vendredi 3 juin 2022

APROCHANT ce n'est pas une faute.

 Oui, c'est pas approchant mais on n'est pas loin d'y arriver.


Si au lieu de proposer la peine de mort pour les inventeurs ayant inventé des machines horriblement bruyantes, inventions destinées à se répandre dans la nature comme le jet-sky, la tronçonneuse, la débroussailleuse, le balai soufflant, and so on . . .

de toutes façons c'est trop tard,

je vous disais que mon objet est de fonder une simple et efficace Association de PROtection du CHANT des oiseaux.

Il y aurait une carte des territoires soumis à l'APROCHANT où toute intervention venant en concurrence avec le chant des oiseaux tomberait sous le coup d'une interdiction immédiate avec saisie du matériel et paiement d'une amende tombant dans le budget destiné à financer la matérialisation visuelle sur le terrain de ces cartes et la création d'une brigade d'intervention ad hoc.

Ce pourrait être, je l'espère, plus efficace et immédiat que l'ONU dans d'autres sphères où l'intervention pour la régulation globale de la paix, soyons honnêtes, n'est pas évidente.


jeudi 2 juin 2022

Trilectio.

 Je ne sais pas du tout quand ça a commencé.

C'était peut-être déjà quand j'étais tout petit, par appétit, voracité, boulimie et opportunités passagères.

Lire à toute allure un livre qui ne vous appartient pas, qui ne vous est pas destiné, peut-être un livre interdit au très jeune apprenti lecteur (mes parents m'ont toujours dit que je lisais - par leur faute d'éducateurs - couramment, dés quatre ans - un livre de la bibliothèque secrète ou qui se trouve par hasard dans un logement qui n'est pas le vôtre et qu'on sait ne plus retrouver ailleurs. Ainsi, ne volant pas les livres par principe (rien de plus décevant de la part d'amis indélicats), il m'est arrivé tout au long de ma vie, par la suite, de voler leur lecture, insecte butinant clandestinement de-ci de-là.

Et le fait est là, après des années de variations dans l'art savant de lire n'importe quoi vite, j'ai dû continuer. J'ai même dû plus que jamais m'entraîner et m'habituer à lire et parcourir n'importe quoi. Y compris à cent lieux de mes propres intérêts. Car je ne parle ni de récits de voyages ni de romans, ni de ma très chère métaphysique et des scholies de Spinoza. Sans parler des rapports comptables et fameuses dépêches de mes prédécesseurs . . . mais, vous avez compris.

Par exemple durant les brefs passages de mon existence où, bombardé d'informations à ingurgiter dans un nouveau poste et un nouveau pays à peine connu de moi, je me dispensais de mes lectures favorites et des relectures des cent titres que j'ai toujours emportés dans mes déménagements multiples, pour me concentrer, afin d'être rapidement opérationnel (j'adorais ensuite quand on me disait, c'était faux et pure apparence gagnée en vitesse de réaction et de déplacement : "vous qui savez tout" . . .) sur des articles informationnels et sur la lecture quotidienne de toute la presse accessible, sur les radios, les publicités, les feuilletons, sur les guides aussi (quelques uns peuvent être des mines d'or), sur la langue,  l'apprentissage un peu fluide de ses subtilités verbales, écrites, familières . . . etc . . . et sur les interrogatoires que je faisais subir à mes introducteurs autochtones ou non . . . 

. . . oubliant l'art serein de lire pour le plaisir pur, allongé ou semi-allongé, emporté, rêveur, dans cette parenthèse détachée du travail obligatoire qui a été baptisée vice impuni.

Si bien qu'ensuite, après interruption, la reprise de ces parenthèses, mais avec de nouveaux livres à découvrir, mais encore vite, trop vite parfois, devenait un plaisir double ou triple, joie de lire dans une langué étrangère, sur des thèmes inconnus, des auteurs insoupçonnés chez nous, congolais, uruguayens ou cap-verdiens . . . .

Mais bien entendu, ces nécessités, ces habitudes, ces plis pris, cela n'explique rien, surtout pas mes partis-pris. 

Simplement je constate que sur mon grand bureau, sur ma table de nuit ronde, par terre sur le carrelage, s'accumulent des ouvrages anciens, sans arrêt renouvelés, non pas forcément nouveaux - car on laissera toujours de côté et à jamais tellement d'univers - ce peut être des lectures reportées à plus tard ou vraiment inattendues par désuétude voire obsolescence, lacune à combler ou et souvent totalement hors actualité ou parfois dictées par elle.

