samedi 16 novembre 2024

Coffre-fort.

J'ai placé dans un coffre un certain nombre de documents qu'on pourrait appeler secrets ou  "sensibles" mais que je préfère nommer "à risques".

Rassurez-vous pour ceux qui ont déjà lu "Au fond de mon jardin, la borne" dans cette étonnante revue qui a nom " Marsam.graphics ", 

je ne parle pas ici de cette sorte de borne invisible de la dimension et d'un poids qui était au moins celui d'un coffre-fort . . . qu'un jour j'ai rencontrée en buttant sur l'une de ses faces invisibles, doublement cachée, par sa nature et masquée, quand bien même eut-elle été percevable à l'œil, par une végétation presque inextricable interdisant son accès, sauf à un obstiné et soumis aux caprices du hasard comme moi, et donc un contact avec elle, sous  la forme d'un choc. Non, je ne parle pas de cette borne qui est le point de départ d'une histoire rocambolesque, pas loin d'être fantasmatique, racontée en feuilleton échevelé, 

je parle beaucoup plus prosaïquement d'un vrai coffre percevable et accessible où j'enferme ces documents que m'envoyait Dio avant sa disparition.

C'est lui qui avait choisi cette modalité de sauvegarde de ses documents.

Sans arrêt sur la corde raide, risquant d'échouer ou de disparaître lors de missions périlleuses où aucune sécurité ne lui était garantie par un employeur prêt à nier tout contact ou toute relation de commanditaire, sans arrêt menacé par tous ceux qui avaient tout intérêt à ce qu'on n'approfondisse en rien davantage les affaires tronquées, falsifiées, maquillées, qu'il essayait de clarifier, il voulait qu'au moins un fil, aussi ténu soit-il, le relie et relie ses résultats de recherche déjà acquis à un témoignage qu'on aurait lui, une fois mis en sûreté, du mal à faire disparaître. Peut-être aussi, autant qu'il puisse compter sur ma loyauté, voulait-il relier son action à quelqu'un qui lui-même témoignerait de ses tentatives et de ses avancées.

J'avais donc enfermé dans un coffre discret mais bien costaud, quelquefois (rarement, quand j'avais des difficultés à les ordonner) en vrac, quelquefois (le plus souvent, méticuleusement) regroupés et classés, ses envois sous forme de récits courts, de messages codés, de télégrammes ambigus, parfois (très rarement) d'objets pièces à conviction ou, s'il en avait le loisir, de témoignages détaillés. Ces documents écrits étaient à la fois très précis, datés et annotés, mais aussi parfois réellement rédigés en comptes-rendus entrant dans les détails de l'opération exécutée et cependant assez mystérieux, quand ce n'était pas totalement incompréhensibles pour quelqu'un qui n'aurait pas été au courant de ses déplacements géographiques constants. Jamais cependant n'y apparaissait l'essentiel : le but réel de la mission, le nom des personnes, et donc, encore moins le lieu.

Cela les rendait donc à la fois inopérants, inutilisables hors interprétation et terriblement dangereux pour lui et pour celui qui les détenait, une fois retrouvé le fil conducteur des interventions, des voyages, des cibles de réel espionnage à divers niveaux de l'action publique ou secrète des protagonistes investis d'une autorité officielle.

Et j'avoue que, lors de certains envois je restais moi-même d'abord incapable de saisir le sens ou l'intérêt de ces informations, c'était pour moi comme un alphabet indéchiffrable, j'en étais mortifié et troublé, puis quand j'avais saisi ne serait-ce qu'un indice de l'importance du document, c'était la peur et son angoisse qui me saisissaient. Dans quelle sale ou monstrueuse affaire s'était-il fourré me confiant le lourd privilège de devoir en débrouiller un écheveau trop labyrinthique et entrelacé pour le bureaucrate pris au réseau des rapports officiels que j'étais?

mercredi 13 novembre 2024

Il faudra que je vous raconte comment Dio . . .

 . . . avait été amené, pure péripétie épiphénoménale à ses travaux, à une terrible acrobatie sur le téléphérique suspendu au Pain de Sucre . . . à telle enseigne que son référant (heureusement un second couteau dans la hiérarchie des "marionnettistes" tirant les ficelles des agents spéciaux ) à Paris lui avait demandé s'il avait vu L'Homme de Rio et s'il se prenait pour Belmondo.

