jeudi 24 octobre 2024

IA exécrable et honnie.

Encore beaucoup (après tant d'analyses et de discours écrits, lus, déclamés déjà) de craintes exprimées au sujet des risques de déshumanisation qu'entraînerait l'exécrable et honnie Intelligence artificielle.

Personnellement je suis assez naïf pour penser que ça n'a rien de vraiment nouveau, il y a fort longtemps qu'on a tenté de nous enfermer dans des calculs, recensements, enquêtes, graphiques, courbes, statistiques, études prévisionnelles, classifications et classements en catégories, types et figures . . . J'ai toujours eu un faible pour les études anthropologiques de Cesare Lombroso sur les criminels nés ! Que d'argent on aurait pu éviter de dépenser en police, justice, prisons et châtiments si on l'avait écouté !

Il y a déjà longtemps que gouverner, prévoir, vendre des marchandises, berner, circonvenir, exploiter, enrôler, enrégimenter, maîtriser les flux, influencer et persuader est tout un, tout un art unique, celui de faire entrer l'énorme flot des vies humaines individuelles et disparates dans des conduits, moules, cases, courants, et mieux encore machines, labyrinthes, trucs à trier et machines à laminer.

On peut aussi se dire, si on est vraiment optimiste et sereinement confiant que tous ces calculs que fait la machine pour moi (elle travaille bien pour quelqu'un)  c'est autant d'économisé sur mon temps de pure expression, divagation, jouissance, extraversion ou introversion, propres ambitions, manifestation de mes réticences, actes constructeurs, égoïstes ou altruistes et dilapidation de mes possibles et de mes choix réels après examen échappant partiellement au moins par pouvoir et moyens, si je m'en empare, de dire non aux pures filières de la nécessité et du déterminisme de mes cellules, de mes gènes, de mes affects, de mes influences familiales, de mes dressages éducatifs et de mes orientations pré-télé-guidées et des vraiment eux/elles à honnir, influenceurs-ceuses. 

Tiens par exemple, on ne va pas me croire, je rêve maintenant 

que je ne peux plus conduire à mon gré sur une autoroute presque vide, et que je dois filer en paquets accolés, en anneaux de serpent, resserré entre tous les véhicules à la queue leu leu sur la voie de gauche, les camions occupant entièrement, mur mortel, celle de droite, au risque permanent d'un accrochage irrémédiable et fatal par légère déviation ou d'un enfoncement total et encastrement de tôles et d'acier par freinage brutal et mauvaise évaluation de l'un des partenaires de ce jeu reposant sur l'extrême attention et l'impeccable réflexe de chacun d'entre eux, 

d'une voiture, confort suprême,  auto-pilotée.

Après tout . . .  le monde est déjà tellement balisé, sécurisé, pré-moulu-maché, surpressé, pressurisé, climatisé et endoctriné que . . . . et oui ! ça n'a pas pourtant jusqu'à nouvel ordre empêché qu'il soit imprévisible et échappe à toute exposition universelle nous vendant, nous ventant, notre futur. Y compris en suscitant de par son propre cours régulé mais instable et indocile d'énormes cataclysmes imprévus qui nous laissent pantois.

mardi 22 octobre 2024

Livres (murs d'enceinte de).

 Je me souviens de ce très gros et lourd et très ancien livre, qui remonte à Raymond VII, était-ce à Cordes-sur-ciel, ce libre ferrat ? où s'arrêtèrent un instant tant de gens de passage, dont Albert Camus qui la goûta au point d'écrire sur lui, la perfection du site, qui était attaché par une chaîne à gros maillons, de peur qu'un indélicat aille s'emparer de ces précieux parchemins aux sujets et registres divers, qui au moyen âge, encore mis à disposition des lecteurs, attaché donc par une énorme chaîne à un pilier sous la halle publique de la ville et qui aujourd'hui, en plus légères techniques ultra sophistiquées, a été reproduit pour le musée des Augustins de Toulouse.

Emporter un livre est devenu un acte quotidien léger. Poche, valise, sac, au bout des doigts sans entrave. L'emprunter, le prêter, l'acheter, l'offrir, le voler, le perdre, le brûler, le déchirer, le corner, le tacher, le laisser tomber dans la mer, l'oublier sur une île. Le livre vole au loin de ses propres ailes comme un oiseau depuis surtout qu'on en a supprimé ferrures, reliure et couverture lourdes, cousues, emboîtées pour en faire de si légers livrets brochés.

Le problème ne commence qu'avec le rangement, les étagères et les bibliothèques.

Cette petite machine primitive, cerveau, yeux, doigts, tourner les pages et revenir en arrière s'il le faut, ou aller voir au bout si l'on veut tricher, simple et commode, à moins d'être numérisée et dématérialisée, est hyper fragile et très lourde finalement quand elle forme des bancs ou des vols entiers d'êtres contenant la vie (oeuvres d'une et racontant) extérieurement proches en apparence, mais bagués identifiés, titre, auteur, date, totalement individualisés.

Comment les mettre en cage, en cartons, en tas, en piles, en containers ?