Ainsi, actuellement, je lis trois (chiffre idéal pour moi depuis quelques temps) livres en même temps, par bribes successives : 

Les Faux Monnayeurs de Gide, constat virulent des faux-semblants bien compliqués de la morale bourgeoise, publié en 1925, toujours laissé de côté et, ma foi, témoignant d'une époque, L'Indésirable de Régis Debray " le trop bon élève qui meurt d'ennui en France", comme il a été dit, chronique du révolutionnaire intello hyperdoué en Amérique latine durant les années 60 et Della Parte di Lei traduit en français sous le titre "Elles" de Alba de Céspedes ; 

vous me croirez si vous voulez, le constat violemment féministe,  superbement décrit dans le détail juste et écrit avec cœur et noblesse pour lequel je voterai est celui de l'écrivaine cubaine élevée par des parents diplomates en Italie qui date de 1948 et que plus personne ne lit plus, du moins ici.

mardi 31 mai 2022

allusion à une ode à Kinshasa.

 Bien sûr j'ai toujours préféré RIO, la rivière de janvier tropicale, capitale des moiteurs, ville cosmique et tellurique aimée des Orishas. Plages, pics granitiques et forêt Tijuca.

A la rigueur le ciel toujours bleu et la facilité fraternelle, stratégique et linguistique (pour un Français) de Dakar . . . et l'humidité grise sans pluie, pleine de beautés et secrets enfouis dans les brumes, de Lima, ou même l'exotisme modéré de Barcelone la bouffonne, la moderniste géométrique et avant-gardiste, sans parler de Milan et autres merveilles.

Mais le plus grand choc ce fut de découvrir la vie underground de Kin la Belle en période de misère post-guerre et de dictature en surface. Peinture et musique des profondeurs. Haute température. Sensualité débridée. 

Beaucoup mieux que moi, l'inénarrable et chaleureux Pierre Haffner disparu en novembre 2.000, hommage lui soit rendu, devenu par la suite, sous la houlette de Jean Rouch, entre autres sommités, enseignant chercheur du cinéma africain, auteur d'un incroyable manuscrit non publié quand je l'ai connu (intitulé à l'époque "Les Nuits de Kinshasa"), véritable ode à cette cité en ébullition, agglomération dépassant les vingt millions d'habitants en comptant les quartiers périphériques, autant de "cités" "sensibles" sans routes, sans eau et sans égouts, auteur par ailleurs de plein d'autres ouvrages et déjà quand je l'ai connu, pionnier et organisateur des festivals du film africain, Ouagadougou, Carthage; 

il aurait donc su dire mieux que moi cette culture pauvre, hurlante, haletante, intempérante, de parade sexy de la nuit, de la bière à flot, de musique afro-cubaine revue et corrigée aux instruments à cordes (quelque corde que ce soit) ou de percussion, bricolés (grands tambours, caissons, maracas, simples bouts de bois) aux limites de l'acrobatie, de l'ironie, pour atteindre un rythme syncopé inimitable, insoutenable et on dirait inusable, des années 50 à aujourd'hui et sans doute bien au-delà, en simple rumba ou patchanga, inégalable sans l'apport secoué, inventif, de jeux raccourcis et mots arrangés sur la langue, danseurs collés, bango nionso bambanga, lallations, fleurs labiées emportées sur les syllabes du lingala.

lundi 30 mai 2022

Attention, accrochez-vous.


 Car je vais commencer à parler (aussi) de mes amis Facebook.

Ce n'est ou ne serait pas juste de ne pas parler de vous, lecteurs 

(maigre lectorat, amis seulement, mais pas du tout venant, du lectorat élu, oui élu, élu par la difficulté, j'en ai bien conscience, à suivre ce discours haché menu, essoufflé, inconstant) 

qui me soutenez dans cette tâche interminable de détailler, fragment par fragment, article par article, lettre par lettre en désordre alphabétique, par bribes avouées, le contenu total de mes souvenirs, de mes fables, de mes fantasmes, de mes incursions dans la fiction, de ma vie, de mon avenir ou ce qu'il en reste, à supposer que ces choses soient miennes (le possessif est souvent trompeur), de ce contenu insaisissable et continu de ma tête, de tout ce qui (s') y passe, mes jugements à l'emporte pièce et mes tentatives bien insuffisamment documentées et réfléchies pour essayer de comprendre tout ça de telle sorte que ce témoignage (beaucoup plus que confession) d'un enfant du siècle précédent * soit un peu compréhensible aussi par d'autre, vous donc, transmissible et sinon passionnant ou excitant toujours, mais un peu lisible par ceux qui, ayant assez de fidélité ou d'indiscrète curiosité, ne trouvent rien de mieux à faire, à lire . . . pour l'instant présent, soient en tout quelques petites secondes suffisantes pour lire ( déchiffrer presque) chaque comment dire . . . chaque brisure, bout, éclat, parcelle détachée, jetée, chaque fruit minuscule d'une production incessante, grimoire improvisé, jet, elle-même résurgence d'élans parcellaires et brisés.