. . . . . et comment il avait suivi et reconstitué pas à pas, ethnographe d'un milieu dont quelques résultats bons à produire des films documentaires ou des contenus de musées, beaucoup plus que leurs méthodes étranges de collecte, sont connus, les traces de deux femmes archéologues dans le désert côtier péruvien . . . lors de ces disparitions restées inexpliquées qui semblaient mener sur une piste de manipulations et d'attaques directes des chercheurs français ou européens attachés au sous continent américain, spécialement quand ils appartenaient, soit comme membres, soit comme chercheurs associés, entre autres institutions . . . à l'UNESCO ou à l'Agence Spatiale Européenne . .

                          Comment aussi il avait démasqué, par ruse, heureux hasard et en le payant fort cher, un très fameux homme d'influence à l'audience internationale qui travaillait . .  , mais il vaut mieux ne pas trop en dire, 

lundi 11 novembre 2024

Dio et le portrait.

Tous les hauts fonctionnaires qui le recevaient dans leur bureau se demandaient comment Dio, Dioclétien Darko Brač de son nom entier et authentique, avait pu grimper aussi haut sans bagage, ou du moins sans bagage adéquat. D'autant que les quelques diplômes qu'il avait reçus de son pays natal dont les certifications et les preuves n'avaient pu être emportés lors de sa migration hasardeuse et qui, s'ils lavaient été, n'auraient pu être validés dans son pays d'accueil faute d'accords et faute d'équivalences, n'avaient absolument aucun rapport avec les tâches qu'apparemment il exerçait, apparemment parce qu'en réalité personne n'avait confirmation du rôle qu'il jouait dans l'élucidations d'affaires à la fois publiques, notoires et complexes et qui en outre, bien que récentes pour certaines, relevaient, faute de conclusion ou même de suite de "cold cases". Il n'était ni juriste ni formé à l'administration, ni au fonctionnement et aux pratiques des policiers, enquêteurs ou militaires. Il ne pouvait se dire et se gardait bien de le faire, qu'expert en anamorphose.

Arrivé en traversant les Alpes en hiver juste après de graves émeutes à Split, il avait d'abord vécu à Menton où il avait été embauché clandestinement comme manœuvre puis comme maître baigneur auxiliaire durant la saison d'été. Parti à Lyon  puis Avignon il avait décroché un petit rôle improvisé dans lequel il jouait son propre personnage ce qui lui avait donné une place dans l'équipe théâtrale du rebelle inventeur du Off avignonnais,  André Benedetto. 

Ensuite se produisit le miracle.

En Croatie, encore très jeune étudiant, son début de carrière parallèle à ses études aux Beau-Arts comme assistant d'un photographe de monuments historiques l'avait amené à s'intéresser aux représentations statufiées des grands, des héros, des fameux clouées sur les façades publiques ou dressées au milieu des squares. Puis de là, aux effets sur ces représentations pour le simple spectateur situé au pied de ces oeuvres sculptées, quand elles étaient affrontaient aux lois de la perspective, soit debout sur un socle haut ou parfois chevauchant un noble coursier, soit insérées dans la niche surélevée d'un mur de façade ou, de temps à autre, sous la forme de bustes en médaillons logés tout en haut sous l'avant toit d'institutions nationales. 

De fil en aiguille il était devenu un as à ces jeux sur la perspective déformée dite, quand elle est un art maîtrisé - et il ne suffit pas de se dire qu'il faut pour cela allonger le cou des statues vues par les badauds au sol et par en dessous - d'un joli mot savant : anamorphose.

Il avait aussi recréé son univers antérieur dans le grenier non chauffé mais spacieux où il logeait, utilisant son récent savoir et ses observations personnelles, et commencé à peindre de petits ou très grands portraits à partir d'images photographiques de son cru ou non, qu'il accumulait, prises sous divers angles parfois très inattendus, sur ses modèles bénévoles ou dans les revues rendant compte des événements officiels. C'est ainsi qu'il avait, à partir de clichés de magazines pris en contre-plongée depuis le pied des tribunes d'un événement public, réussi un portrait de H R , L'Homme à la Rose *.

 Un portrait qui le rendait dans sa dignité dominatrice et sereine, avec, là était sans doute le trait réussi, venant du plissement des yeux ou de la lèvre inférieure et d'un mouvement des doigts de la main aussi, un zeste d'ironie un poil méprisante et cependant / comment rendre ces contradictions si aigues et subtiles ? / non dépourvue de bienveillance ou de componction.

Comment l'Homme à la Rose avait-il eu connaissance de cet obscur et même secret portrait, puisque l'objet était resté enfermé dans une sous pente dont il n'était jamais sorti ? Où, comment l'avait-il vu ? Peut-être lui en avait on (qui ?) très indiscrètement, révélé l'existence. S'il l'avait vu, chose improbable, lui avait-il plu ?

