mardi 22 octobre 2024

H O B .

 H O B , ses initiales perdues dans un glacis de peinture par endroit vaporeux, comme un nuage suspendu sur les hauteurs abstraites mais si proches de notre ciel. 

Hugo Orellana Bonilla.

Il avait utilisé ce grand tableau comme affiche ou signal d'entrée de la galerie dans la cour de l'Alliance de Miraflores à Lima. Il était descendu de ses montagnes à plus de 3.000 mètres et nous lui faisions une rétrospective sur l'initiative d'un de ses amis français connaisseur inspiré du Pérou. Dans la galerie elle-même on avançait entre des assemblages de couleurs rares, des rencontres bizarres de textures, fortes ou légères, de nuances vives ou éthérées, en nappes comme des sons. Peu à peu on devenait sensible à cette quête, à cette écoute de l'insaisissable et à ces chocs de sensations. Pas étonnant il avait passé une partie de sa vie après son parcours initiatique de formation qu'on pouvait dire classique : Lima, Mexico, Florence, Paris, à recueillir les musiques andines de sa région native, Jauja, première capitale du Pérou imposée par Pizarro en 1534.

Quand je regarde cette toile suspendue assez haut, au-dessus de ces petites peintures sur planche anonymes de San Francisco et de Santa Rosa de Lima nourrissant des oiseaux, je vois son dos légèrement vouté, son regard modeste tourné vers les cimes et son extrême gentillesse.

lundi 21 octobre 2024

Figa.

La figue comme signe.

Un bout de pouce apparaît entre index et majeur.

On peut prendre l'ensemble comme représentation gestuelle symbolique du sexe féminin et lui adjoindre une bras d'honneur pour faire bonne mesure ou en faire, introduction du pénis dans le vagin, une représentation de l'acte sexuel entier et on peut alors lui faire dire, par métaphore hardie et par antiphrase ou litote, ce qu'on veut, insulte, simple et forte négation, protection contre le mauvais œil, geste porte bonheur, selon la culture dans laquelle se situe ce geste de la main, grecque ou latine ou étrusque, jusqu'à l'asiatique, japonaise, coréenne, en passant par l'Inde et le champ balkanique où il est marque d'opposition.

Au Brésil sans équivoque, transmis par l'héritage colonial portugais, on en a fait un geste apotropaïque banal : on fait porter en breloque ou pendentif une figa au bébé pour le protéger contre les menaces qui planent sur lui. Plus tard, l'adulte brésilien ou le touriste de passage aura mille occasions de s'en procurer une pour affronter les moments difficiles de sa vie d'autant que cette main pourra très bien faire bonne figure, si l'on peut dire, accolée en pendentif au pé de moleque, ce pied d'esclave fugitif coupé, devenu, là aussi, par antiphrase et  retournement, comme si c'était un gentil pied d'enfant - mais c'est aussi le nom d'un gâteau ! -  porte bonheur.

Il se trouve donc que j'ai retrouvé ces jours-ci une petite et longue figa . . . crue perdue depuis un temps lointain. Une figa en tourmaline noire, au bras long.

Elle véhicule, objet mémoire, une histoire de dispute intime (celles dont on ne parle plus jamais, encore moins ici) dans mon jeune couple expatrié au Brésil. Un Brésil inoubliable qui nous a semblé dans sa cruauté et sa vitalité, dans notre découverte de l'ailleurs du monde, le paradis. Violente dispute. Jetée par terre elle s'est cassée. Réparée depuis des lustres, recollée, enjolivée d'un bracelet d'or minuscule et ajouré elle en dit long sur les retournements. 

Vu la longueur et la durée, je crois qu'il faut y croire.


vendredi 18 octobre 2024

(que faisait) Dio Darko Brac ?


Vous me direz : mais que faisait exactement Dio Darko Brac ?

Je vous répondrai : difficile à dire.

Quand je l'ai rencontré il avait déjà été, par une série de circonstances étonnantes, conseiller spécial, ce qui veut dire beaucoup sans qu'on sache très bien quoi, de ce nouveau Président adoubé par des élections qui avaient fortement mécontenté la moitié de la France ou presque et qui avait inversement rendu la foi en la politique, peut-être avec une composante de naïveté bien propre aux militants qu'on appelait encore à l'époque "progressistes" , soutenus par l'autre moitié, et un peu plus, des électeurs de notre beau pays.

Si je vous en parle c'est bien pour rappeler sa présence constante dans ma vie. 

Le récit de ses "aventures", de ses tribulations incessantes que j'avais pu consigner, rapporter et mettre au clair, me servant des notes rapides qu'il m'envoyait constamment, occupaient un flot de pages que j'avais provisoirement scindées en trois parties, presque, vu l'épaisseur des feuillets et cahiers accumulés, en trois tomes. Pour m'y retrouver j'avais trouvé trois titres provisoires : 1 -  le messager cannibale,  2 - beauté fractale et enfin le troisième, pas le plus mince, ses dernières enquêtes et pérégrinations s'étaient multipliées : 3 - rien ne va plus (et peut-être un tout dernier, sait-on jamais, mais cela dépend de tellement d'impondérables : 4 - vestiges, vertiges).

