samedi 18 novembre 2023

Ce que j'ai en tête.

Etrange et fraternel Sénégal, quand j'y pense, il faut que je témoigne de cette époque révolue où s'y nouaient de si inattendus, réjouissants et sympathiques rapports d'amitié dans la rigolade, hors toute hiérarchie et rapport de domination.

Etrange rêve où apparaissait, je n'ose pas dire "cadavre exquis" puisque là c'est du pur vivant congelé ou encore tout vif,  on ne sait ni comment ni pourquoi, ni que ni quoi, au milieu de tout ça qui n'a rien à voir, alors que j'étais pieds nus sur des rochers rouges car j'avais perdu ces sandales de cuir tressé achetées au Brésil que je portais le plus souvent en dépit du protocole, ou juste après, quand j'étais en conversation avec une amie allemande qui cherchait un logement, fuyait-elle alors son mari ? ce stakhanoviste et déroutant Elric Dufau, je ne sais plus s'il portait sa casquette ou s'il illuminait la pièce de son crâne fécond, celui qui signe ELRIC les dessins les plus enlevés de l'univers et de la création BD. 

Etrange aussi cette longue galerie d'amis que j'ai longée et parfois animée au cours de ma vie, dont ce journaliste à Jeune Afrique, fondateur de revue, devenu diplomate puis créateur de parfums qui s'est employé à faire connaître une femme peintre de premier rang, passée inaperçue ou presque durant sa vie discrète et recluse à Gordes, avec lequel j'ai travaillé à la création d'une fondation qui a remué quelques staffs de municipalités et n'a jamais vu le jour.

mardi 7 novembre 2023

Anniversaire.

Comme beaucoup de mes amis je ne les aime pas.

Ni celui des autres ni le mien.

Surtout ce genre d'anni qu'on souhaite très formellement dans les lieux de travail, bureaux, chantiers ou champs agricoles (ça paraît plus rare . . . ), salles de réunion, couloirs, bistrots 

et coulisses de FB. 

Temps perdu, insignifiant, impersonnel, abstraitement vide.

Sauf . . . en occasion spéciale de rappel d'amitié, de resurgissement du vécu, d'encouragement à . . . disons . . .  continuer.

Je déteste les vieillards qui se gobergent alors que sous ce prétexte ou pas ils auraient dû commencer depuis longtemps à entamer le régime d'Epicure : un verre d'eau et quelques olives avec un bout de pain. Un quignon de pain frotté à la tomate ou/et à l'ail aurait dit ma grand-mère maternelle qui était cuisinière et s'y connaissait en agapes.

Pourtant ce jour une annonce humoristique de Saint AF à mon sujet (comprenne qui pourra) a sinon illuminé du moins bien réjoui mes quatre-vingt-deux balais, peuchère, et je me dis que j'ai bien fait, bonne mère, d'en profiter.

Egotisme, blague et narcissisme mis à part, j'espère que vous pardonnerez, bande de fêtards,  mon stoïcisme entrelardé d'épicurisme pris à contre-pied (c'est fou ce que les mots peuvent être retournés contre eux-mêmes !) . . .




dimanche 5 novembre 2023

AM (Ceux que je n'ai pas pu, voulu, su, choisi d'être) Autres Moi finalement autres que moi.

Oui, ça parait compliqué, ça ne l'est pas.
Et les AM yen a plein, vous verrez, vous en avez aussi, j'suis sûr, en tous cas moi, oui.
A un moment de votre vie et sûrement à plusieurs vous avez eu le choix entre deux chemins, deux ou parfois plusieurs vies possibles, un choix crucial déterminant de tout un avenir que vous imaginiez.
Je ne sais pas ce qui m'a constitué ainsi. 
Au fait, je songe à ce film, pas le meilleur, d'Alain Resnais "La Vie est un Roman" ? ou non . . . , un autre, je ne sais plus lequel . . . où un homme au lieu de vivre la passion de sa vie choisit la petite vie tranquille un peu étroite, déjà bien entamée qu'il a bien mise en route.
Pour ce qui est de mes choix d'orientation professionnelle initiale, aucun problème, à 17/18 ans aucune hésitation : études de philo, aucun autre choix possible, après avoir, avant contact avec les grands textes de Spinoza ou Descartes ou Bergson à l'époque ou Présocratiques, d'abord et sans la même passion, envisagé l'histoire ou, alors que mon père me voyait dans l'agronomie, en architecture, voire en peinture.
Donc vécu la passion de la philosophie, non pas au sens, si lointain, inaccessible, aujourd'hui . . . alors spécialement irréalisable et devenu obsolète, vue de mon point de vue juvénile et enthousiaste,  non pas au sens d'aimer l'amour de la sagesse mais, tout au contraire, de soif, fringale, immense curiosité, folie de chercher à entrevoir, à apercevoir dans quelque illumination subite, tous les points de vues inventés par d'autres . . . sur le monde comme il va, foutraque, insaisissable, mystérieusement compliqué, terriblement structuré et millimétré au quart de micron près, tel qu'il fonctionne mal mais/et tient en équilibre sans arrêt restructuré, au cours de l'histoire humaine en perpétuelle errance, cherchant à se positionner dans celle de l'univers, adoptés par des gens suffisamment libres pour prendre un peu de recul, en équilibre sur leur colonne, roulés dans leur tonneau, assis dans leur chambre surchauffée, bonnet de fourrure sur la tête ou pas, isolés dans leur bureau feutré, sur un champ de bataille ou chevauchant avec la gravelle, heureux dans leur jardin, en marchant, dans les rues d'Athènes, d'Amsterdam ou su les toits de Normale Sup à Paris et y songeant ou s'y consacrant entièrement au point d'y approcher, d'y atteindre parfois la folie.