En collections et prolifération de rangées, la croissance de la bibliothèque, pierre à pierre, brique à brique, bloc à bloc, s'arrange à former des murs où il est possible, mille signes gravés, interprétés, parois d'argile enfoncée de clous, comme dans un labyrinthe familier de s'enfermer pour chercher l'issue, la clef du mystère, la sortie du jeu.

Alors de deux choses l'une, ou le livre enferme et sert à se cacher en sa tanière forteresse, à se laisser dévorer . . . ou il sert à s'évader, hors du livre y compris.

Les deux mon capitaine. Bien que je sois du genre à fuir sans cesse l'enfermement.


H O B .

 H O B , ses initiales perdues dans un glacis de peinture par endroit vaporeux, comme un nuage suspendu sur les hauteurs abstraites mais si proches de notre ciel. 

Hugo Orellana Bonilla.

Il avait utilisé ce grand tableau comme affiche ou signal d'entrée de la galerie dans la cour de l'Alliance de Miraflores à Lima. Il était descendu de ses montagnes à plus de 3.000 mètres et nous lui faisions une rétrospective sur l'initiative d'un de ses amis français connaisseur inspiré du Pérou. Dans la galerie elle-même on avançait entre des assemblages de couleurs rares, des rencontres bizarres de textures, fortes ou légères, de nuances vives ou éthérées, en nappes comme des sons. Peu à peu on devenait sensible à cette quête, à cette écoute de l'insaisissable et à ces chocs de sensations. Pas étonnant il avait passé une partie de sa vie après son parcours initiatique de formation qu'on pouvait dire classique : Lima, Mexico, Florence, Paris, à recueillir les musiques andines de sa région native, Jauja, première capitale du Pérou imposée par Pizarro en 1534.

Quand je regarde cette toile suspendue assez haut, au-dessus de ces petites peintures sur planche anonymes de San Francisco et de Santa Rosa de Lima nourrissant des oiseaux, je vois son dos légèrement vouté, son regard modeste tourné vers les cimes et son extrême gentillesse.

lundi 21 octobre 2024

Figa.

La figue comme signe.

Un bout de pouce apparaît entre index et majeur.

On peut prendre l'ensemble comme représentation gestuelle symbolique du sexe féminin et lui adjoindre une bras d'honneur pour faire bonne mesure ou en faire, introduction du pénis dans le vagin, une représentation de l'acte sexuel entier et on peut alors lui faire dire, par métaphore hardie et par antiphrase ou litote, ce qu'on veut, insulte, simple et forte négation, protection contre le mauvais œil, geste porte bonheur, selon la culture dans laquelle se situe ce geste de la main, grecque ou latine ou étrusque, jusqu'à l'asiatique, japonaise, coréenne, en passant par l'Inde et le champ balkanique où il est marque d'opposition.

Au Brésil sans équivoque, transmis par l'héritage colonial portugais, on en a fait un geste apotropaïque banal : on fait porter en breloque ou pendentif une figa au bébé pour le protéger contre les menaces qui planent sur lui. Plus tard, l'adulte brésilien ou le touriste de passage aura mille occasions de s'en procurer une pour affronter les moments difficiles de sa vie d'autant que cette main pourra très bien faire bonne figure, si l'on peut dire, accolée en pendentif au pé de moleque, ce pied d'esclave fugitif coupé, devenu, là aussi, par antiphrase et  retournement, comme si c'était un gentil pied d'enfant - mais c'est aussi le nom d'un gâteau ! -  porte bonheur.

Il se trouve donc que j'ai retrouvé ces jours-ci une petite et longue figa . . . crue perdue depuis un temps lointain. Une figa en tourmaline noire, au bras long.

Elle véhicule, objet mémoire, une histoire de dispute intime (celles dont on ne parle plus jamais, encore moins ici) dans mon jeune couple expatrié au Brésil. Un Brésil inoubliable qui nous a semblé dans sa cruauté et sa vitalité, dans notre découverte de l'ailleurs du monde, le paradis. Violente dispute. Jetée par terre elle s'est cassée. Réparée depuis des lustres, recollée, enjolivée d'un bracelet d'or minuscule et ajouré elle en dit long sur les retournements. 

Vu la longueur et la durée, je crois qu'il faut y croire.


vendredi 18 octobre 2024

(que faisait) Dio Darko Brac ?


Vous me direz : mais que faisait exactement Dio Darko Brac ?

Je vous répondrai : difficile à dire.

Quand je l'ai rencontré il avait déjà été, par une série de circonstances étonnantes, conseiller spécial, ce qui veut dire beaucoup sans qu'on sache très bien quoi, de ce nouveau Président adoubé par des élections qui avaient fortement mécontenté la moitié de la France ou presque et qui avait inversement rendu la foi en la politique, peut-être avec une composante de naïveté bien propre aux militants qu'on appelait encore à l'époque "progressistes" , soutenus par l'autre moitié, et un peu plus, des électeurs de notre beau pays.

Si je vous en parle c'est bien pour rappeler sa présence constante dans ma vie. 

