien réel antiferroutage réalisé sur route, de poids lourds sur deux voies là où il n'y en a que trois, aussi de rage d'arriver au plus vite et de soif de s'imposer avec ses maigres ou gras cylindres, nous a laissés rouler à flux continu, presque euphoriques, sans imposer son accidentel déraillement inévitable, son camion en travers, bloquant toute l'Europe sans issue ni remède ni voie alternative, à l'entrée de Sète ou de Gallargues le Montueux avec ses hautes tours sur la colline vues de loin qui ne sont plus synonymes d'embouteillage au péage depuis les travaux pharaoniques et la remise à jour et à plat du parcours tout autour de la nouvelle voie du TGV si décrié, si cher payé, si polluant, bourré, étalé, ravageur de campagnes anciennement tranquilles et destructeur d'écosystèmes irremplaçables. 

L'arrivée s'est faite aux cymbales, rythme gitan, des cigales un peu oubliées sous le vent marin et au chant de Tityre, le sacré Tityre (voir épisodes précédents et encore suivants), l'infatigable Monsieur Fauvette ***, plus en forme que jamais, qui bien reconnaissable d'une année à l'autre, au plain chant modulé, répétitif et bien typé, hante notre jardin aux herbes folles et durcies par la chaleur car il a plu un peu, assez pour que ça pousse en période où d'habitude ça meurt, un jour sur deux ici contre toute attente, et aux bambous qui se croient chez moi comme en lointaine Indochine et montent en flèche pour cerner le mas dingue un peu abandonné de lances dressées.

*** Monsieur Fauvette mélanocéphale 3 étoiles est un bel étranger qui revient chaque année de l'Afrique proche et que nous reconnaissons à coup sûr du fait de son chant particulièrement puissant et articulé, à la sonorité bucolique et virgilienne, à la différence des films et opéras actuels dans lesquels les comédiens et les chanteurs récitent de plus en plus négligemment de la bouillie incompréhensible. 

D'ailleurs, les petites Fauvettes à tête noire, femmes autochtones du quartier ne s'y trompent pas et manifestement l'adorent, il ne chaume pas et doit se mettre au travail dés son retour à chaque printemps sans prendre de répit. Combien de descendants de ce phénomène aurons-nous dans les parages ?

vendredi 2 juin 2023

Continuité des corps.

 Le plus grand mystère est celui de la continuité de tout ça.

Surtout pour vous mon cher, peut-être, allez vous me rétorquer, vous qui nous massacrez tout, coupant en minces rondelles votre vie et le monde, en bribes, fragments, éléments discontinus, pièces détachées incomplètes, hachis, tessons, limaille.

Oui, et justement c'est pour moi que je parle, coupeur de cheveux en quatre, fabriquant de petites cuillères de bois à partir du tronc d'un grand chêne abattu, dilapidateur de feuilles blanches à moitié même pas, remplies de quelques signes de quelques lignes, nourri de blancs, d'alinéas, d'interruptions, de suspensions, de pauses, de renoncements à aller au-delà du point-barre, abordeur de forteresses par détachement de petits paquets de briques et de brocs, tueur d'ennemis (nombreux en définitive ceux qui ne m'encaissent pas) un par un en les semant à la course jusqu'à les mettre en file au long cours, bricoleur formé au Meccano de l'enfance, démontant pour remonter, fasciné par les résidus élémentaires, les collections de pièces, vis, plaques, roues, engrenages, essieux, j'ai du mal à comprendre comment ces bouts minuscules non seulement se raccordent mais font partie intégrante, chacun à sa place d'un tout, par exemple d'un tout qui est ma conscience au travers des âges que j'ai déjà traversés.

Sans parler de notre corps et du monde autour que nous avons bien su décortiquer et réduire mieux qu'en poussière (ça c'est pour les prédicateurs), (pour nos savants) en particules et que, vue cette technique divisionnaire, nous aurons de plus en plus de mal à rétablir dans son entièreté, à établir dans sa totalité, à "reconstituer" (voir le café en poudre, quel tour de passe passe ! ah la nourriture lyophilisée ! privilège d'acrobatiques expéditions cosmonautiques), à comprendre . . . prendre avec, prendre ensemble comme on dit le taureau par les cornes (éviter d'être transpercé et disloqué). à bras le corps dans un "abrazo" de tango infernal.

Certes le monde est à moi mais en voudrais-je en molécules et en bouillie ?

Sans parler de ce flux qui traverse (on ne sait quoi, peut-être :) notre tête, notre lobe frontal, notre mémoire, notre propre durée et continuité, le fleuve qui coule en nous et hors de nous, qui nous véhicule et nous charrie, le fameux tout coule qu'on chercherait en vain dans ce qui nous est parvenu des cent-cinquante-deux fragments d'Héraclite retrouvés à ce jour, Héraclite d'Ephèse, ville sacrée de la déesse Artémis à l'étrange poitrine, Héraclite l'énigmatique dit aussi l'obscur.



 

H de Hémiplégique ( seulement d'une certaine façon, je suis ).

 En fait de plusieurs.