(Avertissement adressé au lecteur que le temps presse : ça va être long, très long, ce qui commence par un petit paragraphe, étant donnés les parcours et détours de mon aptitude excessive et de ma rage à toujours tenter d'imaginer plus loin ces autres vies avant de choisir à coup sûr la mienne, l'unique, celle qui s'est imposée à force d'évidence à tous ces carrefours que j'ai dû franchir.)

mardi 31 octobre 2023

(Sans Titre)

Juste une apnée, une plongée, un appel pris avant le saut . . . .
Ce serait bien, pas seulement d'écrire mais de vivre, sans titre(s),
ni de transport, ni bancaire, ni d'alcool mesuré, ni de noblesse ni de fonction en faisant sauter les points et les virgules, trêve de parenthèses,
rêve de continuité là où ça communique en flux et en flashs, ouverture des passages élargis et des
sorties d'utérus auxquels nous ne faisons qu'appartenir, croyant inventer des trajectoires propres,
répétant les chorégraphies et enchaînements, pleurs, colères, plaintes de tant d'humains avant nous, disséminés au long d'une chaîne comptable, statistique, stochastique, matrice où s'écrit ou s'improvise peu importe, en dépit de nous, jazz, cris du respir de l'être naissant pris dans cette spirale hyperbolique des trajectoires du vivant et du renouvellement et révolution des corps . . .  

vendredi 27 octobre 2023

A comme Argentine.

 Quel rapport étrange, inattendu, illogique en quelque sorte, ai-je eu avec cette réalité, ce pays immense, ce mot, cette culture si forte, riche, grave, ouvrant des voies nouvelles, ces gens si proches, si fraternels, lointains parents retrouvés miraculeusement,  aux sons de voix assurés, caverneux, y compris chez les femmes parfois, aux bruits, aux pas, et aux galops si peu argentins ! cette littérature, une des plus inventives du monde qui venait de nourrir les émerveillements de ma jeunesse . . . /

Cet article, si j'arrive à l'écrire, va exiger beaucoup de moi. Que je me découvre. Que je me dévoile mais aussi que je m'enfonce dans les couches d'une histoire qui ne concerne pas que moi qui n'ai fait qu'y passer et m'y impliquer par le jeu du hasard et des rencontres, mais tout un peuple exubérant et courageux, largement emblématique des "veines ouvertes de l'Amérique Latine".

J'aurais préféré parler du Chili avec lequel j'ai eu beaucoup moins de liens. L'immense et long Chili, bande de terre interminable cachant le Pacifique derrière ses forêts naturelles archaïques et sa si longue chaîne andine dominée par l'Aconcagua. Je me souviens d'un propagandiste et propagateur régional de Nitrate du Chili passé voir mon père alors en rapport avec des gens des services agricoles départementaux, qui m'avait demandé, me montrant une carte d'Amérique :  

- Sais-tu où est le Chili ?

J'étais à l'époque, six ans ou quelques mois de plus, peu enclin au bavardage avec des inconnus et bien que sachant parfaitement situer cette mince, si étroite sur les cartes, bande de terre, car mon père m'avait déjà transmis beaucoup du peu de savoir lié à la fois à ses activités et compatible avec ma curiosité naissante, j'étais resté muet, quelque chose passant cependant dans mes yeux puisque l'interrogateur avait conclu : 

- Il voyagera ce petit, ça se voit dans son regard.

