vendredi 8 novembre 2024

P de (bon) Polar.

Aujourd'hui, jeunes ou vieux auteurs pour que votre polar (son scénario préalable ou entièrement écrit déjà) soit accepté-table, film ou roman, la première condition auprès du producteur-éditeur est que le flic, l'enquêteur, le détective privé, le détective amateur improvisé, en tous cas le principal protagoniste inspiré par sa quête, soit malade pas souffreteux, si possible gravement et/ou traumatisé par un événement de son enfance ou de sa vie d'adulte, à minima alcolo, allons jusqu'à la névrose, lucidement désespéré par ce qu'il a vu chez lui et chez les autres, plein de douleurs récurrentes et culpabilisé par son passé, et pour commencer à deux doigts de la retraite ou de la mort, en vacance/s et rattrapé par son travail et sa conscience, brutalement comme la douleur aigue d'un mal de dent qui surgirait en plein moment de bonheur, happé, chu dans le piège profond, repris par une tâche spécifique après cette sensation de vacuité provoquée par sa mise à pied, son absence justifiée ou non, ou son pot de départ.

Pourquoi tant de conditions et de précautions ?

Peut-être et pas pour rien, 

pour mettre à vif et dénuder cette notre propre sensibilité

propre à nous, passifs et un peu anesthésiée, 

noyés que nous sommes au sirop de modernité avalé, 

pub-confort-bien-être-bien-pensance, épaisse tartine étouffante triangulée, perfusion douce . . . 

par réaction d'identification mimétique à ce héros, sensible capteur déglingué, 

gencives, rétines, tympans dégagés, sans cils, sans paupières, sans lèvres, sans pavillon, sans protection, réveillés,

exposés

à l'horreur, aux coups, aux tabassages, aux trahisons, aux meurtres, aux aléas inévitables, piment redouté de la vie, qui vont suivre. 

Danube.

Je crois savoir ce qui nous manque.

Incontestablement, oui, un paysan du Danube.



jeudi 7 novembre 2024

C des mille Césars.

 Car enfin comment prétendre qu'ils furent douze ? 

(comme Suétone, le laconique Suétone, bibliothécaire et conservateur en chef de l'empereur Hadrien qui eut toute latitude par accès spécial aux archives impériales, pour raconter méthodiquement et sans litote mais donc très laconiquement ce qu'il faut savoir de César lui-même et de ses successeurs, souvent fils adoptifs ou neveux et descendants du vainqueur des Gaulois, écrits qui ne purent être mis entre les mains des jeunes latinistes pas forcément ravis de devoir traduire et d'abord comprendre la concision extrême de certaines notations du maître du discours froid et même glacial, qu'en fragments expurgés des sauvages cruautés, brutales folies et surtout débauches prodigieuses ((si nos latinistes en herbe l'avaient su auraient-ils pu être un peu mieux motivés (((?))), en cet âge excité, frustré où nait cette curiosité des détails grivois, graveleux, voire lourdement grossiers, horribles détails décrits la plupart d'entre eux selon la vox populi mais souvent avérée par les témoignages) . . . . ? 

Etrange de voir comment la race humaine a produit tout au long de l'histoire et produit encore et plus que jamais, des despotes.

Note peut-être nécessaire : Blaise, un ami internaute majeur, me fait remarquer à très juste titre que ces despotes sont disséminés à tous les niveaux de la pyramide sociale jusque, et souvent, hélas, dans le repli secret ou glorieusement ostentatoire des hiérarchies et des familles. C'est bien ce que je suggérais, non seulement prolifération et dissémination historique mais métastase des mille Césars de toutes les tailles nichés partout dans la fourmilière, pas seulement au sommet politique.

mercredi 6 novembre 2024

S de "Shame".

Jour de honte pour toute l'humanité.

Ce n'est pas un seul peuple ce sont tous les peuples qui sont ainsi.