Le récit de ses "aventures", de ses tribulations incessantes que j'avais pu consigner, rapporter et mettre au clair, me servant des notes rapides qu'il m'envoyait constamment, occupaient un flot de pages que j'avais provisoirement scindées en trois parties, presque, vu l'épaisseur des feuillets et cahiers accumulés, en trois tomes. Pour m'y retrouver j'avais trouvé trois titres provisoires : 1 -  le messager cannibale,  2 - beauté fractale et enfin le troisième, pas le plus mince, ses dernières enquêtes et pérégrinations s'étaient multipliées : 3 - rien ne va plus (et peut-être un tout dernier, sait-on jamais, mais cela dépend de tellement d'impondérables : 4 - vestiges, vertiges).

[Parenthèse juridique : ces titre de manuscrits déjà écrits ont été déposés avec les feuillets tapuscrits correspondants auprès de la société des auteurs en puissance, la fameuse et peu connue S.A.P.]

Et surtout, qu'était-il devenu entre temps, lui le protagoniste sans arrêt menacé ?

jeudi 17 octobre 2024

Lares, Pénates, Mânes.

Si j'ai pu transporter mes pénates auprès de divers lares c'est que j'avais sans doute de bons mânes

et que ces dieux domestiques, celui, celle ou ceux de mon foyer et de mon garde manger (donc transportables), celui, celle ou ceux des lieux que j'ai hantés (dieux inconnus qui m'ont accueilli), celui de mes ancêtres et de leurs dieux protecteurs, généralement un couple tutélaire, se sont un jour mis d'accord après m'avoir expédié du Sud, 

à l'Ouest 

                                                         puis au Centre de la France, 

                                                                                                                              explorer au-delà, 

le Sud de l'Amérique 

puis l'Ouest de l'Afrique,

                                                             puis son Centre et enfin, avant de revenir chez les Celtes                                                                                                                                                      romanisés du Sud, 

au Nord-Ouest de la Sud-Amérique.

Ils m'ont refusé l'extrême                                                                                            Est de l'Afrique (Madagascar) où j'aurais bien aimé aller, ainsi que ce monde fabuleux du 

Sud asiatique (l'Inde) que j'aurais tant aimé explorer un tant soit peu même si l'établissement de relations de travail y sont pour nous, francophones et Français de France, un peu difficiles, on m'en avait prévenu.

             Ainsi suis-je hémiplégique du monde. 

C'est sans doute ce que les dieux, ces dieux modestes, attachés à nos petites vies,

y compris mes ancêtres, dont l'un peut-être, du côté de ma grand-mère maternelle, oncle lointain, missionnaire ou militaire ou marchand ou autre ? quelle raison eut-il de partir ? Aventurier ? mythique et ni définitivement revenu ni retrouvé aurait vécu en Afrique (c'est vague . . . ) et sur le continent sud de l'Amérique, ayant eu l'occasion de fréquenter . . .  certains peuples dits aujourd'hui premiers, (je garde quelques vestiges rescapés de ces voyages inconnus de nous et rapportés lors de l'un de ses deniers et très rares retours, mais ces vestiges sont à la fois peu nombreux et non identifiables pour une localisation précise, et en partie égarés . . . . l'un d'eux constitué de sandales de cuir dont je me souviens à peine avait disparu de mon héritage lors de mon propre retour de l'étranger, jetées . . . . sans doute, détériorées et rongées parles rats) 

ont voulu semble-t-il. 

Je n'ai pu faire personnellement que de rapides incursions et survols surtout théoriques, livresques, cinématographiques, oniriques, dans ce lobe oriental qui donc m'échappe comme expérience et m'intrigue aujourd'hui d'autant plus; 

curieusement je ne le regrette pas vraiment. 

Me reste un hémisphère (presque) totalement (voué à l') imaginaire.


mercredi 16 octobre 2024

Chef.

Etre chef est impossible.

Il faudrait pour y arriver mobiliser toutes les qualités du monde. Une autorité ne pourrait être justifiée ou acceptable que par une concentration de compétences humblement humaines allant de la plus lucide conscience omnisciente aux pratiques les plus bienveillantes, désintéressées et avisées de l'action humanitaire.

Or en général l'autorité du chef ou du sous-chef ne s'impose que par décision et action péremptoires sans vrai raison qu'égoïste, à courte vue ou, dans le meilleur des cas, calculatrice mais bornée, et née de la précipitation voluptueuse à trancher, imposer, dominer.

Le chef devrait toujours se mettre à la place de l'autre, or peu de gens ont ce pouvoir majeur de clairvoyance et d'empathie.

J'avoue qu'ayant horreur d'être dominé parfois par des incapables ou/et malveillants, j'ai voulu être chef dans mon espace propre.

J'avoue n'avoir jamais réussi ni essayé vraiment d'y arriver sans tomber dans l'un des travers de presque tout chef : être sensible aux louanges, trancher malgré les gants que je croyais porter, trop brutalement, être trop sensible aux inimitiés, incompatibilités, hostilités, ou, plus grave donner l'impression par hâte, désir de prendre le contre-pied, illusion de pouvoir ouvrir une voie,  ou peut-être mépris sous entendu, finalement par orgueil, que j'agissais par caprice inexplicable.