[Parenthèse juridique : ces titre de manuscrits déjà écrits ont été déposés avec les feuillets tapuscrits correspondants auprès de la société des auteurs en puissance, la fameuse et peu connue S.A.P.]

Et surtout, qu'était-il devenu entre temps, lui le protagoniste sans arrêt menacé ?

jeudi 17 octobre 2024

Lares, Pénates, Mânes.

Si j'ai pu transporter mes pénates auprès de divers lares c'est que j'avais sans doute de bons mânes

et que ces dieux domestiques, celui, celle ou ceux de mon foyer et de mon garde manger (donc transportables), celui, celle ou ceux des lieux que j'ai hantés (dieux inconnus qui m'ont accueilli), celui de mes ancêtres et de leurs dieux protecteurs, généralement un couple tutélaire, se sont un jour mis d'accord après m'avoir expédié du Sud, 

à l'Ouest 

                                                         puis au Centre de la France, 

                                                                                                                              explorer au-delà, 

le Sud de l'Amérique 

puis l'Ouest de l'Afrique,

                                                             puis son Centre et enfin, avant de revenir chez les Celtes                                                                                                                                                      romanisés du Sud, 

au Nord-Ouest de la Sud-Amérique.

Ils m'ont refusé l'extrême                                                                                            Est de l'Afrique (Madagascar) où j'aurais bien aimé aller, ainsi que ce monde fabuleux du 

Sud asiatique (l'Inde) que j'aurais tant aimé explorer un tant soit peu même si l'établissement de relations de travail y sont pour nous, francophones et Français de France, un peu difficiles, on m'en avait prévenu.

             Ainsi suis-je hémiplégique du monde. 

C'est sans doute ce que les dieux, ces dieux modestes, attachés à nos petites vies,

y compris mes ancêtres, dont l'un peut-être, du côté de ma grand-mère maternelle, oncle lointain, missionnaire ou militaire ou marchand ou autre ? quelle raison eut-il de partir ? Aventurier ? mythique et ni définitivement revenu ni retrouvé aurait vécu en Afrique (c'est vague . . . ) et sur le continent sud de l'Amérique, ayant eu l'occasion de fréquenter . . .  certains peuples dits aujourd'hui premiers, (je garde quelques vestiges rescapés de ces voyages inconnus de nous et rapportés lors de l'un de ses deniers et très rares retours, mais ces vestiges sont à la fois peu nombreux et non identifiables pour une localisation précise, et en partie égarés . . . . l'un d'eux constitué de sandales de cuir dont je me souviens à peine avait disparu de mon héritage lors de mon propre retour de l'étranger, jetées . . . . sans doute, détériorées et rongées parles rats) 

ont voulu semble-t-il. 

Je n'ai pu faire personnellement que de rapides incursions et survols surtout théoriques, livresques, cinématographiques, oniriques, dans ce lobe oriental qui donc m'échappe comme expérience et m'intrigue aujourd'hui d'autant plus; 

curieusement je ne le regrette pas vraiment. 

Me reste un hémisphère (presque) totalement (voué à l') imaginaire.


mercredi 16 octobre 2024

Chef.

Etre chef est impossible.

Il faudrait pour y arriver mobiliser toutes les qualités du monde. Une autorité ne pourrait être justifiée ou acceptable que par une concentration de compétences humblement humaines allant de la plus lucide conscience omnisciente aux pratiques les plus bienveillantes, désintéressées et avisées de l'action humanitaire.

Or en général l'autorité du chef ou du sous-chef ne s'impose que par décision et action péremptoires sans vrai raison qu'égoïste, à courte vue ou, dans le meilleur des cas, calculatrice mais bornée, et née de la précipitation voluptueuse à trancher, imposer, dominer.

Le chef devrait toujours se mettre à la place de l'autre, or peu de gens ont ce pouvoir majeur de clairvoyance et d'empathie.

J'avoue qu'ayant horreur d'être dominé parfois par des incapables ou/et malveillants, j'ai voulu être chef dans mon espace propre.

J'avoue n'avoir jamais réussi ni essayé vraiment d'y arriver sans tomber dans l'un des travers de presque tout chef : être sensible aux louanges, trancher malgré les gants que je croyais porter, trop brutalement, être trop sensible aux inimitiés, incompatibilités, hostilités, ou, plus grave donner l'impression par hâte, désir de prendre le contre-pied, illusion de pouvoir ouvrir une voie,  ou peut-être mépris sous entendu, finalement par orgueil, que j'agissais par caprice inexplicable.

O (de certains ) Objets (culte des).