La majorité des individus formant les peuples, et cela arrive dans tous les peuples, pour peu que ce peuple se sente un peu en désarroi ou se trouve réellement en crise, et l'histoire est une une succession de crises, choisit ou se laisse imposer au lieu de celui ou celle qui pourrait le mieux répondre à ses aspirations, à ses besoins, à ses nécessités, celui qui plus par sa personnalité que par son programme, s'impose lui-même. Celui qui a assez de vitalité, d'audace, de croyance en lui-même, de virulence, de vanité, pour se projeter en chef d'Etat. Celui qui est animé d'une si puissante ambition qu'il est prêt à tout écraser, à tout enfreindre, mépriser, piétiner, violer ou pire pour y arriver.

On parle d'Etat voyou. 

Ne devrait-on pas dire que tout Etat devient voyou sous la coupe, de celui qui par ses actes et son exemple, son égocentrisme forcené impose son modèle scélérat ?

Mais après tout ce despote parfois élu n'est il pas choisi comme meilleur représentant de nos propres tendances inavouables et inassouvies ?


lundi 4 novembre 2024

Bio and Co.

J'étais en train de peler une pomme d'une seule venue avec mon couteau le plus tranchant et la peau spiralée à formé dans l'assiette exactement ça : bio & Co

Mais le tout n'est pas de vivre bien que ce soit premier. L'essentiel serait ; ; ; 

de faire plus que vivre, de . . . se dédoubler (ce que nous faisons tous) mais pas par autolâtrie, par tentative et application d'extrême lucidité ou de simple auto-dérision critique. Tout au long de sa vie, se voir, se situer, se recadrer. De ce mécontentement constant, de cet inachèvement, de ce regard de l'autre réel ou imaginé, nait l'écriture, peut naître l'autobiographie ou l'aptitude à essayer la place de l'autre, sa vision extérieure à la mienne. Ecrire serait porter un miroir en traversant le monde a-t-on pu dire à peu près, dédoublement, reflet, promener une chambre noire, mimesis, parodie, dessin, caricature, portrait.

Mais pour raconter il faut avoir vécu. Je dirai être proche de la fin. Oui c'est plus légitime. Non pas c'est moi, regardez ! voyez ce que j'ai déjà fait et vécu dans ma prime jeunesse, ou à trente ans à peine, mais au contraire, il se trouve que je vais disparaître et je laisse tout juste une griffure dans l'écorce, seulement ça, un caillou sur mon chemin, un poteau de couleur, un graffiti de mur de prison, une petite sculpture de table, taillée dans le bois, sans prétention, déjà blanchie par son séjour de flottaison sur les ondes et les colères de la mer, car je ne suis que ça, ce naufrager perdu tournant en orbite ou accroché à son radeau, à son île déserte, ce prisonnier, cet adolescent, ce petit poucet, ce vagabond des forêts.

Mais encore, non retiré, vivre encore. Et quels que soient les soubresauts et ruptures et bouleversements autour, ne pas lâcher . . . ne pas renoncer . . . 

Sinon il n'y a pas plus d'histoire que de champ déjà ouvert devant le laboureur. L'histoire peut à chaque instant encore basculer. Finir. Reprendre. Bifurquer. S'enliser. Rester inachevée ou traverser encore une baie, un méandre, un pont suspendu.

Il faut attendre. 

Si je n'ai pas plus écrit c'est que j'ai privilégié la vie. Le vécu. Je n'avais pas d'ailleurs aussi fort cette envie de raconter. Je voulais construire, explorer et éprouver. Peut-être jouer un rôle. Que de fois ai-je eu cette impression de jouer un rôle ?

Et aussi vivre le grand amour. 

Oui tout ça.

Dévoiler, rencontrer. Avoir plusieurs vies. Simplement chercher comme plaisir pur. 

Essayer de comprendre. Le plus difficile et improbable. 

Si aujourd'hui j'écris sur un écran transparent au vu de tous, c'est encore pour continuer à vivre. Pour essayer encore de percer des secrets. Je n'ai pas dit le grand secret. De petits bouts. Elucider. Fragmenter les mystères et en résoudre quelques uns. Cette fois avec le recul et toujours pas d'indifférence. 

N'étant plus apte aux grands départs, aux grandes aventures mais cherchant toujours l'inconnu.