Quand j'ai vu pour la première fois Buenos Aires, j'étais étonné d'y rencontrer une telle francophilie. Le Journal Le Monde y était à la vente en bonne place, quoique en retard parfois de quelques jours par rapport à Paris, à la devanture des kiosques sur l'avenue Cordoba. Ensuite je n'ai eu sur place dans cette énorme cité si proche et lointaine de l'Océan, baignée d'eau douce terreuse et polluée, que des rapports trompeurs. Et d'abord cette impression, selon les quartiers, d'être toujours dans un très lointain et inversé (hémisphères ajoutés en décalé aux fuseaux horaires) trompeur miroir de l'Europe, tantôt à Barcelone ou à Milan ou aussi dans un petit morceau, en imitation de Panam . . . images imbibées du parfum des petites pommes de terre coupées en deux, délicieuses et gonflées à la friture et de ces merveilleux steaks surdimensionnés, grillés, un peu trop cuits à mon goût . .  mais encore plus délicieux quand même, le tout baigné de tango, tout proche des effluves de l'ancien temps où "dans le reflet de notre ennui" (ces banlieues y compris Palermo), . . . il devenait impossible de retrouver grand chose des poèmes et contes lapidaires du génie pur qu'était Borges ou des réflexions inspirées du passeur expert qu'était Roger Caillois.

Ce n'était qu'un début, ensuite diverses circonstances m'y ont ramené, chaque fois dans un contexte local loin d'être apaisé, réunions "régionales" pour les délégués et directeurs envoyés en poste en Sud Amérique, anniversaire de départ de l'un de nos chefs mythique marié à une Argentine, réunion de coordination des plans de festivité prévues sur le sous-continent pour fêter les 500 ans de la "découverte" de l'Amérique ou le bicentenaire de 89, d'abord à Rio puis prolongées à B.A. 

A chaque fois, cette impression de discours biaisés ou convenus faussant totalement le réel, un peu à notre très petite échelle de conséquences limitées aux fragments de culture importée, parfois parachutée sans correspondance, histoire de dilapider de minces mais exceptionnels crédits accordés pour ces occasions uniques, à l'image, certes mesquine et réduite ici en l'occurrence, des grandes conférences internationales accouchant de résolutions pieuses et se sachant inapplicables et d'ailleurs déjà historiquement dépassées et piétinées par le cours des événements.

Le pire était encore à venir du moins pour ma pomme, roulant dans le vaste monde.

Contrairement à mes vœux car j'aurais voulu travailler à Rio qui fut notre premier amour territorial, les Brésiliens constituent un peuple fou et déchaîné qui touche mon cœur plus que tout autre (et ç'avait été à deux doigts d'arriver, une nomination "providentielle" ou au moins chanceuse) et conformément, en revanche, à ce que je fuyais . . .  ce fut une nomination au "grand poste" de D.G. en Argentine  qui m'était pratiquement imposée; . .  

/donc on me nomme puis . . . (c'était à l'époque des luttes intestines franco-françaises entre les système et réseau Alliance d'une part, système et réseaux spécialement développés dans les villes de quelque importance en Amérique latine, et d'autre part, Services culturels dépendant directement des ambassades et limités, pour leur action directe, à quelques centres culturels, ce qui créait un fond particulièrement instable pour la nomination des délégués généraux coiffant les Alliances et apparaissant de ce fait et du fait de leurs missions plus longue dans leur poste, à l'occasion . . . pas toujours . . . comme plus informés et mieux relié au pays que les conseillers et attachés d'ambassades)

puis . . .  presque tout aussitôt on me retire l'affectation à ce poste de B.A. . . . dés que j'ai fait remarquer, un peu trop clairement . . . lors d'un repas à Paris où devait se concrétiser par un accord interne "maison" ma nomination et lors d'une réunion restreinte dans la capitale de l'Argentine, que si je devais travailler avec l'actuel Président local de l'Alliance Française, ancien secrétaire d'Etat du gouvernement de Vichy qui resta à son poste jusqu'au bout de l'infamie, assumant ses choix, avant de se réfugier en Argentine pour y exceller en tant qu'homme d'affaires de haut vol et pour, en fin de carrière, pendant la plus triste période des généraux y régenter longtemps l'institution de diffusion de la culture française à l'aide de ses réseaux, j'aurais tendance à mettre en cause ce genre de longue compromissions de nos services, . . . et à prendre quelques mesures nouvelles . . . double parenthèse : il faut dire qu'entre temps j'avais eu l'occasion de fréquenter d'assez près quelques étrangement joyeux et virulents réfugiés politiques argentins à Paris, anciens opposants du régime militaire, simples citoyens en désaccord ou, pour certains et certaines, résistants, militants et militantes engagé/e/s dans des mouvements révolutionnaires actifs et réputés terroristes, encore vivants mais recherchés par les polices de leurs pays, dont quelques uns, peintres, poètes, créateurs ou critiques universitaires dans leur pays, se retrouvaient au coude à coude avec Cortázar (justement celui de l'étrangeté analogique de la mémoire, de l'amour des passages couverts qui font communiquer poétiquement Paris et Buenos Aires) au comptoir du même bar dénommé "La Palette", ne portant pas dans leur cœur la dite institution française dont la réputation, au moins en leur pays, méritait toute leur causticité.