Pourtant, le fait est là, il l'invitait à une rencontre.

Le fait est que Brač qui dut ce jour causer une très particulière impression d'homme aux capacités remarquables, ou pour une toute autre raison difficile à cerner (certains pensent à des relations et à quelques entrées dont il avait gardé le contact dans son carnet d'adresses, dans sa mémoire, lors de ses pérégrinations livrées au hasard de l'expatriation et de sa position précaire d'immigré d'abord clandestin), fut assez vite recruté . . . 

                        . . .  et placé sur la liste des Conseillers à la Présidence n'ayant de compte à rendre qu'au souverain en personne.

Autre fait remarquable, ses capacités n'étant sûrement pas les moindrement singulières, il faut que sans dévoiler le fin mot de l'histoire, j'annonce en effet déjà que l'éminence cachée Brač, le conseiller hors norme à tout faire réfugié d'un monde disparu, a eu une très longue trajectoire. Il a longtemps survécu en tant que Conseiller Spécial en quelque sorte Inamovible avant de disparaître dans des circonstances inconnues malgré toutes sortes de recherches (y compris celles que j'ai personnellement poursuivies longtemps dans l'ombre des chancelleries), survécu non seulement à des missions réputées impossibles mais surtout aux à-coups et chaos provoqués par les règnes successifs des princes qui ont ensuite détrôné H R jusqu'au dernier Prince qui survole aujourd'hui nos assemblées.


* Appellation choisie par les services spéciaux de la Présidence qui notaient dans les rapports HR pour plus de commodités et moins de transparence.


dimanche 10 novembre 2024

Dio et le sphinx ramené d'Egypte.

Il semblerait, mais rien n'exclurait vraiment la possibilité qu'il s'agisse d'une légende élaborée un jour de célébration et de bringue, d'une de ces légendes que les compagnons d'armes, même hors combat, même et pourquoi pas dans ce cas précis, lors de ces fêtes organisées après une victoire partielle de ce qui était encore une guérilla et dans l'angoisse ressentie face à un avenir encore incertain, pour conjurer les appréhensions, faites de beuveries accompagnées de grands récits lyriques ou mythiques, à la mode des héros antiques présents, même chez les rouges et les partisans armés, dans toutes les mémoires de ces guerriers de Méditerranée illyrique.

D'un mot voici les faits :

Dio s'appelle-rait Dio parce que trouvé par sa mère, une passionaria parmi les premières engagées sous les ordres de Josip Broz devenu vite Tito, sur le dos du sphinx noir de Split.

Voilà.

Ni au pied de, ni entre les pattes du.

Sur le dos, voici la légende.

Elle dit aussi quel sphinx car comme ne le documentent pas ou mal les guides habituels, il y en a plusieurs à Split. Lequel parmi la dizaine ou douzaine (semble-t-il) envoyés ou rapportés d'Egypte par Dioclétien / incontestablement obsédé par la grandeur pharaonique symbolisée par cet homme-animal hybride / Caius Valerius Diocles, qui après une carrière militaire et déjà devenu empereur, y passa plus d'un an. 

Or ces sphinx vieux de plus de 3.000 ans, étaient à ce moment-là, seuls rescapés de l'ensemble, au moment où naquit Dio, au moment de la Yougoslavie occupée par Allemands et Italiens et divisée en factions ennemies, au nombre de trois. Dont un plus petit qui se trouvait dans une sorte de cour servant de passage derrière le palais et un autre dont la tête rouge subsiste dans un musée. 

La couleur, le granit noir, cependant indique précisément qu'il s'agit de celui qui étire ses trois mètres de long encore aujourd'hui devant le mausolée devenu cathédrale.

Et il semble encore qu'on puisse imaginer la future mère adoptive de Dio passant rapidement comme tous les matins, traversant le ville, par un matin glacé comme il peut y en avoir sur cette côte, par vent du nord, par bura violente, retenue par le cri d'un enfant de quelques jours, mystérieusement abandonné, emmitouflé et couché dans un berceau de bois décoré en forme de panier.

Ainsi auraient été marqués par un sceau fabuleux les débuts d'un immigré en France qui allait devenir conseiller et agent secret de plusieurs princes régnant sur l'hexagone.


D de Dio, pourquoi diable l'appelait-on Dio ?