* qu'il soit clair que je ne voudrais pas déranger Alfred de Musset dans sa tombe. Cependant, souvenir burlesque, une élève, et bien malgré moi - n'ayant pas coutume de citer en cours "magistral" mes propres élucubrations extra-académiques, quand je parle d'auteurs du rang de Leibniz ou Husserl - avait cité deux de mes vers (je venais juste de publier un petit recueil de poèmes) dans une copie de français au bac. Cette gentille bévue me fut rapporté par un collègue goguenard et semi-dépréciateur à mon égard. D'autant qu'en effet je portais alors la barbe et certains étudiants, je l'appris par hasard et par la bande m'appelaient Musset en rigolant. 

Note : pourquoi tout à coup aucun lecteur en Irlande et aux Etats Unis ? Mais non. Pur arrêt de transmission ? Vaine crainte, vous voilà de nouveau plus nombreux qu'en Belgique et en France. Salut.

Pouce passé sur les lèvres.

 Un pouce passé sur la lèvre ? Serait-ce une influence du cinéma ?

De même que j'ai commencé à fumer vers 16 ou 17 ans sans doute plus par l'influence du film noir français que par celle du fameux cowboy américain et continué jusqu'à l'âge de 50 ans passés, hélas, par habitude, pose, voile de timidité, imitation je crois de Sartre, Camus et Malraux aussi et sans doute au fond de moi, finalement sentiment de supériorité sur les proprets et sages petits bourgeois disciplinés, adeptes de l'hygiène de vie, que beaucoup d'autres comme moi, reprenant les gestes hypnotiques projetés sur grand écran sont ou ont été sensibles aux influences du cinéma, de l'image exposée de la littérature, de l'air du temps.

Je me souviens même du jour où mon père m'a dit : "ah tu te coupes le fond des pattes dans l'autre sens maintenant". C'était un essai sans doute programmé par l'influence imitation superficielle et insidieuse du sens de la coupe, non plus vers l'arrière mais vers l'avant, de la jonction cheveux/barbe rasée chez Belmondo dans A Bout de Souffle de Godard. Quel ridicule de surface dont nous (moi en tout cas) sommes faits !

Je me souviens aussi de ce pouce (côté ongle) passé sur les lèvres utilisé par plusieurs acteurs sensuels et virils qui marqua certains sub/in/infra/conscients vers la même époque.

Quel mal y a-t-il à cela, sûrement aucun.

Mais pour sûr nous sommes faits de tout cela, ces accumulations de surface et de riens, si profondément ancrés dans nos rites et mythes qu'ils sont une partie de nous non négligeable et qui sûrement influe aussi ou révèle nos profondeurs.


vendredi 27 mai 2022

I d'Incertitude.

 Choisir, trancher, vaincre l'incertitude qui nous stoppe, nous paralyse, nous lie les mains dans le dos et nous livre aux démons oisifs et voluptueux de la passivité devenue supportable mais aussi aux états d'impuissance et de catalepsie, qui fait de nous des cadavres écrasés sous le verbiage plein de bonnes intentions de bonne part nos élites, des corps flottant dans le marécage de leur et de notre indécision.

Il faudrait une bonne fois, ô doute cartésien accoucheur de certitudes ! sortir du doute et tracer une voie.

Mais comment élire son chemin dans un monde dénaturé ( mais la nature perdue à jamais et pas forcément exemplaire . . . n'y serait, comme parangon, qu'une référence totalement imaginaire et idéalisée) ne croyant plus au triomphe de la rationalité ( moteur supposé du "progrès" de la justice, de la construction d'un ordre humanisé ), de la science et de la technique ( petites provinces surdimensionnées de cette ou de ces rationalités ), du courage, de la persévérance, de l'audace, du travail acharné (vertus morales totalement galvaudées puisque utilisées comme argument de vente des "élites" maintenant abhorrées), envahi non seulement de doutes mais surtout soumis au piétinement d'armées déchainées de mécontents contagieux, d'enragés moutonnants, d'insatisfaits radicaux souvent à juste titre, de révoltés contre toute forme d'obéissance et d'autorité, un monde qui a fait ses preuves produisant des sujets tout à coup inaptes dans le nouveau contexte créé, incapables et laissés pour compte dans l'univers des avancées imposées et . . . des miséreux par milliards, secteurs, classes, peuples entiers sacrifiés ?