M'inscrire sans maillot numéroté, sans sponsor, comme un coureur solitaire, heureux de participer, dans ce grand marathon, coudoyer ces milliers, millions, milliard bientôt de blogueurs déjantés, courant on ne sait où. 


samedi 2 novembre 2024

C de Carnets et Courgettes.

J'ai utilisé au fil du temps toutes sortes de carnets et de cahiers aux pages quadrillées, aux couvertures de couleur, aux endossures, dos et mors, de tissus noirs, aux cartons de couvertures ornés de photos décoratives, aux feuilles reliées par une spirale traversante, de temps à autre entre lardés, pense-bêtes ou marque-pages glissés dans le volume, faits de demi-pages A4 ou juste pliées en deux, quand elles ne formaient pas, ainsi emboîtées, de mini-carnets, contenant des notations encore plus rapides et à reprendre.. C'étaient là mes matrices, ces carnets de notes, des points de départs arrachés aux activités quotidiennes en guise de marche pied, de plongeoirs ou de tremplin pour des récits ou des réflexions à travailler éventuellement plus tard. 

Moi qui aime tellement les incipit, cet art de ne pas finir de commencer, de laisser le champ ouvert, de poser des marques d'avenir, des occasions de re-commencement, c'étaient mieux encore, mes pré-incipit en quelque sorte.

Multiplier les starting-blocs.

J'en ai eu quelques uns de ces dépôts de projets où tout se mêlait - faute de temps pour développer ou souvent encore plus dans l'urgence de peur d'oublier, parce que j'avais ce carnet sous la main, sur un appel, un coup de fil, pour ne pas oublier une précision, un détail, une référence qui m'avait traversé la tête ou qui m'était tombé sous les yeux - des choses concrètes à faire, des tâches ou des relevés quotidiens qui pouvaient ainsi, séparés entre deux traits ou pas, voisiner avec des bouts d'inspiration jetés en vrac, le tout n'interagissant que rarement, collages absurdes, sans aucun intérêt a priori.

Aujourd'hui j'ai moins d'obligations, moins d'occupations, de presse,  j'ai donc conjointement sur mon bureau deux carnets théoriquement bien distincts, l'un couvert de photos de tranches horizontales de plages caillouteuses superposées, l'autre à la couverture faite de la photo d'une collection de papillons épinglés sur le même présentoir.

Mais il arrive encore que par le fait du hasard de mes déplacements dans la maison ou beaucoup plus loin, je n'ai pas le carnet qui convient.

Il m'indiffère alors, encore de noter mes courses dans la proximité d'un petit texte où je dis trois mots de ce que je suis en train de lire ou que j'ai envie d'écrire. Tiens actuellement je retrouve écrit à côté et en même temps qu'une note sur les nouvelles de jeunesse d'Hemingway et qu'une autre sur les premières impressions heureuses à la lecture des premières pages d'un roman écrit par Laurence Cossé restituant scrupuleusement les étapes de la construction de l'Arche de La Défense, cette notation : plutôt que courgettes si sèches et si chères, voir les fameuses et luisantes aubergines surdimensionnées.

vendredi 1 novembre 2024

G de généralisations totalement abusives (ou autrement dit A d'Australiens ou P de Polonais)

 J'aime les films australiens, pas seulement parce que l'Australie c'est tellement super-exotique pour un antipodien nîmois surtout connaisseur de l'autre côté du monde, avec tous ces déserts et toutes ces bêtes d'une autre planète, mais parce que cette violence brute et sacrée dont ils nous abreuvent, cow-boys et gens déclassés hors normes, aux mœurs d'aventuriers rastaquouaires ou minimalistes de la carabine Sako, en bute aux conditions accablantes du bush, aux incendies et aux résidus déclassés des 500 peuples premiers occupants, outrepasse, celle, éculée et vintage mais lissée et recolorisée des violences des vrais westerns trop vues.

J'aime aussi mais un peu moins les films polonais nourris de plaines brouillardeuses et tristes, de villages délabrés, de bureaux et mobiliers urbains misérabilistes, de combines assaisonnées de trafics d'alcool et de frontières et surtout de ruses troubles et implacables et aussi des rancœurs et férocités non disparues dans les mémoires de la Guépéou et autres NKVD.