Ceux qui lisent (ont lu) l'audacieuse et incroyable revue Marsam ( Marsam.graphics ) qui s'est d'abord présentée comme un atelier de bande dessinée en rapport avec Angoulême, ville de 50.000 habitants citée dans une lettre datée de la fin du quatrième siècle par le poète Ausone alors qu'elle était déjà une forteresse, située sur l'axe Paris-Bordeaux-Bayonne, capitale mondiale de la BD culminant à 133 mètres mais qui se trouve être beaucoup plus que ça . . . et notamment un lieu d'incroyables rencontres, ont fait connaissance avec le fils de Dio, un épisode où il apparaît entouré de comparses dans une aventure qui le mène, entre autres lieux, de Barcelone au Cap dit Creux en région frontalière avec la France, haut lieu de magie et vénération dalinienne, mais personne n'a réellement connaissance de son père autrement que par ouïe dire.

Cette histoire, celle de Dio lui-même, commence par un prénom rare.

Bien sûr, je n'y étais pas mais le fait m'a été rapporté par plusieurs témoins compagnons de sa mère, anciens partisans aujourd'hui tous disparus. 

Si Dio s'appelle Dio c'est par référence ironique à Dioclétien, l'empereur qui décida le partage de l'Empire Romain en Empire d'Orient et Empire d'Occident avant de se retirer dans son palais maritime, ville-palais qui se visite encore puisqu'il est devenu le cœur, le lieu le plus vivant de Split, transformé longtemps après la mort de Dioclétien, en refuge pour les premiers habitants de la future ville dans ses murs toujours debout.

En effet, ce n'est un secret pour aucun de ses amis, Dio est un "enfant trouvé". Trouvé où ?

Je vous le donne en mille.

P de (bon) polar (suite et fin).

Evidences. Vous le saviez, le bon et horrible polar (parfois, par accumulation de couches, outrancièrement raté) devenu best seller, n'est qu'un puits plus ou moins profond où nous cherchons, dans cette infime part de ciel enfouie en reflet où risque d'apparaître notre image minuscule au fond du trou noir, mais c'est clair, notre image.

Mais la vraie question serait historique : pourquoi cet envahissement contemporain progressif avec cette armée en acmé de serial killers qui tend un peu aujourd'hui à prendre une courbe descendante (et apparaissent déjà d'autres fantasmes sur lesquels revenir plus tard) ?

Qu'avons-nous traversé, vécu, imaginé, matière à compenser, pour en arriver là dans nos manières de divertissement ?

Pourquoi cette hideuse représentation symbolique de la vie nous est-elle imposée ou  impartie ?

Pourquoi avons-nous choisi ou vu nous déborder ce héros aux tendances et aux tripes retournées ?

Comment en être réduits, comme loisir pimenté, à la fascination de cet humain devenu monstre qui vit sa sexualité comme un échec irrémédiablement condamné au négatif et au démoniaque ?

Bien sûr, les horreurs des camps d'extermination sont passées par là, elles-mêmes filles des avants coureurs apprentissages des conquêtes coloniales et des génocides des peuples premiers, découlant de siècles d'abominations constituant notre socle civilisationnel.

La seule nouveauté, de taille, serait ce report de culpabilité collective sur l'individu singulier, le surgissement de ce monstre, cette apparition de M le Maudit, apparu quant à lui pendant la montée du nazisme, comme monstre expiatoire individualisé. Oh ! quel repli sur l'identité ! Totem ambigu, repoussoir-miroir de nos angoisses.

. . . . . . . . . . . . . . .

Resterait encore à comprendre toute la distance parcourue depuis Gilles de Rais compagnon de Jeanne d' ARC . . . retournement religieux inintelligible . . .  revoyons donc (jamais fini de lire) / et cédons la place à / l'inoubliable exploration de Bataille, un certain Georges.

samedi 9 novembre 2024

P de (bon) Polar (suite).

Car qu'est-ce que ce goût si marqué si accentué, si envahissant, néo civilisationnel, que nous avons pour l'intrigue dite policière avec sang, carnage et pin pon ou subtilité psychologique  ?

Goût du jeu, de l'énigme, du mystère?

Macache, prétexte.

Ce qui nous y précipite est ce goût  de trancher, de couper, de trouer, d'aller voir au fond, de percer enfin le plan aveuglant de tromperie de ces vies maquillées et huilées que nous affichons.

Et aussi cette peur panique de nos tripes face à tous ces artifices propitiatoires du rituel de la mort.

Mais on l'aura compris, artifice sur artifice, plus le polar est louche, sanglant, tordu, hécatombal ou subtilement obscur et satanique plus il cache encore, un réel bien pire. 

Bouclier symbolique, masque, jeu de mime et de terreur il est, il n'est que leurre, exercice d'école, entraînement à la guerre, jeu naïf d'impubère par rapport aux cruautés froides du hasard qui régit le réel.