Alors, certes, à un moment où on commençait à faire la chasse aux encore jeunes vétérans, à leur tendance à imposer un peu leurs conditions, parfois leur vision (marquée d'époque) aussi bien . . . Tiers-Mondiste comme on disait encore, j'étais pris dans le collimateur officieux, on chercha et on trouva la faille, c'est vrai j'avais pu être un peu insouciant (et ici peut-être de façon marquée et provocante dans un milieu de bureaucrates étroits) des formes règlementaires à mon sens surtout applicables dans le confort d'un pays où règne une riche démocratie et en principe, dans les grandes lignes l'état de droit et une paix sociale relative *, on cherchait donc comment se séparer de moi, tout en m'adressant très officiellement une belle lettre de fin de mission, au bout des six ans règlementaires, de remerciements et de félicitation pour mon action locale décrite en définitive comme "exceptionnellement fructueuse"<; 

Je la garde depuis lors pour me prémunir contre ls louages et les louangeurs.

Ainsi j'ai pu apprendre, à voir les images renversées d'un hémisphère à l'autre, parfois reproduites au loin dans leur vérité transparente mieux que là où la force et la présence de l'autorité en place, forces spéciales, tortures et exécutions venant corroborer le fameux "principe d'autorité", peut brouiller la vue de ceux qui ne l'ont pas claire.

* Rappel en parallèle, en ce qui concerne le Pérou des années 80, qui n'était pas "un Pérou" ! Ô lointain pays oublié du monde ! où l'Internationale Socialiste s'est tenue pendant 1- l'occupation de la prison où ils étaient détenus par les prisonniers politiques appartenant à Sentier lumineux 2- leur exécution sur place par un commando spécial de la Marine, tout cela sous la Présidence d'Alan Garcia, membre invitant supposé dirigeant progressiste, en à peine quelques jours  : 

au quotidien, par ailleurs, enlèvements, assassinats, attentats, défilé dans la capitale des révolutionnaires de Sentier lumineux, inflation supérieure à 6.000 % en moins d'un an, coupures générales d'électricité, grèves générales à répétition, état d'urgence, couvre-feu, guerrilla, changement de monnaie après dévaluations surprise et fermeture des banques, autant de caps qu'on avait pu demander de franchir à un "détaché" et son équipe en rien formés à l'économie, encore moins à la gestion d'entreprise en période de guerre civile et de crise grave, en charge d'instruments culturels qu'ils s'était ingéniés, dans ce grand chaos, à maintenir puis développer, action avant tout  "culturelle et artistique" (expression consacrée) mais parfois sociale de l'institution, y compris dans les quartiers défavorisés et les bidonvilles géants de Lima et dans divers centres éloignés, voire isolés, de province.


mercredi 25 octobre 2023

A à Z, comme Animal de Zoo.

Quand je sors de mon espace clos, reclus dans ce jardin entouré de hauts murs, oui c'est un des privilèges de Nîmes ces hauts murs de pierres, ou revêtus de pierres qui participent avec les masets, chênes verts, pins et cyprès, chemins étroits, multiples vallons, au charme des garrigues urbanisées à l'esprit de privacité et d'anti-ostentation qu'on y observe traditionnellement, j'ai de plus en plus l'impression qu'on me traite comme un animal de zoo.