Mon fétichisme ne se manifeste pas (rempart, forteresse de la mémoire disloquée ?) dans mes archives que . . . même si principalement avec quelques objets ethnologiques dont j'ai été collectionneur occasionnel, dans les livres 

accumulés par sections et périodes, y compris, 

revues telles, rares résidus de toute une époque littéraire post-soixante-huitarde (peut-être consécutive et induite effectivement, par "transfert de champ" ! . . . ): exemplaires sauvés du feu, de l'humidité, de la moisissure, de déplacements et stockages multiples . . . de Tel Quel ou Change, à gramma sur Bataille (automne 1974), Promesse (printemps 71), Poétique (même année), Digraphe (76) avec des textes de Roland Barthes ou de Pierre Guyotat (quelle époque ! moi qui suis pourtant si peu nostalgique . . . ), 

parallèlement ou plus tard toutes sortes de documents sur les arts plastiques dont subsistent, rescapées de tris arbitraires et forcés, quelques Art Press du temps de Catherine Millet . . .  

. . . une armoire ou presque de guides touristiques, dictionnaires bilingues, certes . . .

ou  comme objets devenus sinon intouchables, du moins sacrés, que j'ai maintenant la charge de conserver intacts, sur mes étagères si difficiles à dépoussiérer . . .  

objets de divination africains, petites sculptures minimalistes manifestement chargées de pouvoirs,

et ces terribles huacos, poteries péruviennes archaïques, à la fois cruches à eau et instruments de musique sifflant sur plusieurs notes, retrouvés dans des huacas,  à côté de grelots en forme de tête de chouette et de bijoux de pierres en colliers, dans les tombes de sable du désert côtier, accompagnant des morts dans ces cimetières, dont ne restaient que des crânes et parfois, des bouts de mèches brunes résistantes et des tissus de suaires ornés de pélicans ou de perroquets . . . . . . .

. . . . . . . . / . . . .   Car il peut avoir lieu partout ce fétichisme. En n'importe quel objet qui du coup en devient, malgré lui et par détournement, symbolique. 

Ainsi à côté de cette série de livres aujourd'hui introuvables, parfois en éditions locales, sur les oiseaux des pays où j'ai pu vivre, mais dont je n'ai pu le plus souvent percevoir que certains et parfois seulement par leur chant ou par quelques éclairs de plumages de loin, en réalité, souvent, pas à côté, pas tout prêt, hypnotisé de cette beauté fugace, ni comme filmés dans les documentaires animaliers qui sont aujourd'hui mon pain quotidien, et . . .

. . . dans une autre armoire, ces livres vieux trouvés ou récupérées à droite et à gauche, éditions de certaines livraisons oubliées où se manifestaient les plus grandes superstitions exploitées en librairie ou vitrine de gare, au sujet des pyramides ou des lignes de Nazca (les vraies et mystérieuses lignes du désert), y compris cette magnifique supercherie virée au carambouillage grotesque organisé par un chirurgien ayant fait fabriquer des galets gravés pré-incaïques pour son fallacieux pseudo-musée personnel sur place . . . (nos élucubrations archéologiques ne sont-elles pas parfois tout aussi faramineusement incongrues et mensongères ? songez au temps qu'il a fallu pour comprendre que les restes d'animaux découverts immergés dans des mers de glace ne relevaient pas, dans la préhistoire nordique, d'un quelconque culte fait de sacrifices animaliers mais d'un comportement humain anticipant sur nos réfrigérateurs.)

Ainsi je garde aussi, punaisée à une porte de meuble, la lettre courtelinesque de réponse administrative envoyée à mon beau-père pêcheur de sandres et brochets devant l'Eternel, qui s'était plaint en haut lieu d'une restriction de cette pratique à la suite de la modification d'une digue dans un certain lieu de rencontre entre deux cours d'eau (le Tarn et la Garonne). 

Peut-être parce que pour moi (qui ne suis ni pêcheur ni chasseur et qui n'ai jamais pris au sérieux un dixième de nos actes et coutumes bureaucratiques) ces lieux de rencontre et d'eaux mêlées ont une toute autre signification intime et secrète.

Ainsi j'y tiens beaucoup et j'ai accroché dans la fameuse cabane de jardin dont le toit rénové et fait d'un matériau nouveau qui prend légèrement l'eau, ah progrès incessant des fondamentaux ! un archaïque râteau fait . . . 

Sans parler de ces couteaux pliants portatifs, anonymes et usés,  mais de (chefs de) famille à n'en pas douter qui de temps à autres me servent à couper des pages . . .

J'utilise souvent, objet encore plus trivial . . . cette pierre à aiguiser de faucheur . . .

On le voit, ancien nomade je vis en quelques lieux . . . je vis . . . sauf ici . . . parfois, ou justement d'autant plus enraciné ici maintenant, un peu partout et ailleurs, entouré de marquages et de bornes parfois illisibles.

mardi 15 octobre 2024

Liste.

Voici les prochains mots ! :

Vaisselle (tant de).

Chef(s) multiples et déjoués ou pas . . .

Livres (l'importance des et leur place dans les impedimenta ou les pénates transportables ou pas).

Lares (dieux).

Lieux (encore . . . . et de leur importance dans la complexion interne).

O (de certains) Objets (culte des).