J'aurais bien aimé être ambidextre, connaître l'Asie, parler l'anglais aussi bien que l'espagnol, continuer ma formation en mathématiques autant qu'en lettres, sciences humaines et philosophie,

au lieu de cela, je ne me sers de la main gauche que pour attraper les cartes que je tiens en paquet de la main droite très maladroitement ou même idem pour compter des billets, j'ai parcouru l'Asie sur Gros-yeux-Gros-ventre-Terre dans la version dite "professionnelle" que j'ai réussie à retrouver après qu'ils m'aient collé ces versions actuelles insipides, ravagées de pub et évitant soigneusement l'approche en 3 D, de long en large, vu beaucoup de films coréens, me suis passionné pour l'Inde où j'aurais bien aimé être délégué général de l'Alliance française, ce qui aurait pu arriver mais ne s'est pas fait, et n'ai jamais mis les pieds à Saïgon dont je peux vous décrire en détail les effluves et les trépidations. Je comprends bien l'anglais mais surtout par écrit ayant lu quelquefois Shakespere dans le texte, faute de l'avoir pratiqué et d'avoir été accrédité à Banjul en Gambie, sauf en abusant de mon titre d'attaché d'ambassade au Sénégal et faute d'avoir été nommé en Afrique du Sud pour l'Alliance française, à une époque où il en fut question.

Bref, ça ne s'est pas fait.

Quant aux mathématiques, mais ce serait un peu long à raconter, je les aimais jusqu'à ce qu'un con de prof m'en dégoute et c'est vrai j'étais surtout habile en géométrie touts terrains et plutôt qu'en algèbre en logique formelle et en physique élémentaire, sciences voisines et plus concrètes.

Le monde étant coupé en deux moitiés il faudrait pour être parfait avoir parcouru les deux et le monde n'étant abouti, en équilibre, plus ou moins stable que sur un trépied, trinité, thèse-antithèse-synthèse, attention au Tiers-monde, au troisième sexe et au raisonnement trilobé, nous ne sommes  (presque) tous, il faut s'y résoudre, sauf Aristote, Kant, Marx et les peintres de triptyques ou de symphonie en trois parties, Bosch ou Stravinsky, que des ours mal léchés, c'est à dire mal finis, que des prototypes d'un monde à venir qui tarde à venir, que des ébauches gauchement taillées, dans le meilleur des cas que des essais d'humanité.

jeudi 1 juin 2023

Amis facebouquiens.

 Pourquoi mériteraient-ils un traitement spécial ?

Après tout ce sont de vrais amis, au moins autant que les autres, les "vrais", "réels", incarnés, dont nous connaissons le regard, les gestes, le timbre de voix, ceux avec lesquels on se promène, ou mange un morceau ou on voit un film.. Et d'ailleurs certains amis FB sont déjà très anciens ou disparus comme les autres (marre de me voir, marre de Facebook, retournés à la vie d'avant ou tout nouvel engagement), ou (rarement mais qu'ils reposent en paix) morts sous mes yeux ou presque, ou pour certains parfaitement en forme ou déjà gravement atteints par la décomposition de la vieillesse ou frappés par la maladie, pleins de courage et fidèles, entrés depuis longtemps au cercle des amis présents de longue date dont, en fin de compte, à force de les fréquenter "virtuellement" mais au travers de documents bien réels, discours, images, citations, quelquefois heures d'apparition . . . nous reconnaissons de loin le profil, le style d'intervention, les préoccupations, les manières. La seule différence serait tout au contraire de ce que suggèrerait l'idée de "virtuel" . . . le fait que ces amis sont plus souvent, plus facilement accessibles et donc forment par ce lien "artificiel", ce tunnel de communication ouvert des deux côtés où sans même appeler, en faisant un peu de bruit d'un côté on entend bientôt la réaction de l'autre, à l'autre bout, ainsi se forme avec moi, avec nous, nous formons ensemble, sans convention écrite, sans déclaration d'intention a priori, peu à peu, par dialogue entrecoupé ou suivi, un lien fort, une véritable communauté.

Oui mais on me dira : FB a été fait pour mettre en relation plus facile des gens vrais, sans masque, identifiés par leur nom, qui se connaissent déjà . . . pas forcément pour mettre en relation des gens qui ne se sont jamais rencontrés. Bon, . . . discutable, ce temps est passé et les nouvelles pratiques ont fait apparaître justement ce qu'il y avait de plus intéressant dans cette affaire le fait de pouvoir entrer en relation avec des gens qu'on n'aurait jamais pu connaître autrement.

 J'ajouterai, ça a pu être un problème pour moi, tout cela pouvait paraître d'autant plus artificiel que au début de cet exercice de relations/communications, quand la prescription était d'apparaître avec son identité authentique, je n'hésitais pas, quant à moi, par intérêt réel, curiosité, soif d'apprendre, à faire irruption dans des cercles d'amis, de professionnels, de spécialistes, se connaissant réellement entre eux, cercles auxquels je pouvais être par ma trajectoire propre totalement étranger et de plus j'y entrais sous un nom d'emprunt, un pseudonyme que je n'utilise depuis le début que sur Internet. De telle sorte que pour rencontrer sur FB des gens de connaissance, d'anciens amis perdus ou actuels, je pouvais choisir : où dire qui j'étais et expliquer mes raisons ou ne rien dire . . . Cela a pu me valoir quelques étonnements, quelques malentendus, quelques méfiances et désappointements.

Le temps est passé, je pourrais dire aujourd'hui, quite à en choquer beaucoup, que certains de mes amis Internet sont devenus au moins aussi importants que les autres, autres qui d'ailleurs avec le temps se sont peu à peu. 

décès, simple éloignement géographique, bifurcations et circonstances de la vie créant des incompatibilités, intérêts divergents, fâcheries, changements multiples, oubli ravageur, obstacles de santé ou de mobilité, 

égayés et clairsemés.