Si tous les fondements et les modèles qui orientaient notre développement et nos actions s'écroulent, il ne nous reste qu'à réinventer et reconstruire. Mais là j'ai peur d'emprunter ce discours à qui de droit : nos discoureurs habituels et patentés.

Combien de fois entendus dans le débat d'estrades ces mots " il nous faut refonder . . . le parti,  ou la république,  ou bien même . . . la démocratie" ? Combien de fois avons-nous pensé : mais alors faites-le au lieu d'émettre des vœux pour qu'apparaissent, descendues rôties à point ou saignantes selon vos souhaits, du ciel tout puissant là-haut, par miracle, des réalisations a priori hors de votre portée, puisque vous n'avez aucune queue ni aucun noyau d'idée à nous donner à ronger.


lundi 23 mai 2022

Roue de Fortune.

 Etrange et banal symbolisme de cet arcane. 

Transmis ou inventé mais à coup sûr fixé, figé par la culture médiévale européenne sous forme de ce jeu de cartes ou de lames mystérieusement dénommé Tarot (en rapport avec la dénomination du jeu italien). Un jeu qui se joue comme un simple jeu mais qui se jouerait aussi, d'après les vrais ou pseudo voyants, comme un autre jeu possible, mantique celui-là. Ses figures établies et conventionnelles, belles, étranges par quelque détail, évoqueraient des phases ou épisodes de la destinée humaine et ce jeu de la vie en a déjà passionné beaucoup après Papus ou Wirth, de Calvino à Paulhan en passant par Breton et Caillois.

Banal à cause de la roue. 

Forme de loterie au gouvernail non gouvernable qui fait monter et descendre, selon leurs désirs ou en dépit d'eux, les ludions que nous sommes, soumis aux fluctuations parfois imprévues ou cycliques. Montée de l'enfance à l'état adulte et déclin vers la vieillesse et la mort mais aussi hasards et circonstances de la position dans ce cours mouvant de la vie, indépendamment de l'âge et en rapport avec la richesse, la gloire, la chance, la réussite, l'échec, le faux pas, le déclin et le hasard. Bref un concentré de banalités en 22 lames principales.

Etrange à cause des bêtes. 

Si on suit l'interprétation classique, au sommet le sphynx un peu ridicule avec son épée, orne de sa supériorité maladroite, couronnée et indéchiffrable, l'ascension maximale, à droite dans la phase ascensionnelle, le supposé chien habillé, tête en haut, si mal dessiné sur toutes les versions du tarot, figure la volonté de bien faire, d'obéir à l'ordre existant, qui permet ou a déjà permis de grimper les étages du manège et enfin, à gauche de la roue, le singe à jupette prend figure, tête en bas, de malin qui se laisse habilement et sans effort redescendre après avoir connu la canopée du bois en forme de cercle.

Ainsi notre destinée tournerait et naviguerait entre chien, sphinx (le plus étrange mélange d'animaux qui soit) et singe. Qui fait l'ange fait la bête dira Pascal. Ici les présentes bêtes de cirque acrobatiques ont quelque chose de particulièrement navrant.

Le plus fascinant de l'affaire c'est que rien malgré les personnages aux rôles reconnaissables n'y est vraiment ou purement humain.

Tout est machine ou machiné, tout se joue en table, estrade, trône, ou bête, plusieurs chiens, quelques oiseaux, ou/et artifice(s).

L'homme ou la femme dans ce jeu ne parviennent à s'incarner qu'armés d'accessoires, couronnes, épées, batons, coupes, deniers, costumes, déguisements, cordes, potences, étoiles, soleil et lune de théâtre, tour de carton qui s'écroule, eau de source, d'étang, de cruche, et pour la jeune femme nue de la fontaine dite "Etoile" joue encore le symbolisme des couleurs, partout, conventions et instruments divers.

Il est bien tentant de réactualiser le Tarot et la Roue de Fortune en ces temps qui courent aux bouleversements cataclysmiques, de mettre à la place du chien mal dessiné le fameux et injustement désigné pangolin, à la la place du singe à jupette celui de la variole et au sommet de l'acmé, virus gouvernant les calculs de la mondialisation, l'Intelligence Artificielle robotisée, bardée de sa science et sagesse prévisionnelles et de son pouvoir absolu armé d'algorithmes telle qu'elle est fantasmée dans les contes symboliques des complotistes qui sont légion et forment à eux seuls un courant puissant de notre destin.