On a commencé par me réduire et m'encombrer (c'est une obsession) l'espace où je roule, coupé de parcours en baïonnette et accidenté de coussins viennois et gendarmes couchés, entouré maintenant de voies hautement risquées et rétrécissantes ou passent d'un côté quelques énormes bus à rallonge souvent absolument vides, de l'autre quelques très rares deux roues à électricité sur pile lithium ou à force du mollet pedibus, préférant souvent la voie centrale y compris à contre sens ou carrément surgissant aussi, par intermittence et sans aucun droit statutaire sur les passages piétons;

ensuite on m'a conditionné en particulier sur mon téléphone et sur tout ce que je lis sur mon ordi aux nouvelles tendances que je ne peux qu'adopter : je dois absolument m'abonner à toutes sortes de lettres d'information sur nouveaux produits, baisses de prix, lieux que je dois visiter, amis que je dois accepter sur Facebook, mystères que je dois éclairer et bien sûr pompe à chaleur nouvelle génération mixte ou hybride, au gaz ou même au mazout (faut croire que la simple pompe à chaleur si prônée jusque là ne fonctionnait pas).

ensuite, quand j'arrive après la banque et la pharmacie (avez vous remarqué il n'y a plus le long des belles avenues que des banques, des sociétés d'assurances et des pharmacies ?) au supermarché où je fais mes courses de vivres, après légumes et fruits bien mis en gondole, classés,  et de moins en moins low-coast (faut de bons yeux pour le prix au kg), surgissent des rayons ou tout s'entasse, à profusion et en toute confusion de bazar, dernières opportunités de vêtements de sport en général XXL, chaussures de travail à semelles renforcées, lampes de poches aptes aux signaux en morse et nécessitant 4 piles, ornements de jardin sortis de bandes dessinées et alimentés de capteurs solaires tellement miniaturisés qu'on n'imagine pas éclairer grands parages, étagères à bouteilles démontable et remontable, rouleaux de scotch rose ou bleu pastel, chaussettes archi-courtes rasant le haut des chaussures running ou montantes aux motifs tyroliens, etc . . . au milieu desquels je dois trouver, comme un enfant à Pâques, éberlué mais persévèrent,  un œuf dans un jardin, les œufs par cartons autres que de 18, la farine non de soja ou sans gluten, le lait entier bio introuvable, les bons fromages aux nombres de mois d'affinage pas forcément décomptés sur le couvercle de la boîte, les conserves de sardines et de thon qui ne soient pas miettes méconnaissables ou en sauces immangeables.

Bien, mais ce n'est pas l'essentiel.

L'impression que j'ai c'est que si mon parcours est à la fois si guidé, balisé et si difficile dans le détail des modalités, c'est qu'on a peur que dans cette société ou tant de choses plus graves me révoltent . .  je m'ennuie, comme un ours en cage . . . c'est qu'on fait comme si rien d'autre ne m'intéressait que ma survie au jour le jour, au milieu de cette profusion de richesses qui nous emprisonnent (peut-être faut-il avoir vécu un peu dans des sociétés de sous-développement, pour comprendre ce que je veux dire) et on s'y emploie à me focaliser sur le quotidien des dépenses, sur la mode, sur la supposée "bonne vie" du bon citoyen moyen qui ne pose guère de questions au-delà du prix de l'essence, en multipliant mes difficultés quotidiennes à m'adapter à un contexte, un environnement technique, pourris d'obstacles bénins, comme ces gardiens de zoo qui cachent et suspendent les fruits et les friandises dont doit se nourrir le chimpanzé. 

lundi 23 octobre 2023

Pourquoi Nîmes est une ville mythique et sacrée.

Tout le dit mais encore faut-il y voir clair.

Sortez de la gare, façade néoclassique prolongée de part et d'autre des arcades supportant l'arrivée et le départ des trains, temple de la modernité dans un combat des élites protestantes qui battirent en face, admirant la vapeur, leurs  hotels particuliers, remontez les allées qui leur font face, maintenant parcourues par un canal à petites cascades en son mitan, passez la fontaine de Pradier, majestueuse mais peu mémorable, remontez devant les arènes, l'amphithéâtre en train d'être trop blanchi, contre le nouveau Musée dit de la Romanité, vers le Lycée Daudet qui fut, exemple foucaldien : prison, hôpital et lieu d'éducation bourgeoise, passez devant son horloge monumentale, signe d'un temps où les bâtiments public devaient exposer les antiques vertus et la fierté de la République, allez tout droit au passage entre Maison Carrée, temple dédié aux petits fils d'Auguste et Carré d'Art, temple de verre du brillant et encore contesté ici Norman Foster, allez droit en passant par la Fontaine et le temple de Diane à la Tour Magne sur sa hauteur.

Vous aurez parcouru un condensé topologique du tétramorphe feu, terre, eau, air. (****)

D'ailleurs on y sacrifie toujours dans un cercle elliptique à Mithra.


(****) . . . et pour ceux qui s'intéressent plus sérieusement à ce thème, se reporter au très complet et 4 étoiles article de Patrick Peccatte dans son Carnet de recherche "Déjà vu" : Le tétramorphe, une appropriation chrétienne d'une figure cosmique.